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L'Homme Bicentenaire : Andrew est un appareil électro-ménager. Partie 3. (7000 mots)

Publié le par Kevin

L'Homme Bicentenaire : Andrew est un appareil électro-ménager. Partie 3. (7000 mots)

7-8- A La plage // La réparation du jouet.

Andrew s’inquiète de la sécurité de « grande-fille » Grace, elle obtempère. Il a gagné. Les deux gamines se battent pour son attention parce que leur père ne s’occupe pas d’elles et qu’il a adoubé le robot « humain. »

Andrew brise le cheval de verre de la petite fille. Sans le faire exprès. Cet élément est très problématique pour moi car trop de choses sont possibles et suspectes dans cette sous-intrigue.

Il va vouloir réparer l’objet. Chose terriblement étrange, il va refaire l’objet mais en bois alors qu’il a sous les yeux du sable, il aurait pu le refaire en verre. Pourquoi choisir le bois ? Aussi, la précision du doigté nécessaire à la fabrication d’un petit cheval est en contradiction avec l’imprécision des gestes qu’Andrew peut exécuter des mains… cause de l’accident.

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Le cheval apparait sur le lit. Andrew fait une surprise, cela ne coule pas du tout de source. Le parcours psychologique qui mène au désir de mettre en place une surprise est complexe. On a déjà vu quelqu’un faire « une surprise » dans le film, Richard, et ça s'est mal passé.

On voit Andrew ranger du verre dans le lave-vaisselle ce qui contredit bizarrement la scène de la plage. Il manipule des objets de verre tous les jours. Est-il maladroit ou ne l’est-il pas ?

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Amanda confesse « c’est le plus beau cadeau qu’on m’ait jamais fait. » Cet incident a un impact important, tellement important qu’elle mourra, bien des décennies plus tard, le petit cheval à la main. Andrew répond « L’on est heureux de pouvoir servir. » Réponse passe partout, réponse par défaut quand le robot n’a rien à dire. Ce n’est pas lui qui a fait la surprise, et il est peu probable que ça soit lui qui a taillé le cheval. Mais qui dans ce cas ?

« Tu veux bien venir avec moi ? »

« S’agit-il d’une fenêtre à ouvrir ? »

Il se souvient de la dernière fois qu’une des filles l’a appelé et lui a demandé de sauter par la fenêtre. On rigole de l’allusion, comme si Andrew faisait une blague mais le NDR est platement en train d’obéir à la troisième loi de la robotique. Le fait qu’il trahisse de l’inquiétude, qu’il joue l’inquiétude, qu’il produise une expression, un script comportemental, qui correspond au sentiment qu’il est censé exprimer, ne prouve rien d’autre que le fait qu’il est un androïde élaboré.

Et pourquoi redouterait-il une vengeance de la part de « petite fille » alors qu'il vient de lui faire, supposément, le plus beau cadeau qu'on lui ait jamais fait ?

Dans la chambre de la petite fille, Amanda lui présente une peluche qu’elle appelle Woulfie. Comme le chien qu’il trouvera plus tard et avec lequel il séduira petite fille v2.0.

Elle le vire à la seconde où elle n’a plus envie de le voir « je vais me mettre au lit, tu peux… » Elle lui demande de partir sans le dire. Sans le verbaliser. Il doit le comprendre. A la fin du film, il comprend qu’elle veut qu’il meurt. Pour Amanda/Portia, Andrew prend la place d’un animal de compagnie génial. Elle hait les hommes. (La manière dont elle détestera son fils est choquante).

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9- Déjeuner suivant.

   Andrew prend physiquement la place de la mère. Il continue d’appeler les filles « Petite fille » et « Grande fille. » Il ne dit pas leur prénom. On voit par extension à quel point Richard est un sale ****** égocentrique. Ses filles ne sont que « petite fille » et « grande fille » pour lui. Mais du point de vue d’Andrew, il y a également le fait qu’il ne perçoit les autres qu’au travers de sa position à l’intérieur ou par rapport à la famille Martin. C’est un aspect important de sa psychologie.

