Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Guillaume Meurice, son petit éloge de la médiocrité et sa fragilité.

Publié le par Kevin

Guillaume Meurice, son petit éloge de la médiocrité et sa fragilité.

Je me suis retrouvé récemment à lire le "Petit éloge de la médiocrité" de Guillaume Meurice sous l’influence d’un proche qui se l’est procuré et motivé par mon dégoût pour le titre.

Pourrais-je dire que j’ai été agréablement surpris ? Non. Parce que, si le livre défend des valeurs plus saines que son titre pourrait le laisser croire, le livre défend des valeurs plus saines que son titre pourrait le laisser croire. Alors pourquoi ce titre minable ?

A aucun moment, le terme médiocre ne trouve de justification dans ce rassemblement de chroniques. Il n’est pratiquement jamais utilisé dans le même sens, il n’est pratiquement jamais utilisé dans un sens correct ou précis. L'auteur le définit dans le premier chapitre puis ne le réutilise pas vraiment dans ce sens par la suite. La plupart du temps lorsqu’il tombe sous les yeux du lecteur il semble injecté artificiellement dans le texte, maladroit. (Je viens de noter que le livre fait partie d'une collection de "petit éloge" chez le même éditeur. Ligne éditoriale forcée ?).

Dans 80 % des cas, il n’est pas réellement question de défendre la médiocrité dans ce livre, il est question d’inviter les gens à accepter qu’ils ne sont pas parfaits, que tout ne se passera pas bien dans leur existence, que ça n’est pas grave et que tous ceux qui leur font croire que ça l’est, cherchent probablement à les manipuler et à les soumettre.

Pris sous cet angle, le livre a un certain nombre de choses à offrir, si on n'a pas déjà conscience de tout ce qu’on y trouve parce que, tout de même, rien de tout cela n’est bien profond non plus, rien n’est vraiment bien argumenté ou bien développé (Mais bon, il y a aussi une question de ventes et de public ici). Les idées ne sont pas nécessairement sans intérêt mais tout cela est lancé au visage du lecteur comme une conversation au bar durant laquelle on refait le monde et tu m’écoutes quand je parle parce que c’est moi qui suis intéressant même si je suis un médiocre et qu’il ne faut pas me prendre au sérieux. A noter, pour un médiocre, Guillaume Meurice se donne du mal pour introduire des références intéressantes. Mythologie, philosophie, socio, psycho. (Ajout relecture: Et je tiens à le redire, il y a vraiment des passages de qualité. Il y a de beaux sentiments, élevés et justifiés).

Cependant, même lorsqu’on prend le livre comme un appel à la tolérance vis-à-vis de soi, un appel à se laisser tranquille et à arrêter de se laisser détruire psychologiquement par une culture qui hait l'humain, on peut voir qu’il n’est pas le meilleur conseiller pour s’extirper de ce mal-être.

Le texte souffre de nombreux biais qui le corrompent sérieusement. Il y a beaucoup d’amalgames, de désirs magiques qui oublient l'existence de causes à toute situation, de comparaisons maladroites utilisées pour illustrer un propos mais qui l’illustrent de manière incorrecte et introduisent des ambiguïtés dans le discours tenu ou le rendent plus vague. Il y a de nombreuses contradictions si frappantes qu’elles donnent le sentiment que quelque part, tout cela n’est pas aussi contradictoire qu’il n’y paraît, que forcément, la contradiction n’est là qu’en apparence mais que dans le fond, tout est cohérent. Sauf que non, les contradictions ne sont jamais résolues, le texte ne les note pas et se moque bien de ne pas être cohérent.

