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Call Me By Your Name : Elio est hétérosexuel. Oliver n'est pas étudiant. Les Perlmans sont des psychopathes. (4400 mots)

Publié le par Kevin

Les prénoms en miroir avec le miroir dans lequel Oliver efface le reflet d'Elio, et Elio qui efface son père dans la relation avec Oliver. Et la mère qui regarde tout ça en se léchant les babines.

Les prénoms en miroir avec le miroir dans lequel Oliver efface le reflet d'Elio, et Elio qui efface son père dans la relation avec Oliver. Et la mère qui regarde tout ça en se léchant les babines.

Article déconseillé aux moins de 24 ans.

Lorsque j’ai vu Call Me By Your Name il y a quelques mois, le film m’a complètement retourné le cerveau. Pour être honnête je m’attendais à un film ennuyeux et sans profondeur psychologique. La belle histoire d’amour homosexuelle au soleil ça s’annonçait franchement chiant, surtout quand j’entendais les éloges en roue libre qu’on faisait du film. « C’est trop bien, il se passe rien. » « C’est trop bien, les décors sont superbes ! » « C’est trop bien, on se croirait en vacances à la mer !« C’est trop bien, la musique est sublime ! » « C’est trop bien il y a une histoire d’amour entre deux mecs ! » Ça sentait le film bien creux et opportuniste.  

Quel ne fut pas mon choc de voir dès le départ que le contexte de l’histoire était complexe et douteux. Je suis sorti du film extrêmement troublé et mon cerveau a beaucoup transpiré depuis.

En essayant d’en parler un peu sur Youtube et au travers de plusieurs articles, j’ai vu qu’il fallait faire attention à ce qu’on disait sur ce film sous peine de se faire crier très fort et d’entendre des gros mots.

J’ai donc re-rédigé mon premier article plusieurs fois pour en arriver à ne viser qu’un but assez clair et peu ambitieux : remettre en question l’histoire d’amour entre Elio et Oliver. Démontrer que tout était trop douteux et compliqué pour qu’il soit acceptable de s’extasier devant les larmes du petit Elio déglingué à la fin du film sans se poser quelques questions.

Ce plan d'Elio en cadavre n'est pas innocent.

Ce plan d'Elio en cadavre n'est pas innocent.

Pour atteindre cet objectif, je creuse un peu la question de l’homosexualité paternelle qui a forcément une influence sur son fils et dont le jeune homme n’a pas conscience. Je soulève le problème de la position d’Oliver qui se trouve être horriblement proche d’un chantage du type « tu couches, tu as ta thèse, tu te refuses, tu es recalé. » Oliver se tournerait vers Elio pour se protéger du père ? Et enfin, je parle de la mère qui a toujours une cigarette allumée à la bouche bien compréhensible puisque son mari étant homo, il ne doit pas la satisfaire sexuellement et encore moins la faire se sentir attirante. (usage quasi systématique des cigarettes dans les films).

Ensuite, dans un deuxième article, je me suis acharné à démontrer en quoi l’histoire d’amour d’Elio et Oliver est en fait une histoire de manipulation complexe subtile et très violente.

Ce qu’il reste donc à développer c’est la rencontre de ces éléments qu’il m’aurait été très difficile d’analyser ensemble. Comment relier l’homosexualité du père, la frustration de la mère et l’histoire d’amour manipulation Elio/Oliver ?

 

Analysons la première scène du film qui dit tout.

 

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Marzia est allongée sur le lit d’Elio. Elle l’aime, elle est prête, elle veut faire l’amour. Call Me By Your Name commence à l’instant auquel Elio aurait dû perdre sa virginité et/ou entrer dans une relation amoureuse avec une fille.

"Elio, regarde mes super longues jambes, ça signifie que je suis matûre sexuellement."

"Elio, regarde mes super longues jambes, ça signifie que je suis matûre sexuellement."

Ce premier plan est absolument génial. Sur le lit voisin de celui sur lequel la jeune femme est allongée, nous voyons atterrir les vêtements d’Elio. Le malentendu dit tout. Le jeune homme devrait être en train de se déshabiller pour rejoindre sa copine, à la place, il déménage ses affaires pour laisser la place à l’ « ursupateur. » Au pied de Marzia, la guitare sèche dont Elio jouera plus tard pour séduire Oliver : nous nous situons après la sérénade, après le flirte, Marzia est réellement dans l’attente des baisers et de l’acte sexuel.

Elio apparait torse nu, il pourrait réellement être en train de se déshabiller. On entend la voix d’Annella, il va à la fenêtre et se rhabille. Gros plan sur le visage inquiet et pensif de Marzia qui sent que son amoureux lui échappe et que « something wicked this way comes. »

Marzia est soucieuse.

Marzia est soucieuse.

Nous sommes témoins de l’arrivée d’Oliver en vue du dessus, donc en vue subjective d’Elio. Ce choix peut paraître anodin, insignifiant et platement logique, mais lorsque l’on voit à nouveau Elio à l’écran, la caméra le filme du niveau du sol et l’on entend d‘ailleurs à peine ce que lui et Marzia se disent.

Cette manière particulière de filmer suggère une mise en scène. Il est fort probable que les parents d’Elio savent que leur fils les regarde. Pourquoi feraient-ils semblant de ne pas le savoir dans ce cas ? J’y viens.

A peine les présentations faites, Annella demande à son mari « mais où est Elio ? » et son fils déclare « j’dois descendre. » Cette mise en scène met en avant la morbidité de la relation d’Elio et de sa mère. Les désirs d’Annella sont des ordres, et surtout, Elio les anticipe pour leur enlever leur violence. Il est dressé comme un petit chien.

L’anticipation est un mécanisme de défense, c’est-à-dire que pour garder un minimum de fierté et d’initiative, Elio prend les devants. Il dit à Marzia « J’dois descendre » de la même manière qu’il lui aurait dit « je dois rentrer. »

Le plan continue quelques secondes sur la réaction de Marzia qui exprime parfaitement un sentiment de « qu’est-ce que je suis censée faire ? » « Qu’est-ce que je fais là ? » « Et moi je dois disparaître ? » L’actrice assure magnifiquement sur ce quart de seconde.

 

Call Me By Your Name : Elio est hétérosexuel. Oliver n'est pas étudiant. Les Perlmans sont des psychopathes. (4400 mots)

Le plan suivant nous montre le père d’Elio lever la tête vers le ciel, ce qui ne prouve pas qu’il savait qu’Elio était à la fenêtre mais que cela aurait été logique dans les habitudes (habitus) de la famille. Ou alors peut-être qu’il le cherche dans un arbre ? Il lève la tête et étrange, il ne semble pas apercevoir Marzia. Et d’ailleurs, comment se fait-il qu’Annella ne sait pas « où est Elio ? » Pourquoi sa question n’est-elle pas « Où sont Elio et Marzia ? » C’est quand même étonnant que les deux parents ne soient pas au courant qu’Elio est dans sa chambre avec son amie, en train de préparer l’arrivée d’Oliver, c’est certainement l’endroit le plus évident et attendu dans lequel il pourrait se trouver.

Mon argument peut paraître forcé, mais si on y réfléchit bien on peut voir que la question d'Annella n'a pas le moindre sens et que ce regard du père sert probablement à le souligner. Ils savent qu'Elio est dans sa chambre. Ils savent que sa chambre donne sur ce chemin. Ils ont l'habitude d'interragir avec Elio de cet endroit alors qu'il est dans sa chambre. Mais soudainement, pendant un court instant, ils deviennent complètement inconscients de tout ça. Pourquoi ? Ils contournent la présence de Marzia. Ils ne veulent pas voir Elio et Marzia à la fenêtre avec un T-Shirt de la même couleur.

Mon argument peut paraître forcé, mais si on y réfléchit bien on peut voir que la question d'Annella n'a pas le moindre sens et que ce regard du père sert probablement à le souligner. Ils savent qu'Elio est dans sa chambre. Ils savent que sa chambre donne sur ce chemin. Ils ont l'habitude d'interragir avec Elio de cet endroit alors qu'il est dans sa chambre. Mais soudainement, pendant un court instant, ils deviennent complètement inconscients de tout ça. Pourquoi ? Ils contournent la présence de Marzia. Ils ne veulent pas voir Elio et Marzia à la fenêtre avec un T-Shirt de la même couleur.

