Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Phénomènes : Alma et Elliot sont autistes et la cause des suicides. (1100 mots)

Publié le par Kevin

Ombres ensanglantés. Derrière leur apparence innoffensive, ce sont Alma et Elliot les responsables de l'hécatombe.

Ombres ensanglantés. Derrière leur apparence innoffensive, ce sont Alma et Elliot les responsables de l'hécatombe.

Je me suis trouvé assez choqué en regardant Phénomènes il y a quelques jours. Depuis sa sortie je n’avais entendu que des opinions négatives hilares sur ce film. Il était ridicule à cause du jeu de Mark Wahlberg et Zoey Deschanel, il était nul à cause du fait que les gens se suicident de manière débile, il était mauvais parce qu’à la fin la menace disparait sans raison mais au moins on pouvait se marrer devant le délire nanard. Il y a aussi l’Honest Trailer du film qui, comme souvent, se roule dans une bonne médiocrité auto-satisfaite.

Mais ce qui m’a donc choqué, c’est de constater une fois de plus à quel point beaucoup de spectateurs n’imaginent pas qu’un réalisateur/scénariste puisse insérer des éléments dans son film sans nécessairement les pointer du doigt lourdement. Beaucoup de gens ne conçoivent pas que la réalité d’un film puisse être secrète, difficile d’accès et nécessitant de la réflexion.

Je profite donc de l’histoire de Phénomène pour pointer ce fait du doigt parce que la taille des œillères est ici difficile à croire. Le film est sorti il y a dix ans, et jamais je n’ai entendu quelqu’un parler de ce que j’ai envisagé dans les cinq premières minutes du film : Elliot et Alma Moore souffrent de troubles autistiques (légers).

Phénomènes : Alma et Elliot sont autistes et la cause des suicides. (1100 mots)
Phénomènes : Alma et Elliot sont autistes et la cause des suicides. (1100 mots)

C’est la raison pour laquelle ils ont toujours l'air ahuris, parlent bizarrement, se conduisent bizarrement et ont des considérations bizarres. Leur sensibilité est décalée et leur sens des réalités plutôt à côté de la plaque. Je ne suis pas un expert en la matière mais les indices de leur problème développemental sont nombreux.

Et Mark Wahlberg et Zoey Deschanel jouent parfaitement leur rôle.

L’un des moments forts émotionnel du film a lieu lorsqu’Alma avoue à Elliot qu’elle lui a menti et est allée manger une glace avec un collègue. Ils considèrent tous les deux cela comme une forme de tromperie et c’en est une, mais ça ne le serait pas pour des gens normaux. (Photos plus bas)

Et cet interminable regard grotesque qu’elle lui lance lorsqu’il explique sa théorie sur le fonctionnement du virus est exactement le genre de comportement que l’on peut voir chez une personne qui n’a pas de notion du regard des autres sur elle, un peu dans son monde.

Phénomènes : Alma et Elliot sont autistes et la cause des suicides. (1100 mots)

Un autre aspect du film qui fait bien rire tout le monde, c’est que les seconds rôles également sont étranges, mais justement, la raison pour laquelle nous suivons Elliot et Alma, est que le virus touche en priorité les personnes normales. Donc les deux personnages principaux croisent des personnes "spéciales" comme eux dont un gentil monsieur obsédé par les hot dogs joué par Frank Collison qui jouait déjà le rôle d’un simplet dans Dr.Queen, femme médecin. (Les rôles donnés aux acteurs sont régulièrement utilisés comme clin d’yeux significatifs à d’autres rôles. R Lee Ermey dans Seven, Mike Myers dans Bohemian Rhapsody). Il y a aussi la grand-mère qui énonce le fameux “Planning on murdering me during my sleep” auquel Elliot répond “What !?! No ?” avec une candeur hilarante.

Phénomènes : Alma et Elliot sont autistes et la cause des suicides. (1100 mots)

Aussi, notre amoureux des hot dogs cultive des légumes bios dans une magnifique serre à deux cent mètres d'une centrale nucléaire, je dis ça, je dis rien.

"Les gens sont trop sévères avec les hot dogs. Ils ont une forme sympa, ils sont plein de protéïnes. Vous aimez les hot dogs ?"