Par exemple, dans le chapitre « La Grève des médiocres » Guillaume Meurice parle de toutes ces personnes qui font du bénévolat et imagine l’impact si elles cessaient de le faire. Il les qualifie donc de "médiocres" dans le sens où, leur travail n’étant pas rémunéré, cela suggère qu’ils sont considérés comme insignifiants et inutiles, donc... médiocres ? Quel est le rapport ? C’est la rémunération qui signifie la qualité ? Et d’ailleurs, les bénévoles ne peuvent-ils pas être des médiocres, sont-ils nécessairement des personnes de valeur ? Le bénévolat c'est une botte du 1000 bornes qui protège contre la critique ? L’appellation de médiocre s'insère mal dans l'exemple de l'auteur et on a le sentiment qu'il tente surtout de justifier son thème.

Prenant la défense de ces médiocres voici ce qu’il dit : « Pourtant, les associations sont des armées de spécialistes. Dans tous les domaines, que ce soit chez les amateurs d’astronomie ou chez les passionnés d’insectes, il existe une somme de connaissance gigantesques et d’expertise rarement sollicitée, quasiment jamais valorisée ou mise à contribution dans le débat public. »

Et donc finalement, si ces médiocres ne sont pas médiocres, c’est parce que ce sont des experts ? Alors c’est quoi la médiocrité ? N'a-t-elle pas été définie comme un regard que l'on pose sur soi dans le premier chapitre ? Maintenant la médiocrité c'est le point de vue que le gouvernement pose sur nous ? Et à la base, c'était le fait d'être moyen, faillible, mais là eux... c'est le fait d'être dispensable socialement selon une certaine autorité ? ça n'a rien à voir.

L’argumentation va dans tous les sens. Et de la même manière, on sent bien que l’auteur aurait pu dédier un chapitre à tous ces pseudo-experts non diplômés qui font des vidéos youtube pour prouver leur excellence parce qu’ils n’ont pas le courage de regarder leur médiocrité essentielle en face. 

Mais dans le cas des bénévoles, "médiocrité" se réfère au fait qu’ils ne soient pas reconnus pas un organisme hiérarchique, structurel. Ils sont médiocres parce que Papa gouvernement ne les regarde pas… mais… mais… je croyais qu’il ne fallait pas se soucier de ce que les autres pensent de nous ? (Avant dernier chapitre). Qu'il ne fallait pas rechercher la productivité ou l'utilité à tout prix ? (Autres chapitres)

Bref. Je n’ai pas envie de nager pendant des heures dans cet embrouillamini qui n'a jamais prétendu avoir une quelconque structure rigoureuse, simplement le discours se coupe régulièrement les pattes de sa radicalité et de ses incohérences nonchalantes.

 

Ce qu'il y a de plus problématiques que les faiblesses argumentatives, c'est la claire mouvance communiste dans ces idées. Mettre tout le monde à égalité. L'idée que la masse est bien plus utile et bénéfique que l'individu. Le livre utilise même le mot dans une plaisanterie dans ses dernières pages : « La mort est communiste. » (Page 185).

Ce que Guillaume Meurice ne semble pas comprendre c’est qu’il n’y a pas plus atrocement injuste et destructeur que l’égalité "aveugle". Se mettre en tête que deux êtres humains se valent nécessairement, que deux vies se valent exactement, est bien tentant et facile mais totalement faux et catastrophique.

Il ne peut exister aucun système, aucune culture dans laquelle les êtres seraient tous perçus comme étant égaux en valeur. Cette idée est incroyablement intenable. Il suffit d’y réfléchir une seconde honnêtement, en abandonnant la bien-pensance et le politiquement correct, pour en sentir l’absolue impossibilité et l’indésirabilité infinie.

Mais les personnes comme Guillaume Meurice, et beaucoup de gens de gauche je dirais, basent beaucoup de leurs réflexions sur un idéal similaire, par réaction aux atroces injustices présentes dans nos cultures (par exemple). Tout est injuste, les gens sont maltraités, ils sont humiliés, rabaissés, sous-estimés. Les puissants se croient supérieurs alors que ce sont des minables décérébrés complètement cinglés pour la plupart. Et la réaction du pauvre traumatisé est de se dire : "si seulement il n’y avait plus aucun critère de différenciation de valeur, que nous privions tous ceux qui nous jugent inférieurs de toute possibilité rhétorique, si seulement nous pouvions tous être au même niveau, si seulement tout le monde pouvait réaliser que nous avons tous une valeur, que nous sommes tous imparfaits, tous beaux/valeureux/médiocres."

