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Interdit - 16 ans. Pornographie : Le Faux ébat lesbien. (1200 mots)

Publié le par Kevin

Il règne dans le monde de la sexualité une sorte de lieu commun qui nous vient des années 70 et qui serait que chacun fait ce qu’il veut (avec quelques barrières bien sûr) et que chacun aime ce qu’il aime et qu’il ne faut pas juger… en gros, il ne faut pas chercher de sens, toutes les pratiques se valent.

Libération sexuelle ? Non. Société de consommation investissant l’aspect le plus intime de nos vies pour doper la croissance ? Oui.

Les pratiques sexuelles ont autant de sens que n’importe quelles autres activités humaines et il faudra bien un jour les regarder ainsi (Même si évidemment des personnes le font déjà). Je voudrais donc aujourd'hui parler d'un type de vidéo pornographique auquel j'ai trouvé un sens bien particulier (Parmi d'autres sans doute) au fil des années: la scène lesbienne.

Je vais prendre pour exemple Play Time avec Gigi Rivera et Hayden Winters du site x-art :

http://www.pornhub.com/view_video.php?viewkey=1154950160

"Ici le porno c'est de l'art messieurs dames, ailleurs... pfff. C'est vulgaire."

"Ici le porno c'est de l'art messieurs dames, ailleurs... pfff. C'est vulgaire."

Si je commence par parler d'une vidéo lesbienne, c’est que vers la fin de mon adolescence, c’était le type de spectacle qui m’excitait le plus facilement et que cela me troublait. J’étais en effet conscient de sa facticité : dans cette vidéo, Gigi Rivera et Hayden Winters ne se conduisent absolument pas comme des lesbiennes. Le spectacle qui nous est offert est une pure mise en scène destinée à titiller le public masculin au maximum sans le moindre égard pour un quelconque aspect réaliste.

Les deux filles sont parfaitement féminines, douces, calmes, prévenantes, patientes… à en donner l’impression qu’elles se font chier… elles gardent toutes deux un rôle féminin stéréotypé.

Conscient de regarder des vidéos purement produites en fonction de mon regard, j’étais troublé de les trouver excitantes alors qu’elles ne représentaient en fait aucune réalité. Ce n’est qu’au fur et à mesure des années et donc au gré de mes différentes expériences, de mes lectures, des cours de fac et bref des aléas de la vie que j’ai fini par comprendre ce que signifiaient ces vidéos et mon attrait pour elles.

"Gigi ?" "Oui, Hayden ?" "Je m'fais chier." "Oui, je sais mais c'est pour X-art, à quoi tu t'attendais ?" "On s'fait une pizza après ?" "Ouiiiiiiiiii ! Et on va voir le nouveau Star Wars !"

"Gigi ?" "Oui, Hayden ?" "Je m'fais chier." "Oui, je sais mais c'est pour X-art, à quoi tu t'attendais ?" "On s'fait une pizza après ?" "Ouiiiiiiiiii ! Et on va voir le nouveau Star Wars !"

L’un des éléments qui m’intrigua un jour, c’est le gynécée grecque ou romain, la pièce de la maison dans laquelle toutes les femmes, esclaves comme épouses ou filles se retrouvaient ensembles. Cette pièce était la plus éloignée de la rue et de la vie publique, les femmes s’y retiraient souvent et particulièrement quand le mari recevait de la visite.

Un autre élément sur le même thème de l'isolation féminine, fut la lecture de la nouvelle de Steven Millhauser "the sisterhood of the night" qui parle d’un club secret d’écolières du type « cercle des poètes disparus » qui se rassemblent la nuit dans une clairière. L’auteur nous fait languir de savoir ce qu’il s’y passe, on imagine des rituels sanglants ou des expérimentations sexuelles et on apprend au final que simplement, ces jeunes femmes forment un cercle et méditent en silence. A l'époque, je m’étais amusé d’être « tombé dans le piège, » aujourd’hui je trouve cette nouvelle d’une prétention et d’une sottise accablante. Il faudrait que je la retrouve et que je la relise pour m’assurer de ce que j'en pense.

Simplement, l’interprétation que notre prof nous en avait donnée était que le silence était ici mis en opposition à l’ordre symbolique du signe de la patriarchie (Voir Lacan). Le monde des mots étant assujettis aux hommes, les jeunes femmes opprimées se retrouvaient pour profiter du silence. Et sans trop le comprendre je sentais néanmoins que ce texte m’accusait car j’avais justement déposé sur ces filles ma vision masculine stéréotypée, ces filles qui se réunissaient ne pouvaient être que des sorcières ou des débauchées, orgies ou rituels sanguinaires ! Je ne voulais voir en elles que ce que la société patriarcale avait envie de voir en elles, moi le vil oppresseur masculin !

Ces deux exemples que je prends, le gynécée et le rassemblement secret innocent sont des signifiants de l'intimité féminine.

Le fantasme lesbien joué par deux filles hétérosexuelles qui me touchait tant, est l’affirmation de l’existence rassurante d’une libido féminine autonome et indépendante des hommes. Le contraire de la sexualité d'une belle au bois dormant qui ronfle en attendant qu’on vienne l'éveiller.

