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Batman : Le Joker exauce les désirs inavouables de Bruce Wayne (1163 mots)

Publié le par Kevin

Aujourd’hui, je vais parler d’un truc que je suis toujours étonné de ne pas voir dit plus souvent dans les tonnes de forums et commentaires youtube sur Batman : le fait que le Joker soit une part de Bruce Wayne.

J’ai vu plein de fans discuter des films de Nolan, de Batman V Superman ou de The Killing Joke sans jamais voir personne interpréter les actes du Joker comme l’incarnation des désirs inavouables de Bruce.

Ce qui m’étonne c’est que je ne suis pas en train de parler d’un obscur comics que personne ne lit. Ça fait des siècles que Batman existe et je suis surpris qu’une idée si juteuse et intéressante ne soit pas devenue un lieu commun parmi les fans.

J’ai réalisé que le Joker et Batman étaient tous les deux une part de Bruce Wayne quand j’ai regardé le film de Tim Burton pour la seconde fois il y a sept ans. Ensuite, j’ai peu à peu compris que cette idée fonctionnait également avec le second film de Nolan (que je n’aimais pas à l’époque parce que je trouvais les actes du Joker -et donc une grande partie de l’intrigue du film- absolument gratuits). Enfin, cette année, l’adaptation de The Killing Joke a fini de me convaincre.

Batman : Le Joker exauce les désirs inavouables de Bruce Wayne (1163 mots)

Batman est la part « Pro-système, pro-société, pro-légalité, pro-sacrifice de soi » de Bruce alors que le Joker et sa part « Anti-système, pro-individualité, pro-désirs intérieurs, pro-amour, pro-bonheur. » J’utilise ces qualificatifs pour donner une idée, il n’y a rien d’absolument précis, inflexible ou immuable dans tout ça, surtout que Batman et Joker changent régulièrement de motivations suivant l’histoire. Aussi, il peut paraître étrange de voir le Joker être associé à l’amour et au bonheur mais on parle de Bruce Wayne. La part de lui qui cherche l’amour et le bonheur est nécessairement sacrément dérangée.  

Regardez simplement l’un de ces films (Batman, The Dark Knight, The Killing Joke) et vous constaterez que chaque chose que fait le Joker correspond à ce que Bruce désire inconsciemment ou honteusement. Oui, il veut que Rachel meurt (The Dark Knight). Oui, il veut que Barbara se prenne une balle dans le ventre, dans l’utérus pour être précis et qu’elle soit paralysée (The Killing Joke). Et oui, il veut punir les habitants de Gotham pour leur avarice en les gazant (Batman)

Bruce est un homme malade qui ne parvient pas surmonter la mort de ses parents (de son père dans celui de 1989, mais dans BvS c'est devenu Martha au contraire). Leur héritage, mis à part une fortune, est un sentiment d’absence de valeur s’il ne continue pas leur œuvre. Le problème, c’est qu’ils avaient pour but avoué de nettoyer Gotham City de la criminalité et de la pauvreté. Or, comment Bruce peut-il suivre leurs traces alors qu’il est absolument terrifié/se sent totalement responsable ? Ses parents ont été assassinés aléatoirement au détour d’une rue, comment pourrait-il devenir un redresseur de torts sans peur et sans reproche ? Dans son cas, grâce à un magnifique dédoublement de personnalité.

Batman : Le Joker exauce les désirs inavouables de Bruce Wayne (1163 mots)

Batman est une excroissance morbide née du besoin existentiel que Bruce a de combattre le crime pour avoir le sentiment qu’il est digne de vivre, que ses parents (son père) seraient fiers de lui. Bruce a besoin d’être Batman pour avoir le sentiment d’être aimé et cela, à un tel point qu’il se suiciderait certainement s’il devait arrêter sa vie de « vigilante. » On parle ici d’un orphelin traumatisé qui a été témoin de l’assassinat de ses parents et s’en sent responsable, pas d’un riche jeune homme quelconque qui s’est réveillé un matin en se disant « Tiens, il y a trop de criminalité à Gotham City et j’ai trop de temps libre. » Batman combine le besoin de Bruce de mener Gotham City vers la lumière et celui de rester lui-même dans l'ombre contrairement à son père.