Le problème gravissime de cette perception égalisante est qu’elle détruit, dans les faits, absolument toute valeur, tout principe et toute qualité.

Mettre tout le monde à égalité, c'est toujours prétendre que le négatif, le minable, l'immoral, le répugnant est au même niveau que le beau, l'honnête, l'intelligent, le sensible, le courageux. Cela punit les gens valeureux pour leur valeur et cela récompense les ordures que l'on élève à leur niveau mais qui s'en sortent mieux puisque leur médiocrité se doit d'être ignorée.

Si l’individu honnête qui fait preuve de déférence face à l’idée de vérité est aussi médiocre que le menteur qui se moque bien de défendre la vérité à partir du moment ou le mensonge sert ses intérêts… alors l’individu honnête est voué à disparaître et il ne restera que les menteurs… et parmi ces menteurs se construira une nouvelle hiérarchie, ceux qui mentent le mieux ou qui ont d'autres "talents" qui leur permettent de dominer et les autres.

Il y aura absolument toujours une hiérarchie entre les êtres. Elle s'installe automatiquement et le seul niveau auquel on peut agir, c’est le choix des valeurs qui décideront de celle des individus. De ce point de vue, certaines des valeurs que Meurice défend sont effectivement très défendables et saines, mais elles ne sont pas des indices de médiocrité et ne doivent pas être perçues comme tels.

 

Il y a deux choses qui m’ont frappé de part leur dimension révélatrice dans le livre de Guillaume Meurice. Déjà, il n’a pas consacré un seul chapitre à l’excellence. Bien sûr, son sujet c’est la médiocrité mais si l’on veut défendre la médiocrité, il me semble tout de même qu’il est important de trouver un espace protégé pour l’excellence dans notre idéologie… non ? Seule la médiocrité compte ? Vraiment ? C’est juste l’élève moyen et le nul qui sont importants ? Le premier de la classe est juste une merde qu’il faut éradiquer ? On dirait bien car, en lieu et place de la reconnaissance de l’existence de l’excellence, on a droit à un chapitre sur le snobisme. Pitié. Il n'y a pas plus snobs que les médiocres qui crient leur médiocrité comme si cela prouvait leur humilité. Depuis des décennies notre culture est dévorée par le snobisme "des gens normaux, des gens biens, des gens comme tout le monde." On massacre ceux qui placent la barre plus haut, même involontairement. Et la vérité est que beaucoup des valeurs que Meurice associe à la médiocrité sont celles de ceux qui visent en réalité plus haut. Il se mélange les pinceaux.

Cette absence de compréhension et de défense de ce qu’est l’excellence fait tomber le livre plus bas. Nous ne sommes plus tant devant une critique du système répugnant dans lequel nous vivons, que devant une petite crise narcissique de dépit d’un mauvais qui voudrait (un peu) que tout le monde soit aussi mauvais qu'il se perçoit. Même si les deux se mélangent (la critique et la glissade narcissique).

Accepter ses failles, ses faiblesses, ce n’est pas se faire croire que tout le monde est aussi nul que nous. C’est au contraire accepter que tout le monde n’est pas aussi nul que nous et qu’il faudra avoir la force de vivre avec ça. Et il faudra avoir la force de reconnaître nos talents et nos valeurs sans nécessairement se comparer aux autres, sans vouloir les vaincre. Inutile de se flageller indéfiniment, inutile d'essayer de rabaisser tout le monde pour se sentir moins seul. Inutile également, d'être obsédé par les autres dans sa démarche de valorisation de soi.

 

Un passage qui m'a particulièrement agacé (Page 68): 

"Il y a quelques années, une émission de télévision avait eu l'idée funeste de noter des humoristes. Chacun devait faire un sketch et subissait le verdict d'un jury et du public. Un programme problématique à plus d'un titre. Outre que l'humour est affaire d'élève du fond de la classe qui lance des boulettes de papier en se moquant de l'autorité, quel sens peut-il y avoir à donner une note à des blagues ?"