Un après midi d'été alors que Gigi et Hayden se font chier en sous vêtements colorés sur leur lit... comme ça, pour rien. Elles attendaient sans doute le prince charmant.

Un après midi d'été alors que Gigi et Hayden se font chier en sous vêtements colorés sur leur lit... comme ça, pour rien. Elles attendaient sans doute le prince charmant.

Se dire que toutes ces femmes rassemblées dans le gynécée ne devaient pas faire que se tourner les pouces, s’imaginer des baisers, des caresses et de la nudité n’est pas une agression macho vis-à-vis d’elles, une énième attaque du vilain mâle qui veut toujours réduire la femme à son rôle sexuel, mais bien un fantasme de pauvre homme qui n’est même plus sûr que les femmes ont réellement une libido tant il est habitué à être l’initiateur, à prendre la responsabilité de l’acte et à s’en voir blâmer après coup, à être considéré par défaut et sans le moindre moyen d’y échapper comme un obsédé, un animal, un porc, un violeur potentiel (Edit: j'ai écrit cet article avant Balance ton porc). Quand d’un côté les féministes se battent pour qu’on écoute les femmes quand elles disent non, les hommes eux fantasment qu’elles peuvent parfois réellement dire oui.

Et c’est là l'un des aspects de cette scène entre Gigi et Hayden : deux femmes hétérosexuelles qui passent un moment toutes les deux, laissées à elles-mêmes, et qui comme ça, sans raison, vont laisser libre court à la volonté de leur libido, tout en restant parfaitement féminines. Et l’homme qui les observe par le trou de la serrure, s’il s’exclame peut-être « ah les salopes » en pleurerait de joie de pouvoir enfin en être sûr, les femmes aiment le sexe et n’ont pas besoin qu’on les séduise (Du latin seducere : « détourner du droit chemin ») qu’on les manipule, pour éveiller en elle un désir… et surtout, être enfin sûr qu’il n’est pas un monstre aux pulsions néfastes qui avilissent le monde. Ça parait exagéré ? Oui, dans une société aveugle à la violence avec laquelle elle accable ses individus de sexe masculin.

Dans la belle et la bête, la belle c’est la femme et la bête c’est l’homme. Ça ne choque que moi ? L’association de l’homme à ce qui est animal, laid, vil, égoïste, agressif jusqu’à ce qu’une femme l’élève en lui accordant son amour, ce n’est pas violent ?

Dans le contexte de cet article, je n'ai pas pu m'empêcher de trouver agaçant le fait que Gigi et Hayden se sourient. Les sourires sont extrêmement rares dans la pornographie, au contraire elle est souvent sérieuse ou brutale. Mais mettez deux filles ensemble et hop, ça rigole, ça s'amuse. Je n'ai rien contre ça en soi, c'est juste que dans l'imaginaire général les mecs ne savent pas être tendre ou doux, on ne les dépeint pas capables de légèreté ou de complicité avec la fille. Ils viennent juste faire le marteau-piqueur ou l'amant transi.

Dans le contexte de cet article, je n'ai pas pu m'empêcher de trouver agaçant le fait que Gigi et Hayden se sourient. Les sourires sont extrêmement rares dans la pornographie, au contraire elle est souvent sérieuse ou brutale. Mais mettez deux filles ensemble et hop, ça rigole, ça s'amuse. Je n'ai rien contre ça en soi, c'est juste que dans l'imaginaire général les mecs ne savent pas être tendre ou doux, on ne les dépeint pas capables de légèreté ou de complicité avec la fille. Ils viennent juste faire le marteau-piqueur ou l'amant transi.

L’homme qui regarde une scène lesbienne de ce type fantasme sa propre innocence. « Si elles peuvent le faire entre elles en secret, c’est que je ne porte pas en moi toute la responsabilité de l’acte, et que je ne suis donc pas un monstre. »

Un autre article sur le sujet:

http://belindakevin.over-blog.com/2015/06/j-ai-aujourd-hui-feuillete-une-bd-de-wolinski-appelee-les-femmes-sont-des-hommes-comme-les-autres-dans-le-rayon-d-un-centre-commer

A la base, je voulais une vidéo lesbienne qui se termine par l’arrivée d’un homme. Gigi et Hayden s’amusent bien mais dans la logique hétéro de la scène, il serait compréhensible de faire arriver un jeune homme qui les surprend ou les observait et s’offre à elle avec enthousiasme puisqu’elles ne peuvent plus nier que c’est ce qu’elles veulent, elles qui, de leur côté, n’attendaient que l’arrivée d’un beau pénis en érection vu que l’image leur clignote dans la tête depuis quelques minutes. A la place elles prennent un godemichet. C'est plus ambigu.

Bref, voilà voilà. Evidemment, en 2016, s'imaginer la libido féminine comme étant secrète ou tabou peut sembler un peu dépassé (à tort). Mais pas tant que ça en réalité car la revendication ultra ostentatoire de liberté et d'épanouissement actuelle, avec les gogo dancers invités à l'anniversaire ou la lecture de Fifty Shades of Grey reste très superficielle. On est surtout dans la façade et la consommation. Mais bref, c'est une autre histoire tout ça.