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The Shining: L'Overlook comme lieu métaphorique. Partie 3.

Publié le par Kevin

The Shining: L'Overlook comme lieu métaphorique. Partie 3.

----------------Wendy devient la tueuse de l’Overlook---------------

 

Jack détruit le dernier lien avec l’extérieur, la radio, marquée du sceaux de la tromperie. Dans le monde réel, Jack interdit peut-être à Wendy d’utiliser le téléphone parce qu’il pense qu’elle a un amant.

Cependant, il y a ici une autre possibilité. Depuis la scène de la chambre 237, Danny peut se percevoir comme Jack lorsque ses comportements sont liés à la sexualité de sa mère. C’est donc peut-être Danny qui détruit la radio parce qu’il ne veut plus que sa mère parle à un autre homme.

 

Wendy découvre que son mari n’a fait qu’écrire le proverbe « All work and no play make Jack a dull boy. » La traduction de cette expression dans les différentes versions du film me choque assez. Les traducteurs ont préféré garder l’idée de répétition folle d’une expression, prouvant que Jack a perdu la tête et ne fait rien de ses journées, plutôt que le sens de cette expression (qui contient en plus le prénom du personnage).

Jack a finalement appris dans la douleur la réalité : il a besoin de la compagnie de sa femme et de son fils et s’isoler trop radicalement pour écrire son livre l’a rendu incapable de l’écrire. « Trop de travail sans amusement font de Jack un garçon inintéressant. » La traduction française est « Un tiens vaut mieux que deux tu l’auras. »

Cette scène contient la même structure d’anticipation et de suggestion que celle de la voiture dans laquelle Wendy amène Jack à parler de cannibalisme. Son épouse vient voir Jack pour lui parler du fait qu’il faudrait que Danny consulte un docteur et qu’il faudrait par conséquent quitter l’hôtel. Ils ont déjà eu cette conversation la veille, Wendy sait qu’il y est fermement opposé. Cependant, elle a apporté un nouvel argument : une batte de baseball.

C’est un phénomène étudié que lorsqu’on introduit dans une interaction un signe agressif, elle aura plus tendance à glisser vers la violence. Par exemple, si l’on demande à deux personnes de débattre sur un sujet alors qu’il y a un poster avec une arme à feu accroché au mur, un fusil suspendu ou un drapeau fasciste.

En venant voir Jack avec cette batte, Wendy continue à suggérer qu’elle pense que c’est lui qui a frappé Danny, ça avait été sa réaction. Jack se met à parler de manière extrêmement agressive. Il parodie la position de Wendy qui l’exaspère et qui promet encore une fois de l’éloigner de l’écriture de son roman (Il lui a expliqué qu’il essaye juste d’éviter de se retrouver avec un emploi horrible). Cependant, c’est Wendy qui se tient devant lui avec une batte de baseball.

A nouveau, Jack explique ce qui le tourmente (et ne risque pas de la tourmenter elle), son avenir, et décrit sa misère psychologique, ce à quoi Wendy répond simplement : « T’approche pas d’moi. » en feignant de lui donner un coup de batte.

The Shining: L'Overlook comme lieu métaphorique. Partie 3.

Wendy s’en moque de la souffrance de Jack voire, elle ne la conçoit même pas. En bonne femme au foyer lobotomisée qu’elle est, elle pensait sans doute que les hommes sont des machines que ça ne dérange pas de faire les jobs les plus avilissants et abrutissants qui soient. Exposée à cette réalité de la souffrance et de l’humanité de Jack, elle est désemparée, elle ne veut pas en entendre parler, elle n’y croit pas.

Ainsi, dans cette scène que l’on considère facilement comme celle où Jack a achevé sa transformation en tueur psychopathe, en réalité c’est surtout lui qui en prend plein la figure. Sa femme continue de se montrer insensible à sa douleur, à le considérer comme un monstre violent, mais en plus, elle se montre prête à le frapper à coup de batte… cela même lorsqu’il explique à quel point il est psychologiquement écrasé par sa situation.

Bien sûr, c’est elle qui hurle, c’est elle qui pleure, c’est elle qui panique… mais c’est surtout elle qui le menace, qui monte les escaliers à reculons et préfère finalement le frapper que d’admettre qu’il est légitime que Jack soit écœuré qu’elle ait osé amener une arme pour parler avec lui.

Jack n’a jamais frappé Wendy, il se montre exaspéré par elle et lui parle par moment comme si c’était une andouille. Ils ont eu une dispute très sérieuse la veille, et Dieu du ciel !, Jack l’a laissée toute seule dans la chambre après lui avoir mis un… une… euh… après l’avoir violemment pointée de l’index.