La vache, ça décape. "L'humour est affaire d'élève du fond de la classe qui lance des boulettes de papier en se moquant de l'autorité..."

Exemple parfait de l'extrême présomption que peut cacher cette revendication de médiocrité d'apparence nécessairement humble. Les mauvais élèves sont ceux qui osent se rebeller contre l'autorité et qui, en plus, sont rigolos. N'importe quoi. Absolument n'importe quoi. Quelle honte de prononcer un mensonge pareil.

L'humour des élèves du fond de la classe n'a rien de rebelle. C'est du simple racolage complaisant égocentré qui sert à détourner l'attention de leur triste nullité et à se revaloriser aux yeux des autres élèves. C'est du parasitage, non pas de l'autorité, mais de la valeur justement. Ces élèves sont systématiquement hyper hostiles envers ceux qui n'ont rien à prouver eux, ne font chier personne et ne veulent de mal à personne.

J'ai toujours été le premier à trouver que l'école était monstrueuse envers les élèves. Ayant été excellent et très mauvais élève, je peux dire qu'il ne suffit pas de beaucoup plus de quatre sales notes de suite dans la même matière pour être broyé, disparaître aux yeux du prof, voire se prendre des remarques méprisantes gratuites etc... l'école est un lieu horrible. 

Mais non, l'élève du fond de la classe qui fout le bordel et balance les vannes les plus basses, crasses et complaisantes possibles n'est ni un champion de l'humour ni un rebelle. C'est un imbécile au comportement nocif qui a cette même attitude face à toutes les autres situations de sa vie qui lui posent problème. Tacler ceux qui s'en sortent là où lui ne s'en sort pas, tacler ceux dont il aimerait posséder les qualités, critiquer et saboter tout ce qui ne le fait pas apparaître sous un jour flatteur, détruire toute structure qui ne le met pas en valeur. 

 

 

Assez rapidement, le texte de Guillaume Meurice glisse dans une position assez morbide, archétypale des gens qui vont au bout de ce désir d’égalité totale qui vient d’une incapacité à eux-mêmes se reconnaître une valeur ; parfois simplement parce qu’ils confondent l’amour propre, la dignité, l’estime de soi avec de l’arrogance, de même qu’ils confondent l’absence d’estime de soi avec de l’humilité. Notre culture fait tout pour que les gens ne sachent pas faire la différence.

Position morbide disais-je, parce que cette incapacité à trouver une valeur aux humains, et donc inexorablement, cette incapacité à leur trouver une valeur différente, mène toujours à ce balayage absolu du sens de l’existence. Si tout est égal, alors rien n’a d’importance, si tout est égal, alors la mort n’a plus d’importance et la vie n’est qu’arrogance. Je sais que ces derniers constats peuvent paraître bien radicaux et axiomatiques mais je me permets cette fragilité argumentative simplement parce qu’en seulement 190 pages Guillaume Meurice arrive à ce niveau de nihilisme condescendant.

Il se retrouve à critiquer le bonheur et l'espoir. Même s'il se concentre sur une dimension précise (bonheur consumériste/espoir d'un changement radical) de ces "états psychologiques", on se demande bien comment on est passé d'une pseudo-apologie de la médiocrité à "Le bonheur c'est de la merde." "L'espoir c'est nocif." 

Et surtout, on se demande comment on en arrive à ça :

« Oui, on va tous mourir comme on a tous vécu : comme des médiocres. Mais c’est tout sauf triste car nous avons tous un rôle à jouer dans le collectif. » (Page 188).

