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Annihilation: Réaffirmer la bienfaisance de la mort et de l'autodestruction. (6100 mots)

Publié le par Kevin

Annihilation: Réaffirmer la bienfaisance de la mort et de l'autodestruction. (6100 mots)

Hier ou avant-hier, le Fossoyeur de films à mis en ligne une analyse plutôt sympathique du film Annihilation d’Alex Garland. J’avais déjà croisé par hasard une bande-annonce de la chose et m’était en gros dit « Tiens, Natalie Portman avec un fusil d’assaut dans un survival horror, pourquoi pas ? » Mais j’avais en fait totalement oublié l’existence de ce film, ainsi que celle du réalisateur d’Ex-Machina qui m’avait pourtant bien plu.

La récupération d’Annihilation par Netflix sans doute due au flop qu’il a fait au cinéma, l’a rendu accessible à tout le monde bien plus tôt que prévu et les multiples vidéos d’explications et d’analyses ont déjà envahies Youtube… et ça m’agace.

Le Fossoyeur déclare au début de sa vidéo : « Fait assez rare dans le cinéma actuel, [Annihilation] donne envie de réfléchir. » Evidemment, ce constat est indéniable puisqu’on est face à une histoire du type « mystère incompréhensible. » Forcément, le spectateur se retrouve obligé de cogiter. Donc oui, de ce point de vue, le film donne envie de réfléchir.

Ce qui me gonfle, c’est que 90% de la production cinématographique Hollywoodienne donne envie de réfléchir et que toutes ces vidéos d’analyses ne sont qu’une sorte d’arrivisme narcissique conséquence du fait que le film est essentiellement l’histoire d’un mystère. Alors voilà, on sort l’attirail universitaire pour se la péter (Je ne parle pas du fossoyeur ici), pour montrer qu’on sait dire le mot « métaphore », reconnaître un symbole et compter sur ses doigts, et cela pour faire des vidéos dans lesquelles on explique que le tatouage sur le bras c’est L’ouroboros (qu’on connait parce qu’on écoute Gojira) et que ben… euh… ben, elles ont un Ouroboros sur le bras. Et le phare c’est la connaissance aussi ! Yeah ! Maman regarde je suis en train d’analyser !

Bon, je suis inutilement sévère, parce qu’en réalité ça n’est que positif si les spectateurs se triturent la tête. Ce qui est énervant, c’est que ces symboles, ces lectures cachées, cette profondeur, ces métaphores, on les trouve dans TOUS les films, et que TOUS les films donnent envie de réfléchir mais que pour une raison qui m’échappe, les gens ne sortent leur cerveau que quand on ne leur donne pas le choix et que le film intègre cette attente vis-à-vis du public dans sa forme.

 

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Annihilation: Réaffirmer la bienfaisance de la mort et de l'autodestruction. (6100 mots)

Le Monde secret des Emojis a obtenu le Razzi Awards de pire film de 2017. Ce film raconte l’histoire du jeune Emojis « Bof » qui ne parvient pas à remplir son rôle justement parce qu’il ne se sent jamais « bof. » On le voit passer de l’enfance à l’âge adulte au travers d’une histoire d’affirmation de soi dans laquelle il va remettre en question ses parents et se trouver une copine... avec métaphore sexuelle à la pelle grâce à l’émoji « Main. »

Comme j’en ai parlé dans une vidéo sur Star Wars, le temp, la temporalité, c’est la sexualité et l’individualité. L’arrivée de sa libido fait prendre conscience au jeune homme/à la jeune femme qu’il est un être fini qui a un objectif dans cette vie et le force à s’interroger sur qui il est et ce qu’il veut. C’est pour cette raison que le sexe masculin est souvent comparé à une montre (Wonder Woman, The Last of Us) et c’est parce que Leïa fige la sexualité d’Han Solo en se refusant à lui qu’il termine dans un bloc de carbonite (temporalité stoppée) à la fin de l’Empire Contre-Attaque.

Dans Le Monde secret des Emojis, notre petit « Bof » croise une horloge qu’il bouscule. Il lui demande « C’est l’heure ? » et l’horloge lui répond « Hey ! Regarde-moi dans les yeux » allusion à la réaction d’une femme offensée qu’on pose les yeux sur sa poitrine.

Annihilation: Réaffirmer la bienfaisance de la mort et de l'autodestruction. (6100 mots)

Ce passage qui ne dure pas plus de cinq secondes nous dit énormément de choses. Le petit « Bof » arrive à l’âge de son individuation, ainsi qu’à celui de se trouver un partenaire sexuel. La réaction de l’horloge associe les aiguilles à des seins, donc à la sexualité.