   Richard lui demande s’il ment au sujet du cheval taillé. Il donne une réponse qui suggère qu’il le fait.

Il peut mentir si :

  1. Il en a reçu l’ordre.
  2. Si cela évite à un humain de souffrir.
  3. Si la vérité met le robot en danger (Donc Andrew peut mentir n’importe quand puisqu’il est constamment dirigé par la troisième loi de la robotique).
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10- Il écoute de la musique classique en pleine nuit.

   Richard surprend son NDR écoutant de la musique la nuit. Un comportement qui s’ajoute à la liste des indices de l’humanité profonde du robot.

   Cependant, ce que Richard n’a pas vu, c’est la manière dont le phonographe est entré dans la vie d’Andrew : en tant qu’objet à réparer. Le robot écoute la musique pour vérifier le bon fonctionnement de l’objet. Un autre élément intéressant de cette scène est que la musique qu’il écoute est magnifique et la beauté de cette musique devient la beauté de la personne qu’est Andrew. Le lien fait entre la beauté de la musique et l’appréciation d’Andrew est construit par anthropomorphisme. En lui appliquant la même cohérence qu’à un être humain.

   Encore une fois, cette appréciation de la musique pouvait parfaitement être scripté. Chaque NDR viendrait avec des goûts gardés secrets afin de surprendre les propriétaires.

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  Mais de toute façon, On ne verra pas Andrew acheter d'autres disques ou aller à l'opéra. Sa fascinante appréciation de la beauté musicale s'arrête à cette scène, à la réparation d'un tourne-disque.

 

11- Visite chez Northam Robotics.

    Andrew sculpte des modèles réduits et déclare « on prend plaisir à les faire. » Ca n’a pas plus de signification que « L’on est heureux de pouvoir servir » mais cela satisfait Richard qui l’interprète comme quelque chose d’étonnant.

Le boss de Northam Robotics en conclut :

« Moi, à mon avis, c’est un bug dans les transmissions. » Une hypothèse ridicule en laquelle il ne croit pas une seconde.

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Bon, pour ce qui est de l’attitude du patron de Northam Robotics, je me permettrai de constater platement qu’elle est parfaitement ridicule et cela au point d’être suspecte. Il fait semblant d’être hostile alors qu’un NDR qui dit « On prend plaisir à le faire » n’a obligatoirement absolument rien d’extraordinaire et qu’il est très bien placé pour le savoir. Il se met en position antagoniste et dit la simple vérité pour que l’orgueilleux Richard se braque et tente de lui prouver le contraire. « Vous êtes stupide. » « Non, je ne suis pas stupide. »

De même qu’il va très très vite en besogne lorsqu’il conclut « ni remplacement, ni rachat. » Il a à peine abordé ces deux questions, il veut simplement éviter que Richard ne les considère sérieusement.

Il admet ensuite que cela pose un problème à l’entreprise que Richard veuille garder le robot, que le « bug » magique pourrait lui faire du tort. C’est ridicule, aucun patron ne se livrerait pied et poing lié comme ça. Il garderait le problème secret pour éviter que son client ne veuille tirer profit de la situation.

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Enfin il fait subtilement de la vérité un synonyme de bêtise, de puérilité: « vous anthropomorphisez. C’est normal, il a forme humaine. » Richard tombe dans le panneau, et en conçoit un désir de lui prouver le contraire encore plus fort, et donc un désir de prouver qu’Andrew est unique. Il tombe encore plus profond dans le panneau quand l’autre lui dit « attendez par pitié ! Parlez-en à votre femme, dites un prix. »

« L’individualité n’a pas de prix. » Richard se sent déshumanisé par sa vie de famille et par son boulot et l’épopée d’Andrew est pour lui une façon d’exprimer son intériorité véritable : « Je n’étais pas juste un robot sans sentiment là pour vous satisfaire toutes ! Moi aussi j’avais des désirs ! »

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C’est l’effondrement de la famille de la société de consommation, la deshumanisation ingrate du père par les autres membres de la famille jusqu’à ce que celui-ci utilise tout le pouvoir qui lui est conféré pour se faire entendre et se venger.