Quelle déchéance, prétendre faire l’apologie de la médiocrité pour au final détruire l’individu, lui demander de se laisser disparaître dans la masse (Vous sentez le parfum communiste ?). Pourquoi ne pas lui suggérer de prendre un numéro, après tout, les prénoms, l’identité, les noms de famille, la filiation, tout ça, c’est des contraintes, c’est du stress, c’est le sentiment de devoir rendre des comptes. Être important c’est anxiogène. Pourquoi mes parents m’ont-ils mis au monde si c’était pour me demander de faire quelque chose de ma vie ? Et pourquoi ma copine est-elle avec moi alors que n'importe qui d'autre ferait l'affaire ?

Sans doute inconsciemment, Guillaume Meurice atteint étonnament rapidement les limites de sa pensée de la médiocrité. Vouloir valoriser l'absence de valeur particulière, c'est se demander au final le sens de l'existence, perdre tout élan vital. "Nous sommes tous les mêmes ! Nous sommes tous aussi moyens, c'est génial non ? Comment ça se fait que je n'ai plus goût à rien ?"

 

Nah, allez, vas-y le World Economic Forum, balance nous ta dictature communiste, on l’attend avec impatience. Dans la suite de cette dimension idéologique et politique, il y a un autre aspect du livre plutôt désagréable et grinçant: l’apparition régulière et ultra forcée de clichés propagandistes bien à la mode qui donnent le sentiment que ce livre n'est, en fait, qu'un véhicule à cette propagande justement :

Réchauffement climatique en veux-tu en voilà. Femme battue. Mari macho qui préfère sa voiture à sa femme et ses enfants, évidemment. Consentement sexuel féminin, je ne sais même plus comment il est parvenu à caser ça. Pointage de doigt anti-raciste envers les vilains qui n’aiment pas le burkini. Éoliennes il me semble, entre autres énergies renouvelables qui ne fonctionnent pas. J’attendais qu’il vente les mérites de la vasectomie mais il a esquivé. Tacle abject envers Luc Montagnier le vilain qui a osé dire à la télé dès le début de la pandémie que le virus avait nécessairement été synthétisé en laboratoire (idée confirmée depuis mais le prix Nobel, lui, est mort). Tacle envers les conspirationnistes qui sont forcément des gens qui veulent qu’on leur raconte des histoires, quel culot quand même après que 95% des positions conspirationnistes sur la pandémie se soient révélées vraies une à une. Tacle venu du ciel dirigé vers Vladimir Poutine, parce qu'il le faut.

Bref, un livre très bizarre en vérité. Avec quelques chapitres valables et beaucoup de mauvais. Un livre médiocre ? Non. Ça ne veut rien dire dans ce contexte. Tout n’est pas question de bien/pas bien, de susucre ou de journal. Le livre contient de bonnes choses indéniables, mais noyées dans beaucoup de bêtises vraiment problématiques alors qu’en penser ? Je suis perplexe.

 

Je n’aurais jamais cru penser ça en le voyant dans l’émission de France inter mais en fait, Guillaume Meurice a la pensée d’une personne qui ne se sent vraiment pas bien avec lui-même. Quelqu'un qui marche sur des œufs et se demande encore s'il a le droit d'exister. Il n’en a pourtant pas l’air. En plus, il commence son livre sur un chapitre dans lequel il se met en quatre pour nous expliquer que le mail d'insulte qu'il a reçu ne l'a pas atteint, ne lui a rien fait, qu'en plus ça n'a pas de sens de se démener pour trouver l'adresse mail de quelqu'un pour l'insulter et que c'est celui qui le dit qui y est. Vraiment très bizarre. J'ai reçu des dizaines de commentaires insultants sur ce blog, c'est toujours un minimum vexant. Ce n'est jamais agréable et on n'en fait jamais totalement abstraction même si on l'aimerait. Pourquoi se faire croire qu'on est au-dessus de ça ? 

Bonjour, je vous écoute à la radio et parfois je lis vos écrits et je dois dire que je trouve ça systématiquement raté. Vous êtes nul. Nul, nul, nul. Vous êtes même pire que nul. Vous êtes médiocre. C'est ça que vous êtes: médiocre.

Philippe.