Au-delà de ces éléments essentiels à la structure de l’histoire, cette interaction nous dit également que lorsqu’un jeune homme admire le corps d’une femme, cela représente quelque chose d’extrêmement profond pour lui (Temporalité, individualité). Un individu mâle qui contemple un individu femelle, ce n’est pas un caprice. Il y a une violence intense dans le « Hey ! Regarde-moi dans les yeux ! » qui suggère que ce qu’il fait représente une agression, un comportement inadéquate. Cette réaction est également une hypocrisie monumentale. L’horloge n’est-elle pas faite pour donner l’heure ? La femme n’est-elle pas essentiellement la femelle de l’homme ? Où se situe l’agression lorsqu’il la considère comme telle ?

Annihilation: Réaffirmer la bienfaisance de la mort et de l'autodestruction. (6100 mots)

Bref, tout ça pour dire que dans ce pire film de 2017, on a une utilisation symbolique d’éléments profonds et philosophiques, qui seront ensuite développés métaphoriquement dans le sous-texte de l’histoire (ainsi que littéralement), exactement comme pour un film comme Annihilation. La différence c’est qu’Annihilation délaisse quelque peu la part littérale de l’histoire et intègre à son style cette idée de « je suis un film intelligent. »

Ceci étant dit, Annihilation n’est pas un film stupide ou creux et je ne vais pas me plaindre de son style que j’apprécie beaucoup. Je dis juste que ça m’agace qu’on prétende que ce film est plus intelligent qu’un autre juste parce qu’il ne sert pas son message sur un plateau. Rendre des idées difficiles d’accès, ça n’est pas nécessairement les rendre intelligentes.

 

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L’idée que « l’immortalité n’est pas désirable car sans la mort, la vie n’a pas de sens, » est un lieu commun.

Lorsque l’on dit ça, cela sonne plus comme de l’acceptation impuissante que comme une conviction, ce qui est fortement regrettable car c’est vraiment vrai et terriblement important.

La vie n’a d’intérêt que parce que nous mourrons. Ce à quoi nous avons accès n’a de valeur que parce que nous n’y aurons pas toujours accès. Ce que nous désirons, nous ne le désirons que parce que nous pouvons en être privés.

La société de consommation est une société qui nous fait croire en la désirabilité de l’immortalité et qui nous pousse à percevoir la mort comme une transgression. C’est une illusion.

J’adore les graines de tournesol. Je peux naïvement me dire « Aaaah, si seulement je pouvais manger des graines de tournesol pour l’éternité. » Et la société de consommation me fera croire que tout plaisir conserve sa valeur de manière intemporelle, elle me fera croire que oui, je devrais désirer pouvoir manger des graines de tournesol à tout instant et pour l’éternité et désirer cette éternité. Pourtant en réalité, les graines de tournesol n’ont un goût que parce que je suis un être fini. Elles n’ont un goût que parce que j’ai un corps qui a besoin d’être nourri. Un corps qui utilise de l’énergie pour fonctionner. Un estomac, des organes, un cerveau etc… tout ce qui me permet d’apprécier ces graines est lié à ma mortalité. Par conséquent, dès lors que l’immortalité serait à portée de main, les graines de tournesol perdraient leur goût, et je perdrais mon intérêt pour elles. L’immortalité est en réalité ce que les êtres humains redoutent le plus quand ils pensent à la mort : être, pour l’éternité, conscient au centre du néant. Ce qui nous fait peur dans la mort, est en réalité l’immortalité (dans beaucoup de cas).

Tous les plaisirs de la vie, manger, boire, faire l’amour, parler, chanter, faire du sport, sont intrinsèquement lié à la finitude de l’humain et à son besoin de passer le relais de la vie, à la reproduction. L’immortalité annule tout ça. L’unique désir de l’humain immortel, c’est de mourir.

Si je développe toutes ces idées, c’est évidemment parce qu’Annihilation traite de ce sujet. Lena, notre biologiste jouée par une Natalie Portman qui commence justement à être marquée par son âge, évoque l’idée de corriger le « défaut » essentiel des cellules qui constituent le vivant : leur vieillissement. Elle explique à Kane ce défaut présent dans les gènes humains : « sans celui-ci, je pourrais avoir cette apparence pour toujours. » Il lui répond : « ça pourrait représenter une erreur » sur un ton taquin.  

Je pense que le point de départ secret du film est que Lena veut un enfant. Kane et elle ont été soldats pendant des années, ils sont heureux ensemble. Un jour Lena réalise qu’elle veut un enfant (Natalie Portman a 36 ans) et que sa situation n’est pas la plus propice pour répondre à ce désir. Kane n’est jamais là et risque de mourir à chacune de ses absences.

Elle sublime donc son désir d’avoir un enfant au travers de son champ d’études : la reproduction des cellules.

Ventress commente à un moment donné la logique plate derrière le désir de Lena d’entrer dans le Shimmer : Soldat/Biologiste.

Cette double identité est également métaphorique. Lena veut un enfant dont son amant la prive (ou une stérilité), son initiative va être celle d’un soldat/biologiste: L’invasion (soldat) d’une entité extra-terrestre qui se reproduit (désir de maternité) de manière asexuée (Biologiste).