C’est un sentiment difficile à discerner et à décrire mais dès ma première vision du film, j’avais trouvé les présentations d’Elio et Oliver trop solennelles. Notre regard est biaisé par le fait que nous savons parfaitement ce qu’il va se passer, mais ce point de départ est assez étrange en réalité. C’est très subtil mais tout cela se passe comme si Oliver était là pour Elio. Comme s’il allait être son prof particulier par exemple. Il n’y a aucun élément qui positionne Oliver en étudiant qui rencontre son directeur de thèse, aucun échange sur le sujet, les goûts, aucun nom d’auteur n’est lancé. Et lorsqu’Elio rencontre Oliver, il est au centre de la pièce, entouré des trois autres personnages.

Elio aurait dû être en train d’échanger des baisers passionnés avec sa copine pendant que ses parents installent le nouvel étudiant dans une autre chambre. Il n’aurait pas dû se sentir concerné par ce mec de 25 ans qui de toute manière va passer son été à bosser comme un malade, la tête dans ses bouquins, terrorisé par l’échec et un sentiment d’infériorité énorme. D’ailleurs Elio s’étonne qu’Oliver soit si « confiant. » L’américain serait-il totalement différent des élèves des autres années ?

Lorsqu’il arrive en bas, Annella accueille Elio d’un « Mon amour. » Marzia devrait être en train de prononcer ces mots. Annella les utilise pour marquer son territoire.

"Viens-là mon amour ! Viens voir maman !"

"Viens-là mon amour ! Viens voir maman !"

Notre ados demande à sa mère « Ma chambre ? » elle tend l’index. Ses désirs sont des ordres et on doit lui obéir au doigt et à l’œil. C’est important, l’autorité de la mère ne passe pas par les mots, Elio devine ce qu’elle veut et le mettre en mot c’est déjà une insubordination.

Dans l’escalier Elio s’étonne « tu pars ? » lorsqu’il croise Marzia. Elle lance un « Hello. Enchanté » creux à Oliver et déguerpit immédiatement. Rien n’est dit, mais Marzia n’est pas la bienvenue chez les Perlman. Si les parents d’Elio n’avaient ne serait-ce qu’une once de respect pour elle, jamais ils n’auraient demandé à leur fils de céder sa chambre à Oliver. Ils se réjouiraient qu’il fréquente une fille aussi charmante. Tout ce qu’ils veulent c’est qu’elle disparaisse.

"Notre maison est ta maison ! Pas comme pour cette pouffe de Marzia qui devrait arrêter de tourner autour de notre fiston !"

"Notre maison est ta maison ! Pas comme pour cette pouffe de Marzia qui devrait arrêter de tourner autour de notre fiston !"

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Si nous regardons cette première scène avec un peu de recul nous voyons deux parents arracher une fille du lit de leur fils et la remplacer par un homme. Les Perlman mettent un homme dans le lit de leur fils. Marzia était probablement là dans le but de faire obstacle, pour dire « Hey ! Je suis là ! J’existe ! Si une personne doit être dans le lit d’Elio, c’est moi ! » et que se passe-t-il dans cette introduction ? Marzia constate qu’elle est invisible dans cette maison.

Je pose donc la question choquante que je me suis posé dès la seconde où j’ai vu cette scène : Qu’est-ce que ça veut dire au niveau littéral que les Perlman mettent Oliver dans le lit d’Elio ?

A quel point sont-ils responsables de l’histoire qui se construit ensuite ?

Hum. Accrochez-vous. (Et lisez peut-être les deux précédents articles sur le films).

Oliver n’est pas étudiant.

Oliver est là uniquement pour coucher avec Elio.

Cette histoire n’est que l’histoire d’une manipulation démente. Et il n’est même pas difficile d'expliquer les motivations de chacun.

Le père Perlman méprise les femmes et souhaite à Elio de pouvoir vivre ce que lui n’a pas vécu lorsqu’il était jeune. Il voit en Elio un double de lui-même et souhaite lui offrir ce à quoi il n’a lui-même pas eu accès. Le problème c’est que ce type de relation ne véhicule aucun amour et qu’Elio souffre d’être délaissé par son père.

Call Me By Your Name : Elio est hétérosexuel. Oliver n'est pas étudiant. Les Perlmans sont des psychopathes. (4400 mots)

La mère est terriblement frustrée sexuellement et quelque part humiliée par l’homosexualité de son mari, elle s’est donc rabattue sur sa relation avec son fils. Le problème est donc que le père et le fils se partagent le rôle de mari et qu’Elio tout en étant obéissant comme un fils, doit la satisfaire comme un égal. Si Elio ne fait pas ce qu’Annella désire, elle ne le prend pas comme une mère mais comme une amante bafouée en quelque sorte (je ne prétends pas cependant qu'il y ait de rapport incestueux). On peut donc facilement comprendre comment elle pourrait être jalouse des jeunes filles qui fréquentent Elio et comment la sexualité de son fils pourrait devenir taboue.

Je trouve assez intriguant que Armie Hammer ressemble tant à Rocco Siffredi pour plusieurs raison. 1-Rocco Siffredi est Italien. Call Me By Your Name se passe en Italie. 2-Il couche avec la mère d'Elio dans un autre film. Ces similitudes coincidences seraient difficile à transformer en argument mais ça reste assez troublant je trouve.

Je trouve assez intriguant que Armie Hammer ressemble tant à Rocco Siffredi pour plusieurs raison. 1-Rocco Siffredi est Italien. Call Me By Your Name se passe en Italie. 2-Il couche avec la mère d'Elio dans un autre film. Ces similitudes coincidences seraient difficile à transformer en argument mais ça reste assez troublant je trouve.

Imaginez l’impact monumental de deux parents comme ça. D’un côté un père qui n’a d’attirance que pour les hommes, et une mère qui veut faire abstraction de la libido des femmes, et du fait que son fils peut attirer les filles etc… évidemment qu’Elio hésite avant de coucher avec une copine.

Enfin, Oliver a deux motivations, la première est l’argent et la seconde est que sa mission ne lui est pas désagréable. Elio l’attire.

Je suis bien ici en train de parler d’un complot visant à transformer un jeune homme hétérosexuel en homosexuel par traumatisme. Il est bien connu qu’un certain pourcentage d’homosexuels le deviennent suite à des abus. Nous sommes devant ce cas de figure. Elio est hétérosexuel.

Je viens d’utiliser le mot complot, mais je me demande si les choses ne seraient pas un poil plus subtiles. C’est-à-dire que chaque manipulateur aurait un but précis qu’il se garde bien de dire aux deux autres.

Le père fantasme sur la discussion finale de père à fils qu’il a avec Elio et qui est une pure projection de ce qu’il aurait aimé vivre avec son propre père. Ce discours magnifique qui a été porté aux nues par tant de spectateurs alors qu’il est, dans le contexte, d’une ignominie sans limite. Le père veut donner une chance à Elio de coucher avec un homme, mais en réalité, il fantasme sur ce moment où il pourra admirer l’effondrement d’Elio suite à cette déception amoureuse. Noter le verre d’alcool et la cigarette. Le père Perlman veut pouvoir admirer cette âme en peine errer dans la maison, incarnation en creux de l’histoire d’amour que papa Perlman aurait voulu pouvoir vivre. « S’il te plait Elio, ne t’en remet jamais, tu me feras plaisir. »

"ça te pose un problème si je bois et je fûme pendant que je t'explique ta souffrance sans te donner la parole une seule seconde ? Ah et je risque de me masturber un peu aussi, fais pas attention."

"ça te pose un problème si je bois et je fûme pendant que je t'explique ta souffrance sans te donner la parole une seule seconde ? Ah et je risque de me masturber un peu aussi, fais pas attention."

Ce qu’il ne sait pas, c’est qu’Elio est détruit d’une manière qu’il ne soupçonne pas. Il pense que son fils est malheureux d’avoir perdu l’amour, alors que les choses se situent à un autre niveau. Elio cherchait la reconnaissance de ses parents et il se remettrait de son histoire avec Oliver si son père était fichu de l’aimer correctement. Il n’y a pas de peine de cœur infinie dans cette histoire et papa Perlman ne sait pas qu’il voit chez son fils une douleur qui n’existe pas.