Le patron de Northam Robotics n’oublie pas de conclure : « Un jour ou l’autre vous serez bien obligé de le faire réparer. »

C’est sur cela qu’il compte. Son but ? Il veut que les robots NDR soient perçus comme de véritables membres de la famille. Il veut que les petits bourgeois les perçoivent comme un signe d’élévation. C’est une initiative commerciale. Les robots se vendent mal, il veut qu’ils se vendent mieux. C’est aussi simple que ça. Il veut que Richard fasse tout ce qu’il peut pour qu’Andrew fasse parler de lui comme le premier robot humain.

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L’élément partiellement inattendu, c’est que cela va prendre extrêmement longtemps avant qu’Andrew n’ait besoin d’être réparé et qu’en plus, il réapparaîtra protégé légalement. La situation « échappe » à Northam Robotics, ou du moins, elle ne prend pas l’exacte tournure imaginée à la base.

 

12- Discussion d’homme à homme, Andrew/Richard.

Richard explique à Andrew qu’il est unique et exceptionnel et qu’il doit accomplir sa destinée. Cette conversation met encore en place énormément des fils conducteurs de la psychologie du robot qui discréditent l’idée qu’il soit poussé par une humanité magique.

Andrew déclare : « Mais nous aimons beaucoup les enfants, surtout petite fille. »

Parce qu’elle est celle qui protège son existence mais le père conclut « vous voyez, ça c’est un paradoxe. » Non. Ce n’est en aucun cas un paradoxe. C’est peut-être un paradoxe pour Richard lui-même qui est étonné de ne pas aimer ses deux filles à égalité alors qu’il pensait qu’on aimait ses enfants équitablement. Richard trouve un ami en Andrew.

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L’artistique est mis de côté de manière très intéressante. A partir d’ici, je commence à me dire que la motivation de Richard n’est pas sa mégalomanie, mais sa détresse. Richard souffre que personne ne s’intéresse à son intériorité, s’identifie au robot et faire admettre que le robot est humain, c’est faire comprendre au monde que les hommes (masculins) ne sont pas des robots, qu’ils ont des ressentis. Ce qui est une réalité de l’intérêt des garçons pour la SF. Un questionnement également présent dans Terminator. Les robots sont souvent un commentaire sur la manière dont nos cultures maltraitent les hommes. Le Terminator de T1 et T2 sont le fils soumis parfait et le père soumis parfait dans les yeux de la folle égoïste qu’est Sarah Connor qui pensent que les hommes n’existent que pour correspondre à ses désirs.

Et donc les limites artistiques d’Andrew sont mises de côté, sans doute parce que Richard sait, au fond de lui, que le robot n’a pas la fibre artistique. En attendant, cela débarrasse cette problématique de l’histoire de manière bien pratique. Si à la fin du film quelqu’un demandait à vieux Andrew de peindre une toile originale qui exprimerait ses ressentis, il prouverait qu’il n’est rien d’autre qu’un robot. Richard décide donc qu’Andrew fera des horloges, comme lui. Malgré l’humanité d’Andrew dont on est censé croire qu’elle lui inspire des goûts et des désirs propres, c’est Richard qui lui dit ce qu’il va faire.

La conversation continue :

« Nous allons discuter. » « Vous devez savoir toutes les choses qui n’ont pas été programmées en vous. »

Avec des déclarations comme ça, Andrew était condamné à un avenir particulier. Ainsi, des mesures sont prises pour rendre Andrew exceptionnel indépendamment de son exceptionnalité concrète.

« Andrew, vous êtes unique ! » Une copie conforme NDR passe près d’eux. « Merci d’avoir choisi Northam Robotics. »

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13- Activité avec Amanda.

Andrew fabrique des sculptures de bois, un élément qui m’intrigue vraiment beaucoup car le NDR montre à ce stade un savoir-faire inférieur à celui nécessaire à la fabrication de tous les animaux qu’il est censé avoir fabriqué au début.

Il y a vraiment anguille sous roche autour de cette histoire. On verra Andrew travailler le bois plusieurs fois, jamais il ne se montrera capable d’un travail précis. Marteau, burin, scie sauteuse électrique. Rien qui permettre de produire un petit cheval tout mignon.

