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L'Anomalie: Hervé le Tellier est-il un programme informatique ? (2000 mots)

Publié le par Kevin

L'Anomalie: Hervé le Tellier est-il un programme informatique ? (2000 mots)

Quelques critiques sur senscritique:

Nadouch             Philip Marlowe             leaids

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Slowlife

Ne lisez pas cet article si vous vous appelez Hervé Le Tellier. Ça n’en vaut pas la peine. Je n’ai pas aimé votre livre et je suis sévère mais je me moque bien de vous le faire savoir ou de vous blesser. Passez votre chemin et vivez en paix, surtout que j'ai l'impression que vous pensez exactement l'inverse de ce que vous semblez dire dans ce livre. Le véritable problème c'est plutôt la popularité auprès des lecteurs et le Goncourt.

Je ne peux pas parler de L’Anomalie sans en raconter l'arrivée dans ma vie.

Je connais Hervé Le Tellier de nom parce qu’il participait à l’émission littéraire vivante et amusante « Les Papous dans la Tête. » J’avais donc envers lui un préjugé positif incommensurable. Pour moi, un auteur des Papous, c’était un véritable écrivain, infaillible, inspiré, forcément dans le vrai. Alors quand j’entendis qu’Hervé le Tellier avait gagné le Goncourt, le livre devint pour moi une lecture obligatoire qui serait nécessairement une expérience impressionnante.

Face à mon enthousiasme ma copine ouvrit le robinet pour préparer la douche froide : — J’ai lu la première page, ça a l’air à chier, me dit-elle.

Je fis abstraction de la remarque par simple désir de me faire ma propre idée et parce que Goncourt et Hervé le Tellier. Et nous arrivons à ce grand moment où je lus moi-même les deux premières pages du livre et me trouvais au bord du malaise, littéralement étourdi par l’abyssale médiocrité apparente de l’œuvre que je tenais entre mes mains.

Sérieusement. Sérieusement ! Une histoire d’assassin insensible glamourisé, vue et revue, sujet déjà un peu ringard à la base mais ici atrophié jusqu'à l'extrême pour n'en tirer qu'une silhouette grossière et bête, ridicule, immature pour pauvre ados boutonneux en quête d’une manière de se sentir homme en attendant d’être adoubé par une fille, un désir certes légitime… mais Hervé le Tellier, Goncourt, Sérieusement ? Du sous-Pulp Fiction, du mauvais Leon, Goodfellas ?

D’ailleurs, et spoiler, j’ai tout de même été perturbé par la manière dont j’ai absolument deviné l’arc narratif de ce personnage sans savoir ce qu’était l’histoire du livre. Je m’explique. Totalement abasourdi, choqué par la nullité crasse d'emblée "évidente" du roman, je me suis mis à le lire à haute voix pour partager l’immonde avec ma copine et combattre la folie à coup d’humour. Et ri, nous avons. Alors que le chapitre avançait, ma copine s’est exclamée, « Tu vas voir, il va être tué par quelqu’un comme lui » et étrangement, j’ai complété d'un « Non, il va être tué par lui-même. » Or, à ce stade, je ne savais pas que le livre parlait de doubles. Ce que je voulais dire c’est que ce tueur imbécile qui menait une double vie allait entrer en compétition avec lui-même pour une raison x ou y, et qu’il devrait faire assassiner un inconnu mystérieux qui lui pose problème et qu’il ne parvient pas à attraper. Finalement, cet individu -oh rebondissement incroyable !- s’avérerait être lui-même, souffrant de schizophrénie et produisant une situation dans laquelle il organise son propre assassinat. Mais Hervé le Tellier est bien plus subtil, notre tueur se dédouble donc littéralement au travers d’un phénomène délirant inexpliqué, et le double vient tuer l’original ou inversement peu importe, pour récupérer son code de carte bancaire et probablement lui piquer sa meuf.