« Jack— Ma chère petite Wendy c’est bien dans ta manière de soulever un problème le jour où j’ai une chance d’accomplir quelque chose. […] Qu’est-ce que tu crois que je pourrais choisir comme emploi si je retournais à Boulder maintenant, hein dis ? Déblayer la neige sur la voie publique ? Ou bien, laver des voitures. C’est ça que tu ambitionnes pour moi ! Wendy, jusqu’ici je t’ai laissée foutre ma vie en l’air sans rien dire mais crois-moi maintenant je ne te laisserai plus la foutre en l’air ! »

"Tu vas me laisser un peu tranquille maintenant !"

"Tu vas me laisser un peu tranquille maintenant !"

Plutôt que de venir lui en reparler comme une adulte en prenant en compte les implications pour lui, elle arrive avec une batte, et excessivement sérieuse avec ça. Je pense que ça m’énerverait beaucoup de la part de ma copine également.

Jack tente d’attraper l’arme et se laisse arrêter par un coup sur la main, ce qui signifie encore une fois qu’il ne prend pas la menace au sérieux mais qu’il n’est pas non plus très sérieux dans son hostilité. S’il voulait la tuer ou la frapper, il le ferait.

Aussi, pourquoi le frappe-t-elle sur le crâne ? Elle vient de lui exploser la main, il la regarde choqué par ce qu’elle vient de faire et là, elle lui écrase son arme sur la figure, risquant fortement de le TUER, alors que justement, il vient de prouver qu’il restait focalisé sur la batte, pas sur elle. Oui, oui, elle est terrorisée, moi aussi je suis terrorisé par les gens que je menace d’une arme sans raison, à tel point que je finis par être obligé d’utiliser mon arme contre eux.

"Tu peux répéter Jack ? J'ai pas bien entendu ! Comment ça tu en a marre de ta vie merde et tu veux un avenir !?!"

"Tu peux répéter Jack ? J'ai pas bien entendu ! Comment ça tu en a marre de ta vie merde et tu veux un avenir !?!"

Et donc, ici, l’anticipation suspecte se situe dans la batte et les escaliers. Wendy fait tout pour énerver Jack, pour le pousser à bout, et elle l’attire jusqu’en haut des escaliers pour le frapper exactement quand ça fera le plus mal. Il aurait pu mourir de cette altercation et nous avions notre histoire d’épouse du gardien parfaite sous tout rapport devenue folle de solitude qui tue son mari qui ne veut pas quitter les lieux parce qu’il écrit un livre.

The Shining: L'Overlook comme lieu métaphorique. Partie 3.

Le plus drôle dans tout ça, c’est que le comportement de Wendy ne s’arrête pas là. Elle traine Jack qui est inconscient, bave, les yeux révulsés, du sang coulant de son crâne, en gros elle traine son mari qui agonise pour l’enfermer dans la réserve de nourriture. Ce n’est pas un meurtre, ça n’est pas elle la folle de l’overlook. C’est Jack ! Il fait des grimaces depuis le début du film bon sang !

Circulez y a rien à voir. Aucun meurtre en cours. Il va très bien.

Circulez y a rien à voir. Aucun meurtre en cours. Il va très bien.

Non, non, rien de suspect.

Non, non, rien de suspect.

The Shining: L'Overlook comme lieu métaphorique. Partie 3.

----------------La Course Œdipienne, Jack sauve Danny---------------

 

Danny inscrit Redrum sur la porte, empoigne un couteau et répète le mot d’une petite voix à côté de sa mère endormie. La voix de Tony qui fait maintenant partie de lui.

J’ai beaucoup parlé de l’inoffensivité de Wendy, de la capacité d’être violent de Jack et du désir de Danny d’obtenir ce pouvoir. Le comportement morbide de Wendy a fait que dans l’esprit de Danny, la violence (venir au monde) est superposée au meurtre du père et à l’acte incestueux avec la mère. J’aimerais pouvoir expliquer cette catastrophe mais je ne le peux pas encore.

C’est au moment précis où l’acte incestueux risque de se reproduire que Jack arrive avec sa hache. Spontanément, l’homme comprend qu’il doit réaffirmer sa position de père et vient donc enfoncer le cloisonnement que Wendy a créé autour d’elle et de son fils sans comprendre qu’elle est en train d’aliéner l’enfant. La mère qui est tout pour son enfant, la mère qui est nécessaire et suffisante pour son enfant c’est le retour dans l’utérus.

Ainsi, en voulant venir au monde Danny s’en extrait.