Aussi, s'il est si libre et humain, pourquoi ne continue-t-il pas à tailler de belles petites sculptures en secret pour les donner à Amanda ? Un humain souffrirait qu'on lui interdise de pratiquer un art qu'il affectionne et chercherait une solution. Andrew s'en contrefiche et s'aligne sur les désirs du père.

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Cet élément est très suspect.

Cet élément est très suspect.

Tout comme celui-ci, bien plus tard. Andrew trouve un chien sur le pas de sa porte, chien qui lui sera d'une aide capitale dans son entreprise de séduction de Portia... de la même manière que le cheval de bois sera au coeur de l'affection qu'Amanda lui porte.

Tout comme celui-ci, bien plus tard. Andrew trouve un chien sur le pas de sa porte, chien qui lui sera d'une aide capitale dans son entreprise de séduction de Portia... de la même manière que le cheval de bois sera au coeur de l'affection qu'Amanda lui porte.

14- Leçons de vie//tests au quotidien.

Richard entame donc les cours particuliers pour expliquer la vie à Andrew qui devient son psy, son fils et un double de lui-même. La présence/absence du Saint-Esprit qui ne porte pas de jugement, le fils, le père ?  Le père, le fils et le Saint-esprit donc. Coincidence troublante quand clairement le père est Dieu sur terre dans la structure hierarchique de cette famille. Je suis convaincu que l'on peut tirer des dynamiques de ce film une explication de la manière dont la croyance en Dieu amène au désir d'intégrer des robots à la structure de la société. 

Durant cette conversation, Andrew exprime des sentiments : « Quel soulagement. » « L’on en est triste pour eux. » Cependant, il le fait de manière totalement inadéquate. Il est parfaitement à côté de la plaque. Mais l’attention du spectateur a été orientée vers le fait qu’il exprime des sentiments, c’est ce qui importe, c’est ce qui fait de lui un être exceptionnel. On ne le perçoit plus comme un robot, mais comme un humain puéril qui a besoin d’évoluer. La victoire est déjà remportée. (C’est le biais de l’expérience de Turing si ça vous intéresse et je pense que le film est construit sur cette logique).

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Richard admet que le sexe est bon et qu’il faut avoir des rapports sexuels le plus souvent possible. Il suggère aussi qu’il ne couche plus avec sa femme. Andrew peut comprendre que Richard voudrait que sa vie sexuelle reparte. Soudainement, en parallèle, on voit que le couple va mieux. Le sexe est revenu au programme. Andrew arrose les fleurs et l’eau forme un cœur. Le jet arrose également Richard et son épouse.

Andrew voit la mère rire. Il veut comprendre comment la rendre heureuse, lui procurer du plaisir, pour se protéger d’elle. D’où apprentissage de l’humour.

Il ne comprend rien aux blagues de Richard. Il est extrêmement terre-à-terre et premier degré. De plus, le père est incapable d’expliquer quelque chose. Il ne sait que décrire. C’est un très mauvais professeur.

L'enseignement de l'humour pousse Richard dans les limites de sa patience.

L'enseignement de l'humour pousse Richard dans les limites de sa patience.

Toute l’intrigue autour de l’humour est une parfaite démonstration du fait qu’Andrew ne comprend strictement rien et aborde tout comme le ferait une machine. Pourtant, quand à la fin il parvient à faire des plaisanteries, celles-ci sont censées devenir un signe de son humanité.

Lorsqu’il tente de faire rire la famille, le robot sélectionne des blagues pré-écrites qu’il répète sans ton ni rythme. Cela représente la tentative la plus ridicule qu’il puisse faire. Il l’annonce par « Monsieur m’a demandé de… » le père le coupe « Ah, ne me mettez pas ça sur le dos Andrew. » Le maître qui tire les ficelles ne veut pas être reconnu. Pourtant c’est bel et bien ce qui est en train de se passer. Richard pousse Andrew à se faire passer pour un humain et à essayer d'apprendre à faire de l'humour.