Cette situation, c’est la vengeance de Médée (Elio qualifie sa mère de sorcière). Annella s’est mise avec papa Perlman « charmée par sa détresse », convaincue qu’elle pourrait y remédier et que l’amour de M. Perlman serait d’autant plus grand que sa détresse était profonde. Le problème, c’est que cette détresse était une homosexualité non-assumée et insatisfaite qu’Annella ne risquait pas de pouvoir contenter. Tout comme Médée avec Jason, Annella a donc goûté à l’amertume de l’échec et de la trahison, et sa vengeance se situe dans le meurtre de leur enfant. Tue-t-elle Elio ? Non. Cependant sans son intervention manipulatrice, Elio n’aurait pas couché avec Oliver. Quand le père Perlman regarde son fils en se disant « au moins, il n’est pas passé à côté de cette histoire magnifique » il ne s’imagine pas que cette histoire magnifique, elle n’existe pas. Perlman s’imagine de l’amour et une alchimie qu’il n’y a pas entre Elio et Oliver. Il s’imagine quelque chose d’épanouissant et de beau (comme entre Elio et Marzia), ce qu’il a cru observer durant leur journée à la mer. Ce qu’il ne comprend pas c’est que ce qui a rendu la journée à la mer belle, c’est que pour une fois il a accordé du temps à son fils. Et donc au final, Annella met son grain de sel par vengeance, mais aussi pour être certaine de garder Elio auprès d’elle. Papa Perlman pense que si son fils a couché avec Oliver, c’est qu’il est homo. Il ne réalise pas qu’Elio a en vérité été manipulé par Oliver et Annella et abusé sexuellement.

Enfin, ce qu’Oliver ajoute à l’équation c’est ce « Appelle-moi par ton prénom et je t’appellerai pas le mien. » Les parents Perlman ne savent pas qu’Oliver va mettre cette ultime manipulation en place, c’est-à-dire qu’il s’approprie lui aussi Elio. Le père verra en son fils un double de lui-même mais en plus chanceux et se trompera, la mère verra en son fils son petit jouet lot de consolation mais elle se trompera car à chaque fois qu’ils appelleront Elio par son prénom, Elio souffrira du fait que ce qu’ils voulaient, c’est qu’il soit Oliver. A chaque fois qu’ils l’appelleront par son prénom, Elio se souviendra qu’il n’est pas ce qu’ils veulent, qu’il n’est pas à la hauteur.

Bref, il est fichu le gamin.

Repensez aux parents qui congratulent Oliver parce qu’il va se marier. Ça paraissait un peu bizarre non ? On comprend mieux maintenant leur insensibilité à la souffrance de leur enfant.

 

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"Oh, ça fait des mois que tu n'as pas donné de nouvelles et tu rappelles Elio juste pour lui dire qu'il était prévu que tu te maries dès le départ ! Très bien ! Broies-le ce sale petit hétéro !"

"Oh, ça fait des mois que tu n'as pas donné de nouvelles et tu rappelles Elio juste pour lui dire qu'il était prévu que tu te maries dès le départ ! Très bien ! Broies-le ce sale petit hétéro !"

Passons maintenant en revu les éléments qui s’insèrent dans cette manipulation généralisée :

L’œuf à la coque du déjeuner m’a beaucoup pris la tête car l’œuf c’est le bébé, la production, la progéniture. Or, la production des Perlman qu’ils offrent à Oliver c’est Elio et il lui plait. Pourquoi faire qu’Oliver rejette les œufs à la coque ? Ensuite, Elio est en réalité métaphoriquement représenté par les abricots. Le délicieux fruit que l’on déguste, vocabulaire de pervers et de déviant sexuel (surtout lorsque l'abricot est offert par les parents alors qu'Elio tente de se l'approprier). Donc si Elio est l’abricot, il n’est pas l’œuf.

Sur l'abricot => Page 41 des Mille visages de l'arbre: "Considéré de très longue date comme la nourriture des dieux, l’abricotier symbolise aussi la passion et la sensualité. Les astrologues l’associent à la planète Vénus, car il renfermerait le pouvoir d’éveiller et d’évoquer les désir émotionnel et charnel dans ses formes les plus passionnées. Ainsi, dans certaines contrées, comme en Andalousie, les jeunes femmes mettent des fleurs et des feuilles d’abricotier sous leurs jupes ou leurs robes, lesquelles sont censées les rendre irrésistibles."

L’œuf des Perlman, c’est la proposition qu’ils font à Oliver. Lui, trouve ce qu’ils veulent faire "dégueulasse," mais il va se plier à leurs exigences = il mange l’œuf même s’il déteste ça. (L’image est répétée plus tard, à 31min, avec un plan du type « Oliver ne sait toujours pas manger un œuf à la coque »)

A 8min38, Oliver déclare en ce premier jour chez les Perlman, « je veux ouvrir un compte pendant que je suis là. » Hum. Il est dans le nord de l’Italie pour six semaines ridicules, chez son prof de thèse, il n’a pas de boulot, il est étudiant, nourri, logé, mais il veut ouvrir un compte en banque. Il dit ça lorsqu’il détruit le premier œuf => il rejette la proposition (l'oeuf) tant qu’on n’a pas versé l’argent sur son compte (nécessité d'un compte en banque qui ne devrait pas lui être utile).

Vient ensuite la scène magnifique de l’étymologie du mot Abricot. C’est cette scène qui m’a fait passer le cap de supposer qu’Oliver n’est pas un étudiant, parce qu’elle était trop incohérente à trop de niveaux différents.

Son principe même est problématique. Il est fort peu crédible qu’Oliver ait une telle connaissance de l’étymologie du mot Abricot alors qu’il semble travailler sur de la littérature/philosophie. De même qu’il est fort peu crédible que le père d’Elio dise quelque chose dont il n’est pas certain devant un étudiant, surtout que son explication est d’une précision remarquable et ne coule absolument pas de source. Celle d’Oliver au contraire est bien moins crédible même s’il la dit avec sa confiance provocante. Aussi, il place dans celle-ci les mots « to be precocious, to be premature » ; il parle d’Elio et transforme le mot Abricot en play cock (Jouer bite) et bary cocky (Bare cock, bite à l’air). Il se moque effrontément du père Perlman et de sa proposition.

"Ah ah ha, la couille-molle s'est faite remettre à sa place"

"Ah ah ha, la couille-molle s'est faite remettre à sa place"

"Toi tu vas roter du sang."

"Toi tu vas roter du sang."

"Hé hé, je me sens pas très bien."

"Hé hé, je me sens pas très bien."

A noter, Oliver et le père ne sont pas en train de travailler à proprement parler, ils ne font que classer des documents => Aucune activité universitaire sérieuse en vue.

edit 2020: J'ai vérifié les dires d'Oliver et sa réponse est correcte alors que celle du père Perlman est erronée. Chaque année, papa Perlman fait exprès de faire une faute pour voir si son étudiant le remarque. Un rituel parfait pour aisément faire croire à Elio qu'Oliver est étudiant puisqu'il suffit de prévenir Oliver de la question qui va lui être posée. Et ici, Oliver profite d'ailleurs de la situation pour faire son malin.

 

Vient la scène du bar, qui devient beaucoup plus suspecte. Et si Oliver était simplement quelqu’un du coin ? Ou un américain qui vient régulièrement en vacances dans la région ? Aussi, cette introduction des jeux d’argents (poker) auxquels le père refera allusion plus tard, amène le thème de la dette. Oliver se prostituerait-il pour payer ses dettes de jeu ? Et s’il est étudiant, a-t-il réellement le temps d'aller à un bal, de s’amuser d’un côté avec Oliver, de s’amuser de l’autre avec Chiara, de s’amuser au centre avec les gens du village alors qu’il n’est là que six petites semaines ? Non, il n’a pas le temps, il n’est pas étudiant.

Call Me By Your Name : Elio est hétérosexuel. Oliver n'est pas étudiant. Les Perlmans sont des psychopathes. (4400 mots)

Puis vient le repas durant lequel Elio donne ses impressions sur Oliver. C’est également un moment où la manipulation parentale est claire. Elio dit qu’il trouve Oliver arrogant et suggère qu’il le déteste. Le père excuse Oliver d’un « Je pense qu’il est timide. » Cette phrase est risible. On vient de voir qu’Oliver a déjà une vie sociale au bar du coin, en deux jours ?, et la scène d’avant, il humiliait papa Perlman en se la jouant. Il est plus confiant qu'un taureau qui charge.

Annella quant à elle, sous-entend qu’Elio devra faire avec « l’étudiant » qu’il le veuille ou non, et lorsqu’elle demande à sa servante de « débarrasser ses couverts » Elio se fige puis roule des yeux : Il a cru qu’Annella le privait de repas parce qu’il avait osé dire quelque chose de négatif sur Oliver. Ce petit malentendu montre bien la violence latente présente dans sa relation avec sa mère.

L’absence d’Oliver à ce repas est peut-être une rébellion. Il a tâté le terrain dans la journée (le massage) et sait qu’Elio n’est absolument pas intéressé. Il est toujours en désaccord avec l’initiative des Perlman. Il est également possible qu’il se prostitue réellement et que les Perlman lui payent chaque heure qu’il passe en leur compagnie ou avec Elio, d'où ses nombreuses absences. Il n'est là que lorsqu'on lui demande d'être là, et quelque part, il tente peut-être d'aider Elio (au contraire de ce que je disais dans mon précédent article que je voulais plus simple et entièrement focalisé sur Oliver).