Alors, je ne veux pas dire ici qu’une histoire prévisible est nécessairement mauvaise. Absolument pas. Ce qui me pose problème c’est quand ce sentiment désagréable vient du fait que la pensée de l’auteur semble horriblement peu autonome et ne fonctionne que par clichés usés jusqu’à la corde, racoleurs et faciles. Et c’était ici mon sentiment. Le problème n’est pas que l’assassin finisse par tuer l’assassin, le problème est que dès le premier chapitre je me suis dit « mon dieu, si c’est la direction que ça prend, si c’est le niveau du livre, ça va être insupportable de nullité. »

Et insupportable de nullité cela fut. Je n'ai continué à lire que par curiosité traumatisée. Cependant, je dois bien admettre que rarement je me suis trouvé face à une médiocrité si polymorphe. Le livre est mauvais mais pour un nombre de raisons différentes assez impressionnant. L'auteur s’attaque à tant de genres et styles différents qu’il donne au lecteur le privilège de l’admirer se ramasser à tous les niveaux. (pas exactement tous en vérité et avec un mérite certain par-ci par-là).

Entre autres éléments gênants, il y a le pseudo auteur génial dont on ne sait même pas si la narration le veut réellement génial ou pas, avec ses pauvres réflexions sentencieuses sur l’existence et sa constante autodérision qui se veut être un regard lucide sur la condition humaine et qui se trouve n’être concrètement que les tergiversations d’un triste loser stupide incapable de vivre et qui se cache constamment dans une remise en question déconstructrice post-moderne de tout ce qui devrait compter pour lui: « Rien n’a de sens, car si réellement quelque chose a du sens, si réellement quelque chose mérite d’être vécu, alors je suis passé à côté par lâcheté. Laissez-moi par conséquent prendre cette distance intellectuelle et prétendre que rien ne m’atteint car rien n’a de sens. » Et en écrivant ces lignes, mon réflexe interprétatif se déclenche et je me dis que tout cela est probablement également une critique, -car le personnage passe effectivement à côté de sa vie et se trouve être le narrateur il me semble- que la lecture alternative n'est pas loin, mais je n'ai pas la force, c'était vraiment trop douloureux à lire pour que je creuse la question.** D'ailleurs, si c'est Miesel le narrateur, la lecture alternative est très facile.

Principalement, c’est la fausseté de l'ensemble qui pose problème. L’écriture est horriblement désincarnée et je dirais, utilitaire, faute d’un meilleur mot. A chaque nouvel élément développé, mon cerveau reconnaissait en priorité la nécessité structurelle de celui-ci ou son but racoleur et pas sa cohérence dans l’univers du récit, la légitimité immédiate qui crée l'illusion qu'il décrit bel et bien un univers et ne se trouve pas n'être qu'un amoncellement de signes sur une feuille de papier. Les figures de style sont souvent lourdingues, intégrées artificiellement dans le texte et ne donnent que rarement le sentiment que la sobriété ne leur aurait pas été préférable. Pratiquement tout du long, l’histoire peine à décoller, surtout lorsque tant de personnages gravitent autour du même événement et ne peuvent se voir accorder que deux ou trois chapitres de cinq ou six pages. Aussi, les réflexions du narrateur sont régulièrement mauvaises, les blagues et mots d'esprits sont régulièrement embarrassant(e)s de maladresse, on sent immédiatement ce besoin d'injecter un peu d'humour à cet endroit précis sans naturel ni spontanéïté de la part de l'auteur (Miesel ou Le Tellier ?). C'est faible et désespéré et ça n'a pas l'honnêteté qui peut faire passer même le plus mauvais texte. On ne sent pas l'envie de raconter cette histoire. On ne sent aucun amour pour rien dans cet univers (ce qui est cohérent puisque l'univers décrit est détestable), chaque élément est là pour son rôle, son impact, sa capacité potentielle à augmenter la popularité auprès du public et tout ou presque est fait avec la rigueur froide du travail à la chaîne, forcé, auto-imposé.