"Les gens sont trop sévères avec les hot dogs. Ils ont une forme sympa, ils sont plein de protéïnes. Vous aimez les hot dogs ?"

"Les légûmes du supermarché pouah ! C'est plein d'OGM !"

"Les légûmes du supermarché pouah ! C'est plein d'OGM !"

Cet aspect du film, la surreprésentation de personnes “spéciales” sans que le spectateur en soit averti, explique 90% de ce qu’il a de gênant. Or ce parti pris est une qualité, il lui donne un ton unique et frais qui mélange humour grotesque, noir et horreur. La scène des ouvriers qui se jettent du toit du building en construction est réellement drôle et indéniablement horrible à la fois. Idem pour celle de l’homme qui se met sous sa tondeuse. L’horreur est systématiquement contrebalancée par un absurde hilarant.

L'aspect ordonné de cette vision d'horreur est forcément drôle.

L'aspect ordonné de cette vision d'horreur est forcément drôle.

Les réactions et les répliques incohérentes d’Elliot et Alma sont drôles, ils ont une conscience très vague de l’échelle du danger qui pèse sur eux ou de la gravité de la situation.

"Qu'est-ce que tu as ?" "Ok. Je te l'aurais dit. Ok. Mais. Il y avait ce garçon. Joey. (Joy=plaisir). Il est boulot. On est allé boire un verre ensemble et on a mangé une glace. Je t'ai menti quand on est allé manger une glace. je t'ai dit que je travaillais tard mais je ne travaillais pas tard.

"Qu'est-ce que tu as ?" "Ok. Je te l'aurais dit. Ok. Mais. Il y avait ce garçon. Joey. (Joy=plaisir). Il est boulot. On est allé boire un verre ensemble et on a mangé une glace. Je t'ai menti quand on est allé manger une glace. je t'ai dit que je travaillais tard mais je ne travaillais pas tard.

"Je me sens terriblement coupable au cas où on va mourir, je voulais que tu le sâches."   "Tu m'as menti !?!"

"Je me sens terriblement coupable au cas où on va mourir, je voulais que tu le sâches." "Tu m'as menti !?!"

Tout le monde s'enfuit et les abandonne à la mort, Elliot et Alma s'énervent autant que si on les doublait dans une file d'attente à la poste. "Raaa, les gens sont culottés quand même !" Ils ne conçoivent pas l'idée de leur propre mort.

Tout le monde s'enfuit et les abandonne à la mort, Elliot et Alma s'énervent autant que si on les doublait dans une file d'attente à la poste. "Raaa, les gens sont culottés quand même !" Ils ne conçoivent pas l'idée de leur propre mort.

On le voit également dans la réaction d'Alma à l'annonce de l'épidémie. Elle dit quelque chose comme "Quand on pensait que tous les trucs démoniaques avaient été inventés !" Sa réaction ne contient pas la conscience de la menace qui pèse sur sa personne.

On le voit également dans la réaction d'Alma à l'annonce de l'épidémie. Elle dit quelque chose comme "Quand on pensait que tous les trucs démoniaques avaient été inventés !" Sa réaction ne contient pas la conscience de la menace qui pèse sur sa personne.

Enfin, le dernier élément qui gonfle les spectateurs vient du fait que la menace provienne du vent et qu’elle prenne fin sans raison. N’ayant regardé le film qu’une seule fois, je ne serai pas catégorique en disant que la menace ne passe pas par des plantes. Les plantes pourraient être l’arme du crime si vous voulez, mais la réelle menace c’est Elliot et Alma.

Ce qu’il se passe c’est qu’Elliot et Alma veulent faire un enfant et n’y parviennent pas. Peut-être parce qu’Elliot est stérile (je ne pense pas) ou parce qu’il ne sait pas comment faire, ou a trop peur des contacts intimes (Autisme, asperger).

Je n’ai pas fait la liste mais le thème est présent tout au long du film. Elliot se montre préoccupé par la disparition des abeilles durant son cours. Il humilie un jeune homme qu’il trouve très beau (rival). Alma va manger une glace avec un autre homme, elle cherche un autre partenaire. On leur confie une petite fille, enfant de substitution. La menace disparait lorsqu’à la fin, Elliot et Alma parviennent à se dire leur amour. Il y a aussi cette scène étrange dans une maison exemple dans laquelle les plantes et le vin sont en plastique. L’impossibilité de donner le relai de la vie confronte Elliot à l’idée d’un monde entièrement artificiel.