Il revient à la charge le lendemain, après avoir passé la nuit à l’extérieur il semblerait, ce qui produit la scène de la baignade dans le petit bassin durant laquelle il appelle Annella à l’aide parce qu'Elio reste concentré sur son livre de partitions :

Oliver     -Il ne veut pas me dire à quoi il pense.

Annella  -Eliooooo…

La réaction de la mère est exactement celle qu’elle aurait donnée si Elio avait 4 ans et avait dit à Oliver qu’il avait un gros nez. Elle le prive de son droit à un espace, à un regard propre et à une intimité en l’infantilisant.

Le bal a un point commun avec la scène de Volley-ball : Oliver n’a aucune raison d’être là ! Il n’a pas l’âge des jeunes gens. Il n’a pas d’atome crochu avec eux. On ne voit pas d’échange en groupe, pas d’introduction. Juste Oliver qui se met en scène, à moitié avec eux, à moitié tout seul. Il est en décalage avec tout mais en même temps donne tellement le sentiment qu’il s’en fiche et que rien ne l’atteint qu’il se dégage de lui une sorte de charme. Je ne saurais pas comment expliquer à quel point c’est tristement typiquement le genre d'homme qui sera populaire auprès des filles, celui qui travaille l'image qu’il n’a rien à faire là et se moque totalement de ce qui se passe autour de lui.

"Mais comment je me suis mis dans une telle situation moi !?!"

"Mais comment je me suis mis dans une telle situation moi !?!"

L’atmosphère un peu contemplative et magique du film vient également de l’absence de toutes ces scènes introductives qui seraient nécessaires si Oliver était humain. Il joue au volley et est parfaitement intégré : pourquoi ? comment ? ça ne coule pas de source. Il dance au bal avec les autres. Qui l’a invité ? Est-il là seul ? Ou a-t-il de la compagnie ? Que dit-il aux autres ? De quoi parle-t-il ? Il n’y a rien de développé parce qu’Oliver ne fait que créer une image.

Le lendemain, on a une scène dans laquelle Oliver, Annella et le père sont tous les trois présents. Elio tente d’affirmer son hétérosexualité, il va se retrouver invité à la mer pour la journée et manquer son rendez-vous avec Marzia le soir-même. Ici, on retrouve les trois motivations égoïstes des trois personnages. Le père empêche Elio de revoir la fille le soir même pour conclure. Oliver, dit à Elio de retenter sa chance avec elle, pour apparaître comme le gentil, pour inspirer la confiance, et Annella police la proposition « Réessayer quoi plus tard ? » demande-t-elle, comme si la réponse était inacceptable.

Plus tard Elio trouve un livre qu’Oliver étudie. Il le laisse là où il l’a trouvé après en avoir lu une ligne et quelques notes. Si Elio devait tomber amoureux d’Oliver, pourquoi ne parlent-ils jamais ? Oliver est censé écrire une thèse, il n’a aucune opinion à partager ? En deux scènes Marzia expose plus de réflexions personnelles que lui et fait une étudiante en littérature bien plus crédible. Plus tôt dans le film, on a droit à un extrait de la thèse, mais justement il est souligné que ce passage n’a aucun sens. Oliver n’en dit rien et Elio non plus. Il n’y a pas de thèse et ce livre avec une jolie réflexion laissé en évidence pour qu’Elio le trouve n’est qu’un livre laissé en évidence pour qu’Elio le trouve et lise cette magnifique réflexion : « La signification de l’écoulement de la rivière n’est pas que toutes les choses changent de sorte que l’on ne peut pas les vivre deux fois mais que certaines choses ne peuvent rester elle-même qu’en changeant » Traduction => « deviens homo pour rester toi-même ! »

Oliver se jette à l'eau parce qu'il est à cours d'idées. Elio est trop difficile à impressionner.
Oliver se jette à l'eau parce qu'il est à cours d'idées. Elio est trop difficile à impressionner.

Oliver se jette à l'eau parce qu'il est à cours d'idées. Elio est trop difficile à impressionner.

Une énorme intervention parentale arrive juste après, lorsqu’Annella lit à Elio une histoire de déclaration d’amour passionnée et désespérée, tirée d’un vieux texte français. Et quelle coïncidence ! Elio a juste besoin de dire « Ma mère m’a lu un passage d’un roman français du 16ème siècle » et Oliver sait de quoi il parle. « Celui avec le chevalier qui ne sait pas s’il doit parler ou mourir ? » Et ben, il en a des connaissances ce Oliver... ou alors il n'y a qu'un seul roman français au 16ème et ce roman ne contient qu'une seule scène. Ce qui ne l’empêchera pas, dans la scène suivante de s’exclamer : « Est-ce qu’il y a une chose que tu ne sais pas ? » simplement parce qu’Elio connait l’histoire de la statue du village voisin, érigée en mémoire à une bataille de la première guerre .

Je rappelle que je me focalise sur la manipulation triangulaire, donc je passe les quelques scènes où Elio et Oliver se rapprochent pour la première fois, déjà analysées dans les précédents articles, pour en arriver à leur retour. Et là, encore un grand moment de violence sourde. Elio vient d’embrasser un homme, il est certainement complètement paumé. Il doit se demander ce qu’il fait. Son père lui a dit sans le moindre contexte « tu sais que tu peux nous parler Elio. » quand sa mère lisait le livre. Et donc, il est légitime de penser qu’Elio voudrait certainement parler à ses parents de ce qui vient de se passer, sauf que manque de chance, ils ont invité les deux personnes les plus bavardes de la terre.

Call Me By Your Name : Elio est hétérosexuel. Oliver n'est pas étudiant. Les Perlmans sont des psychopathes. (4400 mots)

Elio ravale son malaise et se met à saigner du nez. Bien sûr ce que je veux dire ici, c’est que les parents savaient que c’était le grand jour et ont fait exprès de se rendre indisponibles. Les remarques des invités elles-mêmes soulignent à quel point ce repas représente une idée saugrenue, ils insultent les Perlman frontalement sans hésitation. Les parents ont poussé Elio vers Oliver, ils l'ont mis en confiance et une fois le passage à l'acte effectué, ils font comme si de rien n'était. Ils ne veulent pas en entendre parler.

Elio refoule sa douleur et son trouble et somatise.

Elio refoule sa douleur et son trouble et somatise.

Oliver disparait à nouveau. Sa thèse doit sacrément avancer dis-donc. Elio le cherche et se retrouve nez-à-nez avec sa mère qui lui sert un mensonge frontal éhonté, comme quoi Oliver lui aurait dit qu’il aimait bien Elio « il y a un moment. » Elle modifie son discours en trois phrases sans la moindre gêne.

Call Me By Your Name : Elio est hétérosexuel. Oliver n'est pas étudiant. Les Perlmans sont des psychopathes. (4400 mots)

De son côté le père s’occupe d’Oliver et lui passe des diapositives de beaux éphèbes nus, concluant sur « On dirait qu’ils te mettent au défis de les désirer. »

Ces deux fous vont même jusqu’à inviter deux amis gays qui ont offert une chemise au style typiquement associé à l'homosexualité (nous sommes en 1983) à Elio afin de pousser celui-ci à la porter et ainsi attirer Oliver plus facilement... et faire sentir à Elio ce qu'ils veulent de lui.

Le soir, alors qu'ils sont sur le point de coucher ensemble, Oliver claque la porte de la chambre sans se poser de question, Elio a un moment de panique. Plan sur la maison vide. Les parents sont partis, Oliver le sait.

Un plan terriblement macabre.

Un plan terriblement macabre.

Alors qu'Elio et Oliver auront la maison pour eux deux, et qu'Oliver dort dans sa chambre. Marzia et Elio devront se contenter d'un vieux grenier. Leur relation est taboue et malvenue.

Alors qu'Elio et Oliver auront la maison pour eux deux, et qu'Oliver dort dans sa chambre. Marzia et Elio devront se contenter d'un vieux grenier. Leur relation est taboue et malvenue.

Lorsqu’il couche avec Marzia, Elio met la radio et est immédiatement satisfait d’entendre la chanson : « Words. »
Words don't come easy to me Les mots ne me viennent pas facilement.
How can I find a way to make you see I love you Comment puis-je trouver un moyen de te faire voir que je t'aime.
This is the only way for me to say I love you C'est la seule façon que j’ai de dire que je t'aime.
Well, I'm just a music man Je suis juste un musicien.
Melodies are so far my best friend Les mélodies ont été jusqu’à présent mes seules amies.
But my words are coming out wrong Je suis maladroit avec les mots.
Girl, I reveal my heart to you and Ma belle, je te révèle mon cœur et
Hope that you believe it's true 'cause J'espère que tu me croiras parce que c'est la vérité

Words don't come easy to me Les mots ne me viennent pas facilement
How can I find a way to make you see I love you Comment puis-je trouver un moyen de te faire voir que je t'aime.