Jack détruit deux portes à coup de hache et pousse Wendy et Danny hors de la chambre (sexualité) et de la salle de bain (naissance), les deux lieux d’intimités dans lesquels Jack devrait être admis avec son épouse et Danny non, et certainement pas enfermé avec elle alors que Jack n’a pas le droit d’entrer.

Wendy parvient à faire s’enfuir Danny par la fenêtre. Elle ne peut pas passer => La menace de Jack rétablit la différence d’âge entre Wendy et Danny. Le fils récupère son enfance. Maman est trop grande. Aussi, sa poitrine la retient, elle retrouve sa position de mère et Danny est expulsé au monde, sa sortie par la petite fenêtre. Par contre, il est exclu de la famille car il est convaincu que dans leur relation avec Wendy, Jack l’exclut et il exclut Jack. Il se retrouve seul dans le froid et le noir infini = menace extrême de disparition. Le monde et la vie son devenus la mort.

Le couteau œdipien qui doit tuer le père est également phallique et sert à pénétrer la mère. La hache de Jack qui détruit les portes est une réponse à ce couteau. Le phallus réel s’attaque au cocon qui s’est construit autour de Wendy et Danny. La hache qui fend recréant le vagin maternel.

Les lignes de dialogues de Jack sont réellement très amusantes dans la manière dont la perception de Danny le rend diabolique et menaçant alors qu’il ne verbalise jamais sa rage, sa haine ou son désir de tuer. Il défonce la porte de l’appartement et s’exclame, « Wendy ! I’m home. » Il ne dit pas « Je vais vous tuer tous les deux ! Vous allez voir ce qui arrive quand on me désobéit ! » Devant la porte de la salle de bain, il imite le loup soufflant la maison des petits cochons. Le loup étant la libido masculine. Autre allusion au sexe, la réplique très connue « Here’s Johnny » (lorsque Jack passe sa tête dans la fente de la porte), Johnny étant un terme d’argot se référant au sexe masculin. 

Jack propose un rapport sexuel à Wendy. Elle lui tranche la main, ne le laisse pas entrer dans la salle de bain, elle refuse la réconciliation sexuelle. Danny est exclu mais son père l’est également. Danny apprend que la raison pour laquelle il ne peut pas coucher avec sa mère, c’est qu’il est né d’elle. Le tabou de l’inceste est rétabli, grâce à Jack.

Arrive alors, Dick Hallorann. Dick incarne la libido factice de Danny, sa tentative d’être compatible avec sa mère sexuellement et un rival de son père. Il a été évacué de la salle de bain avant que Jack et Wendy n’entrent en interaction, il ne sait donc pas ce qu’il se passe. Intuitivement, j’ai l’impression que Dick Hallorann a été abusé sexuellement lorsqu’il était enfant, à cause de sa terreur très enfantine de la chambre 237. En tout cas, il y a quelque chose d’enfantin et de traumatisé chez Dick qui fait écho à Danny.

Jack se débarrasse de Dick sans scrupule ni difficulté. Il « soigne » son fils de ses illusions œdipiennes. Le fait que Grady prévienne Jack que Danny utilise ses pouvoirs pour faire entrer quelqu’un dans l’Overlook a toujours été pour moi un élément très désagréable mais finalement, c’est juste Danny qui considère qu’il ne peut rien cacher à son père, que son père sait toujours tout et qu’il va finir par trucider sa femme et son fils.

Aussi, l’arrivée d’Hallorann s’inscrit également dans le scénario de tromperie de la mère. Wendy a cherché un homme par la radio, Jack détruit la radio et tue l’homme/amant qui vient pour Wendy. Les lectures se superposent mais sont valides en même temps à cause du crime incestueux. Danny est l’amant de sa mère.

La mort de Dick va d’ailleurs avoir un impact double : Sur Danny et sur Wendy.

Danny va réapparaître et prendre la fuite. L’enfant n’est plus le rival sexuel de son père. Le pire est évité, il a été obligé de reconnaître ses deux parents dans leurs rôles. Rétablissement de sa naissance puis du tabou incestueux. Merci qui ? Merci Jack.

 

----------------Le Sacrifice du père---------------

 

Jack sort de l’Overlook, lorsqu’il passe la porte, c’est une fois encore un vagin. Il entre dans le monde de Wendy par ce le passage sexué, Danny comprend donc bien la nature de la relation entre ses parents.

Le seul lien qui le maintien maintenant au monde c’est son désir de quitter l’Overlook/le monde du père qu’il partage avec sa mère. Wendy étant maintenant représentée par l’extérieur glacé par la solitude, l’entrée/vagin de l’Overlook lien sexuel lointain avec Jack, le véhicule à chenille/désir de quitter l’Overlook et la psyché labyrinthique.