Annihilation: Réaffirmer la bienfaisance de la mort et de l'autodestruction. (6100 mots)

L’arrivée du Shimmer est la métaphore du désir de Lena de se débarrasser de l’élément mâle. Une problématique très actuelle.

Mais attention, je ne veux surtout pas dire qu’elle n’aime pas Kane. Au contraire, le film souligne fortement à quel point elle ne lui est pas hostile en tant qu’individu. L’argumentation du film est clairement orientée vers l’élément mâle et masculin. C’est-à-dire qu’elle aime Kane mais que comme il ne veut pas lui donner d’enfant (ou ne peut pas), elle cherche à le désolidariser de sa masculinité. Elle cherche l’élément masculin ailleurs. La question est : que reste-t-il de Kane si elle le prive de sa masculinité ?

On peut voir cet aspect dans la conversation qu’elle a avec son amant. Il lui dit : “There’s a clear physical and intellectual connection between us.” (Il y a une alchimie physique et intellectuelle indéniable entre nous). Elle le vire néanmoins. Elle ne cherchait pas une alchimie intellectuelle ou physique, elle voulait tomber enceinte.

Les plans qui concernent le rapport sexuel montre Lena de dos qui se déhanche lentement sur le sexe d’un Daniel allongé passivement. Au cœur de cette manière de représenter l'acte, se situe la pénétration. Il n’y a pas de sentiment, de passion, ou d’enthousiasme sexuel dans ce rapport, il n’est question que de Lena qui se concentre sur la pénétration, sur ce que cela lui apporte d’être pénétrée.

Annihilation: Réaffirmer la bienfaisance de la mort et de l'autodestruction. (6100 mots)

Je viens de dire qu’elle veut tomber enceinte, évidemment, c’est absurde. Si elle voulait se servir d’un mec pour avoir un bébé, elle serait un peu débile de choisir un noir. Ce que je veux dire, c’est que c’est sa pulsion naturelle de vouloir être considérée comme une femelle qui la travaille. Donc, son désir d’être enceinte. L’acte sexuel avec Kane est devenu « creux » du fait qu’elle sait qu’ils n’auront jamais d’enfant. Elle n’est plus sa « femelle » c’est ce qu’elle cherche avec Daniel, et que finalement elle ne trouvera pas non plus puisqu’après avoir parlé de leur alchimie physique et intellectuelle il ajoute « j’aime ma femme. » Ce qui  signifie justement que c’est elle sa femelle, pas Lena. Daniel et Lena ont une relation culturelle, il a une relation naturelle avec sa femme.

On pourrait bien sûr penser l’inverse puisque Lena est sa maîtresse, et sa femme est donc la personne qu’il a désignée pour être sa partenaire précisément au niveau sociétal, au niveau de la culture… mais non. Sa relation avec Lena est le caprice vaniteux de deux profs de bio qui veulent se sentir épanouis et accomplis en trompant leur partenaire, alors qu’il a choisi sa femme parce qu’il estime qu’elle sera la plus à même de porter et d’élever ses enfants. D’ailleurs, c’est peut-être même ce qui a attiré Lena chez lui : le fait qu’il était marié.

 

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Lorsqu’elle demande à Kane le lieu de sa prochaine mission, il lui répond « nous serons sous le même hémisphère, ce qui signifie que si tu regardes les étoiles, nous verrons les mêmes. » Lena se moque alors de lui sans retenue. « Tu crois vraiment que c’est ce que je fais quand tu n’es pas là ? Ho, penser que Kane mon amour regarde la même lune… »

Elle réfère évidemment aux histoires d’amour romantique où la fille est éperdument amoureuse du mec et l’attend toute sa vie, ou pense à lui tout le temps etc… et les détourne et les ridiculise pour montrer son indépendance.

Le fait que son point de vue soit juste ou non n’a aucune importance ici. On peut être d’accord avec l’idée que l’amoureuse transie qui attend son prince charmant éternellement est naïve et idiote, dans cette scène, Kane est honnêtement en train de tenter de partager un sentiment profond avec sa femme. Sentiment que Lena piétine pour des raisons extérieures à l’intimité de leur relation. Sa réponse se situe à un niveau culturel et l’élément « naturel » lui échappe. Il veut savoir « suis-je là, quand je ne suis pas là ? Est-ce que j’existe pour toi quand je suis absent ? » elle lui répond « Non. » De ce point de vue, elle a entièrement tort, peu importe les contes et histoires d’amour romantique naïves. Elle vient de détruire quelque chose de primordial dans la structure de son couple.

Annihilation: Réaffirmer la bienfaisance de la mort et de l'autodestruction. (6100 mots)

Le fait que Lena étudie la reproduction cellulaire (asexuée) et qu’un organisme extra-terrestre qui copie et assimile les organismes vivants apparaissent sur terre, s’intègre facilement à ce problème du couple Lena/Kane.

Lena fantasme de pouvoir se reproduire de manière asexuée. Or, cela signifie priver le mâle de son rôle naturel justement. Si la femme peut se reproduire de manière asexuée, se dupliquer, l’homme n’existe plus. Car l’individu qui se duplique sera féminin évidemment.