Peut-on faire plus clair ? Aussi, pourquoi couche-t-il avec Marzia ? Et ce jours précis ?

 

Mais voilà, l’objectif est atteint. Elio a couché avec un homme. C’était le contrat, la suite est un développement inattendu suggéré par la mère qui cherche à ce qu’Elio ressorte tellement traumatisé de l’affaire qu’il n’ose plus jamais se tourner vers quelqu’un d’autre qu’elle.

Ce qu’elle n’a pas prévu c’est le « Appelle-moi par ton nom ! » Et c’est ce qui fait rire Oliver dans le bus. Elio lui demande « what ? » Oliver n’en revient pas du niveau de bêtise de ces deux parents qui viennent de lui servir leur fils sur un plateau.

Annella invite Marzia et Chiara à manger. Première fois qu’elle prend en compte leur existence, pourquoi ? Parce qu’elle va leur annoncer victorieuse qu’Elio est homo et qu'elles doivent se faire une raison. "J'ai gagné les filles, maintenant du vent ! Il est à moi !"

 

Bref, voilà donc un film assez génial et dingue. Un des thrillers psychologiques les plus complexes et tordus que j’ai jamais vu et qui est très pertinent à notre époque d’esprits ouverts à la hache. 

 Elio regarde ses parents comme des étrangers dont il se méfie.
 Elio regarde ses parents comme des étrangers dont il se méfie.

Elio regarde ses parents comme des étrangers dont il se méfie.

Maintenant, et puisque personne ne lira jusque-là, il y a un truc que j'aimerais dire parce qu'il me pose problème. Marzia est une fille irresistible dans le vrai sens du terme. Elle est sublime, elle est douce, elle est enthousiaste, elle ne juge pas, elle est intelligente et sensible, tout ça en ayant un instinct de survie et une personnalité etc... c'est un individu complet et parfait et la manière dont les spectateurs ignorent son existence comme si elle n'était qu'un égarement d'Elio alors qu'il prend des initiatives avec elle, qu'il est présent et doux, je trouve que cette manière de voir les choses flirte sévèrement avec la misogynie (La vraie, pas celle que les féministes s'inventent, plutôt celle qu'ils propagent). Au final, le seul défaut de Marzia, c'est d'être une femme. "Oui mais Elio est homo." Non. Les deux relations sont clairement en rivalité et d'ailleurs les choses se passent beaucoup moins bien avec Oliver qu'avec Marzia.

Maintenant, et puisque personne ne lira jusque-là, il y a un truc que j'aimerais dire parce qu'il me pose problème. Marzia est une fille irresistible dans le vrai sens du terme. Elle est sublime, elle est douce, elle est enthousiaste, elle ne juge pas, elle est intelligente et sensible, tout ça en ayant un instinct de survie et une personnalité etc... c'est un individu complet et parfait et la manière dont les spectateurs ignorent son existence comme si elle n'était qu'un égarement d'Elio alors qu'il prend des initiatives avec elle, qu'il est présent et doux, je trouve que cette manière de voir les choses flirte sévèrement avec la misogynie (La vraie, pas celle que les féministes s'inventent, plutôt celle qu'ils propagent). Au final, le seul défaut de Marzia, c'est d'être une femme. "Oui mais Elio est homo." Non. Les deux relations sont clairement en rivalité et d'ailleurs les choses se passent beaucoup moins bien avec Oliver qu'avec Marzia.

"Marzia, si tu m'aimes, tue mes parents." "T'inquiète Elio, c'est déjà prévu. Je vais pendre ton père par les testicules jusqu'à ce que mort s'en suive et brûler ta mère au bûcher." "Je t'aime."

"Marzia, si tu m'aimes, tue mes parents." "T'inquiète Elio, c'est déjà prévu. Je vais pendre ton père par les testicules jusqu'à ce que mort s'en suive et brûler ta mère au bûcher." "Je t'aime."

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revedepluie 08/03/2021 01:33

Bonjour,
Merci pour cette analyse en effet très perturbante, mais qui me semble à même d'expliquer certains étrangetés du film en particulier dans la réaction des parents, et un malaise ressenti en visionnant l'attitude d'Oliver vis à vis d'Elio. Il faudrait que je re regarde ce film pour la troisième fois, mais ce qui m'a perturbée et incitée à chercher une explication sur Google est en effet la place qu' a Marzia pour Elio. Tant ses allées venues entre elle et Oliver m'ont semblée déroutantes, surtout la différence de tonalité entre ces deux relations. Je me suis demandée s'il n'utilisait pas Martzia...
Je souhaitais vous livrer mon analyse d'un détail, lorsqu'au début, Elio indique à Oliver qu'il portait lui aussi une étoile de David en pendentif. Oliver lui demande pourquoi il a cessé de la porter. Elio répond que sa mère lui a dit qu'ils étaient Juifs de discrétion, et Oliver lui fait remarquer que ce qui convient à sa mère n'est pas forcément ce qui lui convient à lui (je n'ai plus la citation exacte en tête). Il me semble qu'à ce moment il l'invite à affirmer sa propre identité et à s'émanciper des désirs de sa mère, auxquels Elio se conforme trop. Et cela fonctionne puisqu'Elio a partir de ce jour de met à porter l'Etoile en pendentif. Je trouve ce symbole d'autant plus intéressant que le judaïsme est transmis par la mère dans la religion juive. Elio affirme son identité de Juif à la fois pour se démarquer de sa mère qui lui a "dit" qu'il devait rester discret sur celle-ci, mais revendique aussi cette identité qui lui a été transmise par elle, lui redonne sa place de mère. Est ce que cela aurait participé à l'attraction ou la fascination d'Elio pour Oliver? qu'Olivier lui ait donné une clé pour affirmer son identité ?

S'agissant de la scène de la pêche, sans transition, en la visionnant elle m'a semblée trop comme un écho de la relation sexuelle vécue avec Martzia, la pêche étant une allégorie du sexe féminin, pour que cela suffise à me mette le doute sur la réelle attirance d'Elio pour la relation homosexuelle. En tous cas cela a remis en cause mon impression première qu'il utilisait Martzia sans réelle attirance. Il commence par manger la pêche qui présente davantage les caractéristiques du sexe féminin que du sexe masculin par la texture, etc... Qui plus est à l'endroit où il a quelques temps plus tôt eu un rapport sexuel oral avec Martzia.

Je voulais partager simplement ces deux détails avant de les oublier :)

Kevin 10/03/2021 14:39

Bonjour,

Merci pour votre commentaire.

Votre perception de la dynamique religieuse autour d'Elio me semble pertinente. Je n'ai pratiquement rien écrit sur le sujet dans mon article parce que je ne voyais vraiment pas quoi en faire. Votre point de vue me semble correct cependant. Affirmer son identité de juif serait une manière de s'élever contre sa mère tout en la remettant à sa place de mère, exactement ce qu'Elio désire. Et oui, Oliver utilise les besoins d'épanouissement et de rébellion d'Elio pour l'emprisonner, le capturer, le manipuler. C'est souvent comme ça, le manipulateur utilise les failles de ses autres relations pour prendre une place plus importante auprès de sa proie.

Pour ce qui est de la pêche. Je ne m'en souviens plus mais vos éléments me sont pertinents également. La pêche est une activité masculine, d'ailleurs, même dans le film elle est présentée comme telle. Seuls les hommes y vont.

Quant à la relation avec Marzia, je sus convaincu qu'Elio et la jeune femme sont faits pour s'entendre mais qu'Elio est totalement paumé. Notre culture nous fait croire que les hommes sont des obsédés imperturbables qui savent toujours ce qu'ils veulent des femmes mais c'est faux. Bien au contraire, nos jeunes hommes sont complètement désorientés dans leur choix d'un partenaire féminin. Pour dire les choses un peu de manière exagérée et simpliste, notre culture pousse les hommes exactement vers le pire genre de femmes. De la même manière qu'elle pousse les femmes vers le pire genre d'hommes. Et cela fait énormément de souffrance, d'échecs et d'amertume tout ça. Les histoires d'amour ratées comme celle d'Elio et Marzia sont monnaie courante. C'est difficile de savoir ce que l'on doit chercher du côté du sexe opposé. Surtout lorsque le concept de "sexe opposé" est en train de devenir tabou.