Mais de l’autre côté de cela, il y a un individu qui est largement plus critique vis-à-vis du comportement de ce dernier. Les gens se sont moqués du comportement de Thomas Wayne dans Batman V Superman parce qu’il tient tête à un mec qui a un flingue pointé sur lui. Mais la naïveté du père de Bruce est un élément chargée de sens. Son comportement est arrogant et condescendant, s’il avait été plus humble, il ne serait pas mort et sa femme non plus. Il y a une part de Bruce qui en veut à son père d’avoir tenté d’intervenir comme un héros plutôt que de baisser la tête et de donner l’argent et le bijoux, cela pour protéger la vie de son fils plutôt que sa fierté (son hubris).

Cette part de Bruce est le Joker.

Le Joker est un petit enfant capricieux qui provoque le chaos pour exprimer sa détresse, son besoin d’attention et d’amour. Vous savez, ce sale gosse qui, dès que vous lui dite “fais attention c’est fragile” lâche l’objet qu’il tient et au sujet duquel vous exprimiez une inquiétude.

Les parents de Bruce ont préféré la loi, l’ordre et la morale à la quiétude de la vie de leur enfant et maintenant Bruce se retrouve déchiré entre son désir d’être un bon p’tit gars et celui d’avoir sa propre vie tout en se sachant méritant d’un amour parental.   

Batman : Le Joker exauce les désirs inavouables de Bruce Wayne (1163 mots)

Alors, cette interprétation se doit d’être flexible et cela pour plusieurs raisons :

Tout d’abord, le Joker n’est pas Bruce Wayne déguisé comme l’est Batman. Donc, si Batman est bien une part littérale de Bruce Wayne, le Joker n’est que métaphorique. Ce qui est d’ailleurs un peu gênant puisque les motivations du Joker ne sont jamais expliquées autrement qu’en lien avec Batman/Bruce. En quelque sorte, si l’on devait le prendre littéralement, il serait un criminel qui, pour une raison x ou y, aurait terriblement besoin de pointer du doigt ses contradictions à Batman. Mais si l’on regarde The Killing Joke et The Dark Knight, les auteurs ne cherchent même pas à ce que Joker ait un semblant de logique. Il sait toujours ce que veut Batman, il agit toujours parfaitement en adéquation avec son ennemi et en plus, Batman est souvent incapable de s’opposer à lui, sans que l’on sache pourquoi. Dans Batman Begins, Bruce Wayne tue Ra’s Al Ghul en l’abandonnant dans le métro qui va se crasher, dans The Dark Knight, il rattrape le Joker au milieu d’une chute qui lui serait fatale. La contradiction est voulue. Il prétend ne pas tuer, sauf qu’au final, il déplace le meurtre au niveau de « je te sauve, je ne te sauve pas » et il sauve le Joker qui lui a fait laaaaaaargement plus de mal que Ra’s Al Ghul. Parce qu’il est incapable de mettre fin au Joker.

Deuxièmement, le Joker n’est pas présent dans chaque histoire de Batman. Il n’est pas une part de Bruce Wayne au même niveau que Batman. On n’a pas affaire à une situation de 50/50. L’objectif de Bruce Wayne en tant qu’individu serait de se débarrasser du Joker et de Batman. Batman est apparu parce que Bruce est malade. Le Joker apparaît quand Bruce va vraiment très très mal, quand ses envies deviennent terriblement inavouables et qu’elles sont pourtant également irrépressibles. Le Joker apparait pour faire le sale boulot.  

"Alors comme ça Rachel, tu veux te marier avec Harvey Dent..."

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