Le phare au centre du Shimmer est phallique. Tout objet long est rigide ne l’est pas nécessairement mais étant donné que le thème de la reproduction est au cœur du film, je pense qu’il est loin d’être étonnant qu’un sexe en érection se retrouve au centre de l’intrigue. La météorite est probablement un ovule, ce qui désire être fécondé, et le Shimmer est donc le résultat de « l’agression » du sexe masculin.

L’altération que subit le monde sous l’influence du Shimmer est celle du désir (non-dit) d’être fécondée de l’héroïne. C’est-à-dire la manière dont elle brime Kane spontanément de ne pas la contenter.

L’une des répliques que j’ai beaucoup aimée survient lorsque Kane reproche gentiment à Lena de le prendre de haut. Elle lui explique que le vieillissement cellulaire est une imperfection qui pourrait être résolue, Kane lui répond que Dieu ne peut pas faire d’erreur. Lena répond : « Je pense que si. »

Kane lance alors « J’adore quand tu me prends de haut. » La phrase semble décalée parce qu’il n’y a rien de condescendant dans le fait d’expliquer le phénomène biologique dont elle parle, de même qu’il n’y a rien de particulièrement condescendant envers Kane dans le fait de lui dire que Dieu peut faire des erreurs. Si l’on se contente des apparences, cet échange donne l’impression que Kane n’aime pas que Lena sache des choses qu’il ne sait pas, n’aime pas qu’elle le contredise et qu’il se considère un peu comme Dieu.

Cependant, je pense plutôt qu’il perçoit le discours qu’elle tient comme une disqualification de son rôle biologique (nature VS culture). Si Lena peut être immortelle, si le vieillissement cellulaire est une imperfection perfectible, alors Kane, le mâle humain, est lui-même une erreur destinée à disparaître.

Le résultat est donc le départ pour la mission… et cela une journée en avance alors qu’ils avaient prévus de passer du temps en amoureux. Le départ de Kane est un commentaire sur l’état de sa relation avec Lena. D’ailleurs il constate « Je t’assure que je t’aime, » ce qui valide le fait que l’avancement de son départ indique la présence d’un problème entre eux.

Eau vs Jus d'orange. Transparence vs opacité. Néant vs matière. Immortalité vs finitude.
Eau vs Jus d'orange. Transparence vs opacité. Néant vs matière. Immortalité vs finitude.

Eau vs Jus d'orange. Transparence vs opacité. Néant vs matière. Immortalité vs finitude.

 

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Je dois ici souligner que je ne comprends pas le lien entre la reproduction asexuée et l’immortalité (d’un point de vue littéral). Voici une citation tirée de la page Wikipédia sur la reproduction sexuée :

« Elle nécessite normalement la présence d'un second individu. C'est pour éviter ce problème qu'elle a parfois évolué en parthénogenèse, multiplication à partir des ovules sans partenaire, et donc sans fécondation — cas des pucerons, des daphnies, etc. Un animal isolé découvrant un nouveau territoire ne pourra propager l'espèce — sauf s'il s'agit bien sûr d'une femelle fécondée. »

Cette reproduction qui ne nécessite pas de second partenaire peut néanmoins être sexuée au niveau chromosomique, et il existe également une reproduction asexuée qui se passe bien de partenaire. Cela va sans dire qu’aucun de ces phénomènes naturels n’aboutit à l’immortalité ou au mélange cellulaire chaotique que l’on peut voir dans le film.

Ce que j’essaye de dire ici, c’est que ce lien entre reproduction asexuée et immortalité ne se situe pas au niveau biologique mais au niveau psychologique. Tous ces éléments scientifiques sont utilisés de manière métaphorique, ils ne font que dépeindre le trouble dans l’esprit de Lena. Il n’y a pas de réel intérêt à les regarder de manière littérale, ce qu’il se passe dans le Shimmer est platement impossible.

Lena, puisqu’elle ne peut pas avoir d’enfant, se sent soudainement asexuée. Elle perd le sentiment d’être la « femelle » de son espèce, et rejette Kane en tant que mâle et en tant qu’individu fini (par dépit ?). Incapable de relayer la vie, elle se met alors à rêver d’immortalité ou d’une reproduction qui ne nécessite pas de rapport sexuel.

Si l’on pense à l’histoire d’Adam et Eve et du fruit défendu du savoir/de la sexualité/du bien et du mal, on peut voir une similitude étrange.

Je n’amène pas Adam et Eve dans l’équation au hasard, ce n’est pas l’aspect religieux qui m’intéresse mais l’aspect psychologique. Cette histoire est celle de la naissance en tant qu’individu, le passage d’un monde intemporel, asexué et sans souffrance à la chute sur terre (Comme pour « Bof » l’Emoji). L’acte de mordre dans le fruit défendu, c’est l’ados qui décide de désobéir, de s’émanciper de ses parents, de prendre sa vie en main, motivé par ses propres désirs. Donc la naissance en tant qu’individu.