Bref, merci pour votre commentaire intéressant. Et merci de vous être posée des questions sur Marzia. J'ai été choqué que si peu de critiques soient gênés par la manière dont Elio traite Marzia, par la tournure de leur belle relation.

Julie 21/12/2020 15:07

Bonjour, j’ai totalement lu votre théorie et j’ai beau y penser vos arguments sont bons. Très bon. J’ai vu le film une dizaine de fois et j’ai aussi trouvé la mère très malsaine, le compte en banque et l’intégration de Oliver très louche. Je pensais à la première lecture de votre article que l’histoire de manipulation allait beaucoup trop loin et que le film n’était pas aussi profond. Mais je l’ai relue une seconde fois et ça me semble maintenant évident. Je ne pense pas que Olivier soit vraiment un pervers manipulateur mais qu’il est seulement la marionnette des parents, la prostitué de Elio. Il fait ce qu’on lui demande de faire pour l’argent. D’ailleurs il est vrais que le fait que Oliver rigole dans le bus pour le départ soit vraiment la signification du “putain tes parents sont cons, il te détruisent. Te laissant croire que c’est moi le méchant. Et toi aussi tu es con Elio. Tu es naïf. Tu t’approches de moi.” Je ne pense donc pas que Oliver sois foncièrement mauvais il est juste dans une situation qui le dépasse et dont il essaye de prendre du recul. Oliver est sûrement perdu entre le fait qu’il veuille sauver Elio des mains manipulatrices de ses parents mais qu’il voit en contre partie une liasse de billet et un gars a baisers et qu’il se laisse tenter quitte à briser Elio. Aussi l’auteur dans une de ses réponses pense que Elio se relèvera. Mais je pense vraiment qu’il a été brisé psychologiquement et que ce sera soit très dur pour lui de s’en remettre, d’autant plus ail essaye de prendre du recul. Oliver est sûrement perdu entre le fait qu’il veuille sauver Elio des mains manipulatrices de ses parents mais qu’il voit en contre partie une liasse de billet et un gars a baisers et qu’il se laisse tenter quitte à briser Elio. Aussi l’auteur dans une de ses réponses pense que Elio se relèvera. Mais je pense vraiment qu’il a été brisé psychologiquement et que ce sera soit très dur pour lui de s’en remettre, d’autant plus avec ses parents qui je pense enfonceront le couteau dans la plaie, ou il s’en remettra mais pensera toute sa vie aux erreurs qu’il a commises, plus tard il se dira sûrement qu’il n’aurait jamais dû s’approcher d’Oliver (mettant de côté la théorie pour le film numéro deux) et qu’il n’aurait jamais dû laisser tomber Marzia. Ça lui ronge l’intérieur alors qu’il est près du feu, d’ailleurs cela ne m’étonnerait pas que le feu lui brûle le visage (pas de blessure bien sur mais j’ai un poêle à bois et j’en connais assez pour dire que à cette distance un feu brûle) et, non qu’il se réjouirait de la douleur mais il ne pourrait se tenir qu’à celle-ci. Comprenant que ses parents n’étaient que manipulateurs. D’où la scène finale extrêmement longue ou Elio se remet en question. Lui. Ses parents. Marzia. Oliver. Je voudrais aussi revenir sur la scène du téléphone, une scène où les parents se trouvent extrêmement toxiques, ils se délectent du malheur de leurs fils et arrivent même à se sourire. Se regardant dans les yeux se disant silencieusement “on a réussi. Il est cassé. On va passer pour les gentils de l’histoire en essayant de relever Elio.” Je trouve aussi votre interprétation de l’œuf extrêmement vrais, en effet dans le livre je trouve que l’œuf et très décrit et présent par rapport aux autres éléments du décor. Oliver n’a pas non plus l’air très touché dû fait de quitter Elio tel que “bon mon travail est finis.” Et C’est vrai que dès la première vision du film cela m’avait sauté à l’œil. Pour le “appel moi par ton nom et je t’appellerai par le tiens” je pense surtout, en plus de vouloir s’approprier Elio, que Oliver essaye de lui faire comprendre et de le sortir de la relation toxique que Elio a avec ses parents. Oliver n’essayera plus ce genre de perche lorsqu’il voit que Elio ne comprends toujours pas que ses parents sont toxiques. Puis lors du voyage dans les montagnes Elio comprendra la pression de ses parents /ne se doutant pas de la manigance avec Oliver/ et se sentira libre, criant “ELIO !” Dans les montagnes pour désigner Oliver. Oliver et lui montrer qu’il a compris, qu’il est maintenant libre. Et il aura cette illusion jusqu’au départ de Oliver où il appellera ça mère “maman la seule liberté que j’avais m’a laissé seul, je m’en remets a vous après vous avoir rejeté de l’esprit durant mon voyage” Elio ne se rend pas compte que où qu’il aille il sera dans une relation manipulatrice et toxique. Voilà, je vous remercie pour ta théorie dont je me suis délecté et qui était certe pour quelques personnes excessive mais pour moi incroyablement vrais avec de très bons arguments. Je suis désolé pour les fautes, et pour peut-être une maturité d’esprit que je n’ai pas car je n’ai que 15ans. Merci à vous.

Kevin 21/12/2020 23:35

15 ans !?! Mais ! Mais ! J’ai écrit au début de mon article qu’il était déconseillé au moins de 24 ans !!! :p

Votre conclusion m’a amusé « Je suis désolé […], pour peut-être une maturité d’esprit que je n’ai pas car je n’ai que 15 ans. » après un commentaire d’une maturité très agréable. Aussi, l’immaturité n’est pas un crime, c’est aussi pour cela que j’ai mis une limite d’âge au début de l’article car je suis souvent bloqué dans mes réponses aux commentaires car la même idée ne signifie pas la même chose si elle est écrite par une personne de 15, de 25 ou de 35 ans.

Je ne peux que vous complimenter pour vos réflexions et votre approche humble, intelligente et nuancée. Je pense comme vous que comparé aux parents d’Elio, Oliver a un bon fond, dans le sens où, effectivement, il se sent forcé de faire ce qu’il fait tout en ayant des scrupules. Même si je le qualifie de pervers manipulateur, et je pense qu’il y a de la perversion et de la manipulation sadique dans son comportement, il a néanmoins, au fond de lui cette notion qu’il va détruire ce qu’il trouve beau, Elio, son innocence, sa douceur et sa sensibilité. Il me semble qu’il y a un indice de cela lorsqu’il prend le train à la fin. Il fuit le regard d’Elio, je ne sais plus trop. Et comme vous dites, il cède à son désir, sexuel et pécunier, comme s’il n’y pouvait rien. Alors que les parents jubilent de contrôler Elio voire de le détruire.

Il y a beaucoup de choses intéressantes et pertinentes dans votre analyse qui complètent ma réflexion. Au passage, je tiens à souligner que même si forcément l’opinion de l’auteur a son importance (et les informations annexes comme les adaptations de livre, et les suites), dans l’ensemble, selon moi, la vérité d’une œuvre se définit comme l’interprétation la plus sensée et cohérente que l’on peut en avoir. Donc, je pense qu’Oliver a un côté pervers, mais votre perception me semble très défendable également et je l’apprécie. Votre perception d’Elio et de ses parents est très juste également. Votre plongée dans la tête de ce jeune homme était très intéressante à lire.

- “maman la seule liberté que j’avais m’a laissé seul, je m’en remets a vous après vous avoir rejeté de l’esprit durant mon voyage”- Vous êtes sûre de n’avoir que 15 ans !?!

Merci pour votre commentaire et votre sérieux intellectuel, savoir se remettre en question, relire un article intriguant plutôt que de le rejeter au plus vite, garder cependant votre propre perception sans honte ni virulence. Je suis bien content qu’une personne comme vous a lu mon article.