Les blagues Carambar arrachent quelques rires parce qu’elles ont été sélectionnées avec attention => public homme, femme, enfant. Sexe, scatologie, masculinité. Andrew atteint son but mais il n’a pas prouvé qu’il avait un sens de l’humour, il a prouvé qu’il pouvait obtenir un rire de quelqu’un.

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Richard lui dit qu’il doit cultiver le rythme. Andrew répond « doit-on le danser ? » Ils éclatent tous de rire et l’ambiguïté est magnifique : Andrew a-t-il fait exprès de ne pas comprendre ? Savait-il que jouer sur la polysémie du mot et prétendre se tromper de sens allait les faire rire ? Chose qu’il a observé des dizaines de fois depuis son arrivée dans la famille.

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Cette scène constate que l’illusion fonctionne entièrement même dans l’échec le plus absolu. L’évolution de l’humour d’Andrew est très intéressante, on le verra raffiner son simulacre. Le moment le plus choquant étant quand plus tard il peaufine une blague qu’il teste sur Rupert Burns avant de s’en servir sur Portia qui s'exclamera « Personne ne me fait rire comme vous » sans savoir qu’il a passé des heures à préparer sa mise en scène. Ce n’est d’ailleurs pas la seule chose qu’il met en place avec Rupert avant de l’utiliser sur Portia.

La logique avec Rupert étant la même qu’avec Richard. Les deux hommes veulent voir Andrew obtenir ce dont eux ont été privés. (La reconnaissance d’une sensibilité ou d'une valeur pour Richard, la reconnaissance d’une légitimité sexuelle pour Rupert).

 

15- Le piano

Dernière scène de la première époque de l’histoire.

Andrew et Amanda jouent du piano « à quatre mains. » Il n’y a rien d’étonnant à ce qu’Andrew apprenne à jouer du piano. Cependant, lorsqu’il improvise une mélodie en restant dans la gamme, le spectateur est légitimement surpris.

Improviser une mélodie est typiquement un talent qui nécessite de piocher dans ses ressentis, dans son intériorité. Impossible pour un NDR.

Mais justement, à ce stade, il est devenu clair qu’Andrew est capable de faire illusion. La question ne se situe plus là. Il faut s’attendre à ce que le robot produise des comportements étonnamment humain et abandonner l’idée de pouvoir voir la différence spontanément.

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Il peut avoir appris les gammes en entendant Amada jouer. Il peut rejouer une mélodie qu’elle a déjà jouée avant et qu’il a stocké dans sa mémoire. Il peut rejouer la mélodie d’une autre musique sur la même gamme. A ce stade, il n’est plus utile de chercher à comprendre, Andrew est capable de faire illusion. La perception humaine est vaincue. Il s’agit maintenant de se défendre.

La seconde époque marque son invasion de la société des hommes. Il devient question d’obtenir des droits et un statut, avant de finalement porter, plus tard encore, le coup de grâce en se faisant reconnaître comme ayant été un humain. Mais je vais m’arrêter à l’analyse de cette première époque du film parce que ça fait déjà beaucoup de choses et que la suite n'est pas moins complexe.

 

Pour terminer je voudrais donner un example amusant du biais qui peut amener à considérer Andrew comme un humain à la fin du film.

Voici la représentation d'un acteur. Qui est-ce ?

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Alors personne ? Ah, zut. Et là ?

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Et là ?

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Oui, c'est Keanu Reeves.

Cependant, si Keanu Reeves doit recevoir un Oscar et que je me pointe avec cette photo de lui imprimée, je ne pense pas qu'on acceptera de me le donner.

De la même manière qu'Andrew ne devient jamais humain, cette photo n'est jamais le véritable Keanu Reeves même si l'on peut produire ce constat parce que nous ne parlons pas toujours de manière littérale. La dernière photo est bien le véritable Keanu Reeves, mais évidemment, ça n'est pas le véritable Keanu Reeves en personne.

Andrew est une représentation toujours plus précise de l'être humain mais il n'en est jamais un.

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robin 13/04/2021 22:17

tu as un vrai talent pour analyser les comportements, tu pourrais être chercheur en psychologie, si tu le voulais. ^^