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Je ne l’ai jamais vu écrit nulle-part mais le réel résultat de la morsure dans la pomme, c’est la réalisation que Dieu n’existe pas (Il est compréhensible que cette interprétation ne soit pas très populaire). Au-delà de toutes les significations -pertinentes- qu’on donne à ce geste, il y a le simple fait que si Dieu ne voulait pas qu’ils croquent dans la pomme et qu’Adam et Eve sont parvenus à le faire, alors Dieu n’est pas un Dieu. Dieu n’est ni omnipotent, ni omniscient. Il n’est pas un Dieu. La chute, c’est l’effondrement du monde psychologique dans lequel Adam et Eve se trouvaient à l’abri, protégés par un père infaillible. La découverte que celui-ci n’est pas infaillible, qu’il peut être vaincu, trompé, qu’il peut commettre des erreurs et donc échouer dans sa protection d’Adam et Eve, cette découverte les transporte dans un autre monde totalement différent : un monde sexué, temporel et individué.

Au passage, on dit souvent que ce chapitre de la bible est misogyne parce que c’est la femme qui veut croquer dans la pomme, c’est elle qui amène l’humanité à sa chute, mais c’est la femme qui a un utérus, c’est elle qui peut procréer, il est donc normal que ça soit elle qui remette en question le créateur et invite Adam à s’associer à elle. De plus, pour percevoir cet événement comme misogyne il faut également considérer la prise d’indépendance par rapport à Dieu comme négative, alors que l’on pourrait parfaitement décider qu’Eve est responsable de l’émancipation de l’humanité.

Lena et Kane font le chemin inverse. Lena ne peut pas procréer. Si elle ne peut pas procréer, alors Dieu n’avait pas de raison de les faire tomber du jardin d’Eden, et tout ce à quoi Adam et Eve avaient accès alors était légitime… et Dieu a donc encore commis une erreur. Lena et Kane devraient être immortels, à l’abri dans une bulle, entouré d’une nature luxuriante et cela sans « personnalité », sans individualité, innocents puisqu’asexués.

C’est ce que le Shimmer propose : un Eden biologique.

Annihilation: Réaffirmer la bienfaisance de la mort et de l'autodestruction. (6100 mots)
Perte des repères spatio-temporels, perte de mémoire, contact avec l'extérieur rompu car le signal se répercute et se réfléchit. Le miroitement est un lieu magique très comparable au jardin d'Eden.

Perte des repères spatio-temporels, perte de mémoire, contact avec l'extérieur rompu car le signal se répercute et se réfléchit. Le miroitement est un lieu magique très comparable au jardin d'Eden.

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Le Shimmer représente donc un retour à un stade antérieur de maturité psychologique et son exploration se doit de mettre en avant le conflit que cette régression entraine chez les personnes soumises à son influence. Aussi, ces personnes doivent avoir une raison d’être là, leur description doit mettre en avant ce qui peut bien les séduire dans le fait d’entrer dans le Shimmer.

Cassie a perdu sa fille d’une leucémie.

Josie Radek a fait plusieurs tentatives de suicide « pour se sentir vivante. »

Anya a des problèmes d’addiction et est lesbienne.

Lena a perdu son mari ? Ne parvient pas à avoir d’enfant avec lui ?

Ventress a le cancer et semble terriblement lasse de voir des gens entrer dans la bulle sans en ressortir.

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Aussi, leur mort doit représenter une conclusion adéquate à la problématique que leur personnage met en place.

Mon problème, c’est que ça n’est pas aussi évident que je le voudrais.

Pour Ventress c’est simple, et c’est également la plus importante. Etant atteinte d’un cancer, elle représente l’inverse du phénomène qui a lieu à l’intérieur du Shimmer. Ses cellules se dupliquent indéfiniment mais pour produire quelque chose de mort. Les cellules du Shimmer sont l’expansion démesurée de la vie, le cancer est l’expansion démesurée de la mort.

Le cancer est une maladie qui peut se déclencher psychosomatiquement. On peut donc imaginer que celui de Ventress représente son initiative pour combattre le Shimmer. Elle comprend spontanément ce que cette invasion représente, ce désir de vie infinie, cette négation de l’utilité de la mort et des pulsions autodestructrices, et elle développe un cancer par mécanisme de défense. Elle se rend ensuite au cœur du Shimmer pour lui filer sa maladie et le détruit au travers de cette affirmation biologique que la mort doit être défendue. Ou plutôt que le détruire, elle rétablit l’équilibre.