Si l'on accepte que ce message n'a pas été inventé par Guillaume Meurice, je ne vois pas pourquoi ce dernier devrait se dire qu'il est anormal d'être blessé par celui-ci. Ce message est blessant. Il est un peu ridicule et facile à mettre de côté mais c'est normal de ne pas se réjouir de se prendre ça dans la tronche.

Mais voici comment Guillaume Meurice conclut son chapitre:

"Moi, je fais des blagues, des chroniques, des livres. Je vends de l'évasion, de la rigolade. Du vent. Rien de plus, rien de moins. Je fais comme je peux avec ce que je suis, avec ce qui m'entoure. Comme le commun des mortels. Lorsqu'on aura pris conscience de ça, on pourra être libérés de cette pression qui pèse sur nos épaules. Si vous en avez marre de rater des trucs, de vous trouver "à chier" dans bon nombre de domaines, ne paniquez pas. Vous n'êtes pas cette personne extraordinairement nulle. Vous êtes, comme tout le monde, ordinairement médiocre. Ne laissez jamais personne vous dire le contraire. Ne laissez jamais personne prétendre qu'il est autre chose que ça. Vous pouvez donc continuer à m'écrire, avec plaisir, à m'insulter si ça vous chante. Mais arrêtez de me dire que je suis médiocre. Je le sais déjà.

Cela étant dit, Philippe, je t'embrasse."

 

Est-ce si dur d'admettre qu'une insulte nous a blessé ? Que l'on vise la qualité, que c'est difficile et que cela fait mal de ne pas se sentir à la hauteur ?

On voit toute l'hypocrisie lâche du positionnement de Guillaume Meurice dans son "Je vends de l'évasion, de la rigolade. Du vent."

Que cette manière de se dénigrer alors qu'on a donné le meilleur de soi-même est dégoûtante. "Je produis du vent." Quelle horreur. Je viens de critiquer son livre avec virulence pendant tout mon article et j'ai une meilleure opinion de celui-ci que son auteur lui-même. Non, ce livre n'est pas du vent. Même dans ses défauts ça n'est pas du vent. Et Guillaume Meurice a bien plus d'ambition que de ne produire que "du vent." On se trouve devant une personne qui voudrait bien qu'on le trouve génial mais qui ne veut surtout pas qu'on le prenne au sérieux. Bref, une personne qui a terriblement peur du jugement qu'on porte sur lui et qui écrit un livre sur le point auquel on est tous médiocres... et qui va même jusqu'à parler de cette technique (débile) d'imaginer l'assemblée en slip lorsqu'on a peur de faire un discours, comme si rabaisser les autres aidait à se sentir moins bas. Ça ne marche pas comme ça. Pour oser donner son discours, il faut avoir confiance en soi, en sa valeur et en son discours. Le public n'a pas grand chose à faire dans l'équation.  

Et quelle laideur que ce "Ne laissez jamais personne prétendre qu'il est autre chose que ça" (Médiocre). Fou imbécile. Évidemment que les gens peuvent et doivent prétendre à plus que la médiocrité ! Et pas pour épater la galerie mais parce que tous nous portons un jugement sur nous-mêmes et personne n'aime se mépriser. Priver les gens d'un chemin qui les mène vers l'appréciation de soi, la fierté d'être ce qu'ils sont, est cruel et nocif.

Enfin, ce "Cela étant dit, Philippe, je t'embrasse" est la cerise sur le gâteau du mielleux dérangeant. Non Guillaume, non. On ne répond pas par un message d'amuuur à quelqu'un qui nous a insulté. Oui, je sais, c'est pour montrer que tu es au-dessus de ça, que tu vaux tellement mieux que lui et que toi, tu ne répands pas la haine et la méchanceté etc etc.... mais avoues-le, il t'a vexé cet enfoiré et tu aimerais bien pouvoir lui rendre la monnaie de sa pièce.

Bienvenu au monde.

 

 

 

Ici j'écris les mots "review" et "critique" histoire d'être un peu mieux référencé par les algorithmes.