Toujours le même regard ahuri. Les yeux excessivement ouverts.

Toujours le même regard ahuri. Les yeux excessivement ouverts.

Le film s’élève clairement à un niveau philosophique puisqu’Elliot et Alma deviennent capables de s’aimer, de se désirer et de se reproduire lorsqu’ils prennent conscience de leur mort. Lorsque le virus les menace tous les deux et que c’est leur amour qui leur donne la force de se rejoindre. Et hop, trois mois plus tard, Alma est enceinte.

Ainsi, la menace qui pèse sur les gens, c’est celle d’autistes dont la sexualité désorienté devient pulsion de mort. Cette pulsion modifierait les plantes ou non, c’est peut-être simplement le fait d’être proche d’Elliot et Alma qui est dangereux. Cela peut sembler assez osé d’attribuer une responsabilité magique aux deux personnages principaux mais en réalité, c’est comme ça que le film définit la menace. Honest Trailer se moque de l’omniprésence du mot « Happening » dans le film (qui s’appelle The Happening), mais justement, ce qui a lieu n’est jamais défini, or toute l’intrigue fantastique est mise en parallèle avec cette évolution du couple Elliot/Alma et prend fin quand leur problème de couple est résolu. Le film nous dit « personne ne sait vraiment ce qu’il s’est passé, vous êtes libre de chercher par vous-même. » A cela s’ajoute le fait que l’on soit dans un Shyamalan qui est connut pour faire des films dans lesquels les personnages ont des super pouvoirs qui s’imposent à eux et perturbent leurs existences.  La tagline du film le reliait à Sixth Sense et Signs: "We've sensed it. We've seen the signs. Now... It's happening." Mais on peut également y relier Unbreakable, Glass et Split. En gros, la plupart des films de Shyamaln se dérouleraient dans le même univers, ce que je ne peux pas confirmer parce que je n'en ai vu que trois dont je me souvienne.

En lien avec l’autisme, il y a la manière répétitive dont les suicides arrivent. Les gens tous pendus aux arbres, la fille qui ramasse le revolver du policier. Il y a aussi la façon dont Julian tente d’éloigner le danger : en faisant calculer 2 exponentiel 30 à une jeune femme. On sait que les autistes sont bons en maths. Les derniers mots d'une fille à sa mère au téléphone sont également "calculus, calculus, calculus."

"J'ai peur, on va tous mourir." "45x3+y=452. Dis-moi à quoi y est égal." "Pardon ?"

"J'ai peur, on va tous mourir." "45x3+y=452. Dis-moi à quoi y est égal." "Pardon ?"

Dans la continuité de l'idée qu'Alma et Elliot sont la réelle cause des suicides, on peut voir l'intrigue du film comme le résultat d'initiatives militaires qui auraient pour but de les écarter de la population. A côté des personnes bizarres qu’ils croiseront (véritables survivants), il y aura quelques bons acteurs qui les guideront vers un endroit inhabité où ils ne représenteront plus de risque. Conducteurs de train, scientifique puis radio abandonnée au milieu de nulle-part.

Phénomènes : Alma et Elliot sont autistes et la cause des suicides. (1100 mots)
Phénomènes : Alma et Elliot sont autistes et la cause des suicides. (1100 mots)
La grand-mère aussi essaye de les pousser l'un vers l'autre.

La grand-mère aussi essaye de les pousser l'un vers l'autre.

Dans la vie quotidienne, n’importe qui au contact de personnes comme Alma ou Elliot Moore se dirait immédiatement qu’elles souffrent d’un retard mental, mais face à un film, si ce n’est pas jeté à la face du spectateur, personne n’y pense, tout le monde préfère se moquer impitoyablement et chercher du sens est assez mal vu.

 

 

 

 

 

Commenter cet article

Robin 08/05/2019 09:14

Effectivement , très bonne analyse,

Kevin 09/05/2019 01:42

Merci beaucoup pour ton commentaire.