Lena au contraire représente donc celle qui refuse l’autodestruction, celle qui ne veut avoir que des comportements productifs, « life-affirming. » Par exemple, tromper Kane avec Daniel pour assouvir son besoin de se sentir femme. Ou le fait de devenir une super prof de biologie pour répondre à sa douleur de ne pas être mère. Alors qu’en réalité, elle aurait simplement dû devenir alcoolique ! :p

Ça me fruste que le film ne soit pas plus clair parce que je trouve ces idées assez intéressantes. J’ai personnellement rencontré un certains nombres de personnes qui, culture dans laquelle les apparences comptent plus que tout oblige, refusent d’admettre leurs limites, leurs failles et leurs blessures et les transforment donc en initiatives, en accomplissements et en force de production (ces personnes donnent de ces parfaits larbins maniaco-dépressifs hyper compétents et qualifiés tant prisés dans le monde du travail actuel). L’idée que le rejet de l’autodestruction serait quelque chose de nocif me semble assez pertinente et m’interpelle. 

Pour ce qui est du reste du groupe, Cassie, Anya et Josie, j’ai largement plus de mal. Chacun de ces personnages devrait être symboliquement intégré dans la problématique de quête de l’immortalité ou de l’acceptation de l’autodestruction, or je ne leur trouve pas trop de sens.

Anya est clairement en quête d’une amoureuse. Elle est alcoolique, j’imagine donc qu’elle est simplement malheureuse de n’avoir personne. Ça me semble un peu léger mais c’est tout ce qui est développé autour d’elle. Elle souffre clairement de la mort de Cassie et de la trahison de Ventress et Lena. Je dirais donc qu’elle meurt « par amour. » Elle voulait être aimée et personne ne se soucie d’elle, et elle meurt de voir les autres se trahir, être indifférents, la trahir etc… l’amour n’a pas sa place dans l’immortalité. Elle se fait tuer par l’ours à tête de mort/faucheuse biologique ?

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Cassie est ambigüe. Elle a perdu sa fille d’une leucémie mais l’on ne voit pas en quoi elle pourrait avoir un comportement autodestructeur. Pas de dépression, pas d’addiction, pas de tentative de suicide. Elle dit juste que la personne qu’elle était n’existe plus. Représenterait-elle un état qui dépasse l’autodestruction ? Mouais… je ne vois pas l’intérêt que ça aurait. L’un des aspects intrigants de son personnage est qu’elle est la seule à être là depuis le début (avec Ventress). Elle connait donc probablement Kane et peut se douter que Lena est sa femme. Voire, Kane a trompé Lena avec Cassie. Aussi, ayant perdu une petite fille, elle représente la problématisation de la reproduction. Sa présence dans le Shimmer, c’est son désir de voir le sens de cette douleur disparaître. Si elle devient immortelle, si ses cellules se mélangent à tout, si la notion d’individualité disparait, alors souffrir de la perte de son enfant n’a plus aucun sens.

Ensuite vient Josie, celle qui finit par se laisser assimiler par le Shimmer. Anya et Cassie seraient victorieuses dans le fait qu’en mourant elles ne renient pas leur part d’autodestruction (métaphoriquement). L’amour et le désir d’engendrer leur font préférer la mort. Josie, par contre, passe deux fois à côté de celle-ci, est terrifiée par les circonstances et conséquences de la mort de Cassie et a une personnalité compatible avec l’indifférence, l’ennui que représente la vie dans le Shimmer. Je sais que le chaos multicolore, le mélange sans borne de l’ADN de toutes les espèces existantes peut facilement être perçu comme quelque chose de positif, mais en réalité, l’absence de borne, l’absence de limite, l’absence de barrière génétique ne mène qu’à une seule chose : la pâte à modeler marron.

Je suis sûr que vous voyez ce que je veux dire. Lorsqu’on joue à la pâte à modeler et que l’on commence avec six ou sept couleurs pures et qu’à force d’associations et de combinaisons ces couleurs perdent leur brillance et leur beauté ce qui nous amène finalement à les mélanger totalement, une bonne fois pour toute, par désir d’uniformité, initiative qui nous fait obtenir une boule marron uniforme et sans attrait.

S’il y a des ours qui parlent, des crocodiles à dents de requin, des fleurs qui mélangent les espèces dans le Shimmer, c’est uniquement parce que nous sommes au début du processus.

Annihilation: Réaffirmer la bienfaisance de la mort et de l'autodestruction. (6100 mots)

Près du phare, il n’y a plus que des arbres cristallisés. Les cellules autonomes, les cellules qui n’ont aucune raison de prendre une forme plutôt que l’autre, feront inexorablement perdre à la faune et à la flore ces vestiges des propriétés qu’elles avaient développées parce qu’elles étaient vivantes et mortelles.

Par exemple on peut trouver magnifique et fascinant le mélange de l’ADN des plantes et des humains, mais le fait est que si les humains sont bipèdes, ont une cage thoracique, des hanches, des bras, un crâne, si toutes ces caractéristiques sont présentes dans l’acide désoxyribonucléique, c’est pour créer un individu qui pourra vivre et relayer la vie. Si cet objectif n’existe plus, l’ADN est condamné à évoluer vers une simplification extrême. Comme celui de ces arbres transparents qui ne produisent sans doute pas de feuille, ni de fruits et restent sans doute ainsi éternellement => pas de temporalité dans le Shimmer, pas de cycle, pas de reproduction, pas de saison.