Bon courage et bonne continuation.

bothsideslikechanel 13/12/2020 03:31

Bonsoir,
Je suis tombée sur votre article et, même si vous avez poussé l'analyse à son paroxysme, elle reste pour moi fausse. D'abord, je vois que vous avez beaucoup mis en parallèle la relation d’Elio avec Marzia, en encensant beaucoup son personnage en dépit de celui d'Oliver. Dans le film, on voit pourtant bien le contraste entre la relation Elio Marzia et Elio Oliver : Marzia est une amie de longue date, c'est d'ailleurs ce qui pourrait expliquer le fait qu'elle soit dans la première scène du film. Et c'est justement cette amitié de longue date qui fait qu'ils découvrent alors le sexe ensemble, car ils sont à l'aise tous les deux, ils se connaissent déjà. Pourtant, leur relation reste charnelle, et pas passionnelle. Dans les scènes sexuelles avec Oliver, on voit très bien qu'Elio est attiré vers lui presque comme un aimant : il cherche le contact d'Oliver, il le provoque, par exemple en posant son pied sur celui d’Oliver, en le touchant lorsqu’Oliver lui masse les pieds après qu’il ait saigné du nez, etc. Elio cherche presque à se fondre avec Oliver, pour ne faire qu’un : d’où le délire des échanges de prénoms, d’ailleurs. Leurs rapports semblent instinctifs, tandis qu'avec Marzia, tout semble plus calculé : prenons par exemple la scène dans le grenier -en notant aussi que dans cette scène, Elio se sert de Marzia pour noyer la frustration du silence d'Oliver et son impatience de le retrouver à minuit-, Elio semble tout préparer, il met la radio, installe un matelas, enlève sa montre -symbole de sa connection avec Oliver-. Les choses ne sont pas aussi naturels qu'avec Oliver. A mes yeux, le rôle de Marzia est d’être le miroir d’Elio, car elle aime Elio plus qu’il ne l’aime, elle cherche son attention, comme Elio le fait avec Oliver, et se retrouve déçu, comme Elio à la fin du film. Elle représente la naïveté d’Elio à l’égard de son amour pour Oliver. Ainsi, Elio devient alors à la fois celui qui souffre et celui qui fait souffrir, et nous avons alors deux perspectives.
Vous exprimez aussi le fait que les parents seraient contre la relation Marzia Elio et que le père pousserait Elio à être homo. Pourtant dans la scène ou Elio raconte qu'il a failli coucher avec Marzia à son père et Oliver, c'est assez clair qu'il cherche la validation de son père, qu'il veut à ce moment paraitre "dans les normes". D'ailleurs le père d'Elio ne désapprouve par ce que dit Elio à ce moment. De plus, l’ignorance qu’ont les parents à l’égard de Marzia s’explique par le fait qu’elle est une amie de longue date : les parents d’Elio ont l’habitude de la voir, et les laissent tranquilles.
Lorsque vous dites qu'Oliver ne semble pas être un étudiant, et que la proximité avec Elio n'est pas normal, pour moi c'est assez logique d'intégrer Oliver et qu'il entretienne de bons rapports avec Elio. Personnellement, si quelqu'un débarque pour vivre 6 semaines chez moi comme s’il était chez lui, j'aimerais avoir de bons rapports avec pour que les choses ne soient pas gênantes et pourquoi pas, me faire un(e) ami(e). Elio est habitué à cela puisque son père reçoit beaucoup d'étudiants. Oliver vient certes pour étudier mais aussi pour découvrir l'Italie et sa culture : cela explique pourquoi il sort et ne passe pas son séjour la tête dans ses livres, car dans ce cas, autant rester chez soi.
Pour moi, ce film est centré sur l'évolution d'Elio dans sa découverte de l'amour. C'est presque un film d'initiation. Le fait que ça soit une relation homosexuelle n'est pas ce qui importe, pourtant à mes yeux ce choix du réalisateur a été fait pour créer une tension dans la relation entre Elio et Oliver, une sorte d'impossibilité -car Elio ne sait pas encore qu'il est BISEXUEL, je l'écris en gros car c'est faux de dire qu'il est hétéro mais aussi de dire qu’il est homosexuel- qui ajoute de la force à leur passion. Le discours du père à la fin est en fait un résumé du film et de sa morale : depuis le début, Elio comme Oliver savent que cette relation se finira lorsqu'Oliver partira -ce qui explique d'ailleurs le refus d'Oliver au début, et la distance qu'il met entre eux après leurs premiers rapprochements, car il est plus mature qu'Elio et sait pertinemment qu'il va le blesser-, pourtant Elio plonge naïvement et à corps perdu dans cette relation, parce qu'il vaut mieux la vivre et en souffrir plutôt qu'y renoncer, choisir la sécurité et le regretter par la suite. Alors oui, mon avis rejoint celui de la plupart des gens, mais ce film est pour moi une ode à la vie, à la passion, non pas un complot des parents pour prostituer Oliver et forcer Elio à devenir homosexuel. D'ailleurs, le père d'Elio avoue certes à la fin qu'il a eu des histoires similaires à celle d'Oliver et Elio, cependant, cela ne l'empêche pas d'être bisexuel et d'aimer sa femme. Par certains gestes tendres au cours du film, on perçoit l'amour mutuelle que ces deux personnes se portent.
Sachez que certains de vos propos m’ont dérangé, car pour moi, les parents d’Elio représentent ce que beaucoup d’adolescents, en quête de leur sexualité, rêveraient d’avoir. C’est pour moi une manière de montrer un exemple d’ouverture d’esprit, et je trouve cela dommage de réduire le père d’Elio à un homosexuel refoulé et frustré qui du coup, pousse son fils à aimer un homme qu’il paye pour coucher avec Elio.
Ah, et aussi, la présence des cigarettes rejoint pour moi cette vision de "profiter de la vie quitte à souffrir" puisqu'en fumant sans compter, les personnages ne se soucient pas des conséquences, et fument simplement car ils en ont envie.

cam 15/04/2021 01:20

Bonsoir,
Pour commencer votre commentaire me rassure. Je suis d'accord avec la majorité de vos arguments. Après avoir lu cet article il est vrai que je suis restée un peu perplexe, j'hésitais entre croire à cette analyse un peu déroutante ou alors rester dans ma première impression du film, c'est à dire celle d'une histoire d'amour qui se déroule dans un joli village du nord de l'Italie.
Je suis aussi du même avis que vous par rapport aux différences entre les relations Elio/Marzia et Elio/Oliver.
En effet, Elio et Marzia ne partage pas la même passion qu'Elio partage avec Oliver, Marzia est son amie de longue date et ils sont en effet à l'aise tout les deux si bien que partager leurs intimités semble faire partie de cette découverte de la sexualité pour des adolescents. De plus, réduire les parents à de simple manipulateurs frustré me paraît excessif et un peu déplacé.
Je pense qu'il est aussi nécessaire de préciser qu'aucune orientation sexuelle n'est précisément évoquée dans le films, et je pense que cela est volontaire de la part du réalisateur, il n'y a pas besoin de définir et de mettre dans une case l'orientation sexuelle d'Elio, ni celle d'Oliver d'ailleurs. Le spectateur est libre de penser ce qu'il veut. Je vous avoue que je m'en fiche qu'il soit bi, gay ou hétéro, ce n'est pas ce qui est important, mais en revanche ce qui est essentiel à mon avis est cet amour, ce désir et cette découverte de la passion amoureuse qu'Elio et Oliver ressentent l'un pour l'autre, et je dis bien que les deux ressentent... Définir Oliver comme un simple escort boy me paraît réducteurµ.
Bref, je n'ai pas grand chose à ajouter à votre commentaire qui me paraît tout de même plus cohérent que les arguments de l'analyse, qui soit dit en passant m'a bousculé et mise mal à l'aise à plusieurs niveaux.
Je tiens tout de même à préciser que ce n'est en aucun cas une critique négative et que je respecte le point de vu de l'article même si je ne suis pas d'accord avec. Après tout je n'ai pas eu beaucoup d'expérience amoureuses étant donné que je n'ai que 16 ans. Mais peut être que mon âge est en partie ce qui me rend optimiste sur la vision que j'ai de l'amour et donc mon impression de ce film, il est vrai que mon interprétation n'est sûrement pas entièrement objective, tout comme ce doit être le cas pour le vôtre et celle de toutes les personnes ayant vu ce film.
Merci de m'avoir fait réfléchir à ces problématiques.

bothsideslikechanel 13/12/2020 22:42

Certes vous livrez votre interprétation sans en attendre en retour mais je pense que vous vous doutez bien qu'en donnant une interprétation aussi extrême, cela suscite des réactions.
Honnêtement, je pense que les chagrins d'amours font partie de la vie et certes c'est mieux de ne pas souffrir dans tous les cas, mais c'est parfois inévitable. Je pense aussi qu'Elio se relèvera de cette expérience, même si on le voit détruit à la fin du film, ce n'est pas irréversible et il apprendra sans doute de cette relation pour le futur.
C'est très aimable à vous de me souhaiter bonne chance pour ma vie, je vous souhaite donc bonne chance pour la votre en retour, car ça ne doit pas être facile de vivre en pensant que tout est manipulation. Certes, il vaut mieux éviter certaines relations toxiques car elles laissent des séquelles mais il faut aussi reconnaitre l'amour là ou il est, sinon rate beaucoup d'expériences.