Jack et Danny pénètrent le labyrinthe et revivent le drame de leur famille depuis que Jack a cassé le bras de son fils.

C’est-à-dire que Wendy a diabolisé Jack pour se venger de la solitude dont elle souffrait au lieu de réparer les dommages que l’accident avait causé à leur famille et à la relation du père et du fils. Jack au lieu de reconnaître la valeur des sentiments est devenu hostile. Il court derrière Danny avec une hache, soit disant pour le tuer, alors que son véritable désir c’est de dire à son môme « Je t’aime pardonne moi, j’ai pas fait exprès. » Cette réconciliation pourrait être facilitée par Wendy qui au contraire, l’envenime. Elle transforme l’affirmation de soi de Jack, sa volonté existentielle de prendre une place en ce monde, en crime, en agression injustifiable, en hache. Les méandres de la psyché maternelle empêchent Jack de rattraper Danny. Et j’affirme donc ici qu’à la fin de The Shining, quand Jack poursuit Danny dans le labyrinthe, s’il le rattrapait, il ne le truciderait pas, non, au contraire, le voile se lèverait enfin. Danny au moment de voir ses pires craintes se réaliser, verrait que le grand méchant loup est inoffensif.

Mais finalement, Jack va perdre son fils pour de bon. Danny disparait, il renonce à l’amour de son père. Jack n’existe plus lui-même.

 

De son côté, Wendy est exposée aux conséquences de ses actes. Je le disais plus haut, le film parle d’un phénomène général et pas uniquement d’un couple spécifique isolé. Lorsque Wendy rejette Jack, c’est la femme qui rejette l’homme. Alors qu’elle grimpe au dernier étage (pourquoi fait-elle ça ?), elle tombe sur un homme déguisé en ours, fesse à l’air, pratiquant une fellation sur un autre homme. Wendy sent au fond d’elle-même que Jack est normal, que le problème ne vient pas de lui et qu’en le rejetant sexuellement alors qu’elle l’aime, elle a rejeté la libido masculine en tant que femme, la condamnant à l’homosexualité.

Elle tombe alors sur le corps de Dick, incarnation de la libido masculine hétéro (pour Wendy). L’homme est mort. Charles Grady post-mortem lui apparait ensuite, tête recousue. Pour le coup je n’ai pas trop d’interprétation si ce n’est qu’après avoir constaté la mort d’une figure masculine, Wendy en voit une autre zombifiée. Il me semble que dans la version longue, elle est exposée à d’autres visions macabes. 

Enfin, elle aura droit comme surenchère finale à la même apparition que Danny : le sang qui s’échappe de l’ascenseur qui pour moi est un autre vagin, ensanglanté celui-là, coupable. Wendy est confrontée à la réalité de l’histoire : c’est elle qui est responsable de tout. Elle a utilisé sa position de mère, son pouvoir d’enfanter, (individu expulsé de la cage d’ascenseur dans un flot de sang) pour prendre le pas sur Jack et l’éradiquer. Et dans ce « éradiquer » Wendy voit son hypocrisie essentielle. Elle voit que tout ce qu’elle pensait être d’innocence et d’inoffensivité était un mensonge. Elle voit qu’elle est bien pire que Jack.

 

La quête de Danny dans Docteur Sleep de se rapprocher de son père, épouse l’idée que Jack était une victime.

Par contre, la fin de son histoire avec Wendy est plus inquiétante. Wendy meurt quand Danny a 20 ans, juste avant sa majorité, juste avant qu’il devienne un homme.

Ayant disqualifié le désir incestueux pédophile, je dirais que Wendy meurt de peur de détruire Danny comme elle a détruit Jack et tous ces hommes à l’Overlook. La conclusion de son arc narratif dans le premier film, étant une condamnation de sa féminité aliénée et le constat qu’elle a détruit Jack, l’homme. 

Hélas, la conclusion de Danny dans Doctor Sleep sera de faire sauter la chaudière de l’Overlook, entouré de flamme, yeux dans les yeux avec sa mère. Enfermé dans son désir incestueux. J’ai l’impression que c’est donc encore pire que la fin du premier.

La conclusion de Shining c’est la trahison ultime de Jack. Wendy a tous les éléments pour comprendre sa responsabilité mais au lieu d’assumer ses actes, elle s’enfuit avec Danny.

The Shining raconte la séparation très commune d’un couple dans laquelle la mère est une hystérique irresponsable et égoïste qui va parvenir à faire passer le père pour le méchant de service alors qu’il en bave cent fois plus qu’elle et ainsi obtenir la garde de l’enfant et donner le coup de grâce au pauvre homme qui n’a plus qu’à se tuer.

Jack meurt de froid, de solitude, de vide affectif.

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