 

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Avant cette équipe de femmes, on trouve un nombre incalculable d’hommes qui ont donc été confrontés au fait de devoir abandonner leurs critères de différenciation sexuelle, leur masculinité. Ceux qui ont refusés sont morts, ceux qui ont laissés le changement s’opérer ont terminés comme ce mec dans la piscine.

Le cadavre de la piscine a plusieurs caractéristiques. Tout d’abord, la piscine (L’eau) est régulièrement utilisée comme le cœur de la libido féminine (Jennifer’s body). Je ne peux pas affirmer que c’est le cas ici, je ne sais pas. Piscine est également « Pool » en anglais, un mot qu’on associe aux gênes, « the gene pool », le bassin génétique.

Annihilation: Réaffirmer la bienfaisance de la mort et de l'autodestruction. (6100 mots)

Je ne sais pas vraiment quoi faire de ces éléments, toujours est-il que face à ce bassin, nous avons le corps d’un homme dont la mâchoire a été arrachée et dont l’estomac n’est plus qu’un orifice béant. Je dirais donc que ce cadavre représente métaphoriquement la destruction par « féminisation » de l’individu mâle. Les hommes n’ont pas leur place dans le Shimmer. Et nous ne parlons pas de rôle sexuels sociaux ici, mais bien d’une masculinité biologique. Ce n’est pas le rôle social du mâle qui est contredit ici, mais son rôle naturel primordial, la raison pour laquelle il existe à la base. Les cellules brillantes du virus sont des cellules femelles.

Fleur = organe reproducteur

Fleur = organe reproducteur

Puisque l’invasion du Shimmer est une métaphore de la relation Kane/Lena, son impact littéral sur le personnage se doit de fonctionner également au niveau métaphorique. Alors que le Shimmer est en train de le transformer en quelque chose qu’il refuse d’être, l’homme décide de donner à Lena ce qu’elle désire (et donc en fait, de se soumettre au Shimmer) mais sous la forme d’un double.

Si dans leur scène de discussion pré-coïtal Lena avait dit à Kane « je veux que tu sois photographe, c’est nul d’être un soldat », le Shimmer (influence de Lena) pousserait les gens à avoir de grands yeux et une sensibilité aux détails par exemple. Et ils détesteraient interagir avec le monde, ne voudraient que l’observer. Kane déciderait que non, ça n’est pas lui, il n’est pas ça. Il se donnerait la mort et un Kane photographe reviendrait voir Lena. Je sais, c’est un exemple ridicule mais je voulais grossir le trait.

Lorsque Lena découvre que Kane s’est suicidé, elle découvre qu’être un soldat était quelque chose de profond pour lui et qu’être un photographe ne lui correspondait absolument pas. La vidéo du suicide révèle que le désir de Lena n’était pas tolérable pour lui. La différence avec mon exemple, c’est que ce désir n’est pas qu’il devienne photographe mais qu’il devienne immortel et qu’il perde donc son identité sexuelle et individuelle, ses goûts, ses désirs, ses motivations etc… ce qui arrive bel et bien. Le « nouveau » Kane est mou, idiot et creux. Il est l’équivalant humain des arbres brillants.

Cependant, le réel Kane avait une particularité : il a eu le courage de se suicider. Il a eu la force d’accepter l’autodestruction plutôt que l’assimilation. On peut ici reconnaître un point commun de plus avec The Thing de John Carpenter qui se termine de la même manière. La chose est vaincue par l’acceptation de McReady de mourir.

Ainsi, c’est cette reconnaissance du caractère bienfaisant de la mort qui permet de surmonter l’invasion de « la vie. » C’est l’acceptation de la mort qui donne à l’individu sa matérialité, sa corporalité et au final, sa force.

Cette caractéristique de Kane va rattraper son double immortel. Sa pulsion autodestructrice va s’opposer à la structure de cette pâle copie ridicule et la détruire. Le sang qui coule de la bouche, c’est souvent la métaphore d’une blessure intérieure (intériorité détruite). Le nouveau Kane est vide et cette pulsion d’autodestruction qui donne une substance aux individus va l’empêche de fonctionner.

 

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Je parlais plus tôt d’Adam et Eve, du premier homme et de la première femme. Il est assez intéressant que le cœur du Shimmer soit un phare phallique : Sexualité+connaissance, le fruit défendu en gros.

Sous ce phare on trouve un orifice, un tunnel et une pièce aux parois qui semblent organiques => Vagin, col de l’utérus, utérus. Après l’annihilation de Ventress, Lena sera même confrontée à un ovule qu’elle va féconder de son sang. 

Annihilation: Réaffirmer la bienfaisance de la mort et de l'autodestruction. (6100 mots)
Annihilation: Réaffirmer la bienfaisance de la mort et de l'autodestruction. (6100 mots)

Le cœur du Shimmer est donc bien en lien avec la relation sexuée qu’entretiennent Lena et Kane. La particularité ici est que la part femelle a infestée la part mâle. La part organique du phallus n’est pas présente dans le phare qui est une construction humaine. La nature de la masculinité est niée et seule reste la féminité qui fait « son nid » à partir de la masculinité tout en la réduisant à quelque chose de culturel, de civilisationnel.