Kevin 13/12/2020 10:46

Je comprends bien votre interprétation, c'est l'interprétation la plus évidente que l'on peut avoir du film, c'est également la plus rassurante. Si j'ai écrit cet article c'est justement parce que dans le contexte de cette histoire je la trouve parfaitement erronée.

Cependant, l'idée de ce blog et de ces articles n'est certainement pas de marteler mes interprétations dans la figure des gens. Vous avez lu mon article, vous êtes en désaccord, il n'y a pas de raison que ça aille plus loin.
En réponse à votre commentaire, je tiens juste à dire que, de mon point de vue, vous sous-estimez largement la violence de ce que vivent Elio et Marzia. Traumatiser quelqu'un cela existe. Briser quelqu'un psychologiquement, détruire quelqu'un psychologiquement, infliger à quelqu'un une expérience qui va le handicaper irrémédiablement jusqu'à la fin de ces jours...
Les idées et lignes de conduites que vous exposez dans votre commentaire ont leur territoire de légitimité mais également leurs limites et c'est là que se situe le piège.

Oui, parfois pour vivre des choses il faut souffrir, oui parfois pour se comprendre il faut traverser des expériences douloureuses, des parents ouverts et tolérants c'est agréable etc... ces lieux communs ne sont vrais que jusqu'au moment où l'on rencontre une situation dans laquelle ils ne le sont pas. Parfois (très souvent) la souffrance ne sert à rien voire même elle empêche de s'épanouir et d'aller de l'avant, parfois on peut se comprendre en recherchant des expériences agréables et douces, l'autoflagélation est déjà un indice de mal-être et enfin, les parents "compréhensifs" et "tolérants," sont aussi parfois des parents qui n'en n'ont rien à faire de ce qui peut arriver à leur enfant, des faibles ou des égocentriques morbides.

Les expériences qu'Elio et Marzia vivent dans le film sont purement et simplement destructrices et traumatisantes, ils n'en tireront rien et les parents d'Elio sont des irresponsables pervers et égoïstes. Honnêtement, je me repasse des passages du film en tête et je persiste sans problème, le père d'Elio n'en a strictement rien à faire de son fils, et la mère est extrêmement malsaine.

La détresse et la souffrance peuvent parfaitement expliquer les gestes passionnés d'Elio pour Oliver, ce qui fonctionne très bien avec les désirs (malsains) de fusion et de changement d'identité. J'ai tout expliqué dans mes trois articles. Aussi, la description que je fais de sa relation avec Marzia est un jugement. Oui, Elio choisit Oliver et préfère la compagnie d'Oliver, mais Elio se trompe. Je décris une désorientation. Elio dévalorise et sous-estime ce qu'il vit avec Mariza, il ne comprend pas où se trouve ce qui est bon pour lui. Il est aveuglé par une quête d’estime de soi et de reconnaissance parentale et passe à côté de ce qui lui apporterait le bonheur. C’est une erreur banale d’adolescent qui ici aura des conséquences catastrophiques.

Je lis votre message et je me dis que j'ai écrit cet article exactement pour des personnes comme vous.
Bonne chance dans la vie. Parfois les gens qui vous mentent, vous trahissent, vous rabaissent et vous font souffrir sont juste des gens qui y trouvent une satisfaction indirecte ou directe, pas des gens qui vous aiment en secret et il faut savoir les fuir, s'en protéger, ne pas gober leurs mensonges et chercher son bonheur là où il est.

A la fin de Call me by Your Name Elio est détruit et non seulement il est détruit mais pire, il va rester enfermé dans l'incapacité de regarder la réalité en face car elle est trop abominable.

Pascal PRUVOST 19/05/2020 14:21

Bonjour,
J'ai lu avec une grande attention votre article. Je vais revoir ce film que j'ai vu plusieurs fois et que j'adore avec votre vision. Vous savez que la suite est prévue avec les mêmes acteurs, les années auront un peu passées. Si j'ai bien compris le début des prises a été retardé avec la crise actuelles. Comment imaginez vous la suite ? C'est pour moi un film magnifique. Regardez le nombre de scènes filmées d'un trait. Celle dont vous parlez au moment du monument aux morts. Il y a une performance d'acteurs et de technique de cinéma extraordinaire. T Chalamet est extraordinaire pour un jeune acteur. Chapeau pour avoir tourné des scènes si intenses alors qu'ils ne sont pas homos.Un grand merci pour cette vision que je n'aurais pas vu. Comme je vous l'ai dit je vais le regardé différemment sans que cela retire une once de ce que je pense de ce film qui va devenir un de mes films cultes. Encore merci et bravo.

Kevin 19/05/2020 15:07

Merci pour votre commentaire.

Je suis assez curieux vis-à-vis de la suite car Call Me by your Name n'est vraiment pas le genre de film qui a une suite en général.
N'ayant pas lu le livre, je ne sais pas si l'idée d'une manipulation y est présente ou si elle ne l'est que dans le film, et je ne sais donc pas si on la doit à James Ivory (scénariste) ou à André Aciman. Puisque James Ivory a expliqué qu'il avait écrit le scénario de Call Me by Your Name comme amenant à une fin définitive, je ne sais pas trop ce que l'on peut attendre au niveau de la continuïté avec ce que je développe dans ces articles. Surtout que l'idée d'une "fin définitive" va dans mon sens. Oliver et Elio ne se revoient jamais.
Cependant, m'étant renseigné un peu sur l'histoire, j'ai vu que la suite devait raconter les déambulations d'Elio cherchant à retrouver Oliver qui n'apparaitrait que dans la troisième partie du film. Exactement le type de scénario qui suggérerait encore qu'Oliver se moque bien d'Elio et que le jeune homme continue d'être motivé par un besoin de retrouver un équilibre intérieur.

Cordialement,
Kevin.

anon 06/04/2020 15:51

je viens de regarder le film, et n'ayant pas tout saisi je cherche des détails sur le net. Intriguée par votre article, je m'empresse de le lire. Je ne dit pas que ce film est incroyable, et doit être vénéré mais quand même. "chemise typiquement homosexuelle" ????? c'est une chemise ???. Ce que j'ai saisi de votre post c'est un essai de diabolisation incroyable. Elio est peut-être bi?? Votre théorie du complot est tout de même bien travaillée, je le reconnais.. Vous avez l'air d'avoir passé énormément de temps sur ce texte et c'est ca que je ne comprend pas. C'est si dur de voir un film décrivant autre que des relations hétérosexuelles?

Kevin 04/05/2020 07:19

Oui, oui, je sais bien, j'ai regardé un film avec une histoire d'amour entre deux homos et j'ai dit que ça n'en était pas une alors forcément le monde va s'écrouler et je suis un monstre fasciste motivé par une haine aveugle.

Peu importe que sur ce même blog je dise que l'histoire d'amour de Nuit Blanche à Seattle n'en est pas une.
Peu importe que sur ce même blog je dise que l'histoire d'amour de Titanic n'en est pas une.
Peu importe que sur ce même blog je dise que l'histoire d'amour de La Mémoire dans la Peau n'en est pas une.
Peu importe que sur ce même blog je dise que l'histoire d'amour de My Week with Marilyn n'en est pas une.
Peu importe que sur ce même blog je dise que l'histoire d'amour entre Loïs et Clark dans The Death of Superman n'en est pas une.
Peu importe que dans cet article j'expose une dizaine d'arguments qui suffisent déjà, pris séparémment, à montrer que la relation Elio/Oliver est très suspecte.

Je fais une analyse honnête et rigoureuse sur Call Me by your Name, un film dans lequel il est absolument évident que l'histoire d'amour est fort suspecte et qu'il est très facilement compréhensible que les spectateurs se posent des questions mais non. Non. Je suis un vilain diabolisateur et ho mon dieu j'ose baser une de mes réflexions sur l'idée que notre orientation sexuelle puisse avoir un impact sur nos goûts vestimentaires, dynamique présente dans le film puisque la chemise est offerte par un couple d'homo et que le père d'Elio, qui est homo, se sent blessé qu'Elio ne veuille pas la porter. Tout est dans le film, mais je dois me taper cette remarque faussement étonné réellement accusatrice ""chemise typiquement homosexuelle" ????? c'est une chemise ???" et parfaitement consciente de l'être et de la manière dont elle me stigmatise. Hypocrisie dégoulinante de complaisance infinie.
Sans parler du faux compliment de pure manipulation, pour faire semblant de ne pas juger une fois qu'on a insulté la personne au maximum. "Ton article n'a aucun sens et ça n'est que le résultat que de ta haine et de tes préjugés, mais je le trouve vachement travaillé et impressionnant quand même. Dommage que ça ne soit que de la merde."
Bref, bonne nuit.