Il est toujours ici question de la manière dont Lena se moque de Kane lorsqu’il lui parle des étoiles. De Lena qui veut se montrer indépendante de son mâle, par dépit.

Evidemment, ce que je décris de la métaphore du film est clairement une description de l’état catastrophique dans lequel se trouve notre culture au niveau des interactions entre les hommes et les femmes. Derrière les accusations de harcèlement sexuel, derrière #balance ton porc, derrière le « male gaze », il y a l’oubli de la part génétique et naturelle de la masculinité ainsi que celle de la féminité. Pas dans le sens où « les hommes n’y peuvent rien s’ils sont des porcs et des violeurs » mais dans le sens où ces femmes ne semblent plus réaliser que l’homme et la femme sont le mâle et la femelle d’une même espèce et qu’ils ne sont que deux organes reproducteurs élaborés dont l’existence n’a pour but que de relayer la vie.

Histoire d’aller plus loin dans le délire interprétatif, lorsque Kane et Lena discutent sur le lit, Kane regarde la lune qui est, ce jour-là, visible en plein jour. Soleil = Homme. Lune = Femme. Lena commente : « comme si Dieu avait commis une erreur. » La lune est éclairée par la lumière du soleil => La femme viole les lois de la nature, défie Dieu, pour se rendre visible à l’homme.

Lena pense que Kane pense à sa prochaine mission alors qu'il regarde la lune (elle).

Lena pense que Kane pense à sa prochaine mission alors qu'il regarde la lune (elle).

Ainsi, le désir de Lena d’être immortelle, la manière dont elle rabaisse Kane ou se moque de lui, dont elle l’empêche de jouer son rôle d’homme, tout cela n’est produit que dans le but de le séduire.

Cette tendance existe réellement. Beaucoup de femmes féministes le sont pour se distinguer, pour se prétendre supérieures, plus profondes, plus fortes, plus intelligentes et cela clairement pour être plus attirantes aux yeux des hommes. La lune qui apparait en plein jour.

Parmi les rituels de séduction, il y a cette approche étrange pour laquelle optent certaines femmes qui est d’agresser et de provoquer l’homme qu’elles désirent pour qu’il les remette à leur place. C’est d’ailleurs ce qu’il se passe dans le film. Lena contredit Kane, lui prouve par A + B qu’il a tort et que son opinion est ridicule, jusqu’à ce qu’il se jette sur elle en disant « Screw you. » Ce à quoi elle répond immédiatement « Yes. »

Emasculer l’homme psychologiquement pour le pousser à prouver l’existence de sa virilité corporellement.

L’idée que Lena est stérile fonctionne bien. Ne pouvant pas donner d’enfant à Kane, elle ne se sent plus à la hauteur. Elle perd ce sentiment d’être sa femme et en voulant « se revaloriser » ou prouver sa valeur, elle l’émascule. Elle a peur de ne plus être « digne de sa virilité » et prend les devants en faisant semblant de bien pouvoir s’en passer, de ne pas la désirer. Elle prétend que le désir qu’il la reconnaisse en tant que femme n’a pas d’influence sur elle.

Encore une fois, elle dit qu’elle ne l’attend pas lorsqu’il est en mission, ce qui est parfaitement ridicule. Et d’ailleurs, que se passe-t-il ? Il va participer à une mission qui va durer si longtemps qu’elle va bien sentir à quel point elle l’attendait.

Bref, bref, bref, tout ça n’est pas si important. Revenons-en à notre phare. Assez étrangement l’attaque de Ventress la psychologue, va s’avérer biologique. Elle se sert de son cancer. Alors que l’attaque de Lena la biologiste, sera psychologique : alors qu’elle est attaquée par son double, elle va se servir de ses pulsions autodestructrices pour le détruire.

 

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L’histoire du film devrait se résumer à Lena qui a des attentes malsaines vis-à-vis de son mari, réalise qu’elle lui fait du mal et finalement surmonte ses propres problèmes et devient plus saine.

Sauf que si Kane s’autodétruit et infecte son double avec ses pulsions autodestructrices, Lena au contraire se sert des pulsions autodestructrices de son double pour protéger son cul.

Il n’y a rien d’autodestructeur dans son geste de placer une grenade dans les mains de son double. Le film finirait bien si Lena se suicidait tout comme Kane et qu’ainsi leurs deux copies voyaient leurs cellules marquées de cette acceptation de l’autodestruction, de la finitude, des êtres humains. Ainsi, ils évolueraient lentement vers le retour à la temporalité, la sexualité, l’individualité, l’humanité.

Or, la fin du film nous montre une situation paradoxale dans laquelle le double artificiel de Kane est potentiellement plus humain que la Lena qui a vaincu le Shimmer.