J’ai vu des lecteurs comparer le livre à un scénario. C’est platement vrai. Impossible de lire ce livre sans y voir la série américaine qui s’y cache. Tout est calibré dans ce sens. Et c’est le prix Goncourt 2020. Un épisode de Under the Dome, ou de Lost. Dans quel dystopie vivons nous ?

 

Mais peu importe la faiblesse de l'oeuvre qui serait bien moins choquante sans le prix Goncourt et le succès commercial. Ce n’est pas de ça que je voulais parler dans cet article. La question : Hervé le Tellier est-il un programme ? me vient du plus gros problème du roman : l’atroce sentiment constant que j'ai eu d’être devant une œuvre de propagande idéologique pure durant 90% de la lecture.

Le creux, le vide, le cliché, viennent surtout du fait qu’on a l’impression de lire un putain de message gouvernemental de mes couilles du début à la fin pratiquement sans interruption. Sécurité routière ou Covid-19 ? Anti-racisme ou rapports sexuels protégés ?

La minute complotiste: Si soudainement les puissants malfaisants actuels de notre histoire décidaient de faire écrire un livre qui mettait en avant exactement toutes les actuelles fausses idées et causes détournées, servant à manipuler, à contrôler la population et à la diriger vers un futur choisi, L'Anomalie en serait un possible résultat. C'est un problème qui dépasse de loin sa médiocrité innocente (qui serait acceptable dans un autre contexte).

Alors allons-y pour la longue liste non-exhaustive honteuse d'éléments gratuits pas nécessairement négatifs en eux-mêmes mais négatifs dans leur rôle symbolico-politico-culturel actuel d'invasion de l'espace par la pensée unique seule acceptable :

La Représentation de Donald Trump. On pense ce qu'on veut de Donald Trump, la représentation qui est faîtes de lui dans ce roman est honteusement complaisante et propagandiste. Par exemple, si un personnage président fictif doit envoyer un missile sans réflexion ni état d'âme, ce n'est certainement pas le seul président américain à n'avoir pas déclaré de nouvelles guerres ou envenimé des conflits pré-existants depuis des lustres (40 ans au minimum).

Le tueur Nietzschéen asperger. Mâle alpha inhumain qui transcende le bien et le mal au travers d'une philosophie prout prout ridicule mais c’est pas grave parce que différent et supérieur alors pas touche. On surfe sur la vague du déni des problèmes mentaux et handicaps transformés en "différences" avec pour but inconscient la destruction de la normalité, derrière laquelle se cache la destruction du réel. Ces dynamiques trouvant une continuité dans la "découverte" que le réel serait une simulation, à la fin du livre. Tout devient réellement relatif, arbitraire et par extension, sans valeur ni sens. "Vous aimez tuer !" "Non, j'aime le travail bien fait."

Le vilain blanc hétéro viril fausse victime, faux poète, véritable brute usurpateur et pédophile incestueux avec ça. Ca tient en une ligne mais il faut l'encaisser cette intrigue. Niveau racolage complaisant AAA. J'aurais juste aimé qu'il soit un ami lointain d'Harvey Weinstein.

  Par contre attention, on a vite droit à l'homme qui pleure. Un classique qui nous vient des libéraux américains au galop. Je suis le premier à critiquer ce bannissement du droit de pleurer masculin. Mais évidemment, ceux qui le revendiquent l'instaurent immédiatement dans les circonstances les plus ridicules d'hypocrisie comédienne indigne de la voisine commère. Cherchez l'hilarant minable Stephen Colbert au sujet des élections Trump/Biden qui fait semblant de pleurer parce que Trump a dit des choses pas gentilles sur Biden. Oh mais ! Ne serait-ce pas Colbert que l'on retrouve à la fin de L'Anomalie présentant le talk show immonde ? Si si.

Les couleurs de peau et ethnies qui n’apparaissent pas par hasard ou pour des raisons neutres mais à l’intérieur de dynamiques de pseudo-subversions mensongères. Du type « Vous ne vous attendiez pas à ce que l’agent du FBI soit une femme noire catcheuse mathématicienne championne d’équitation lettrée, n’est-ce pas !!! Sale raciste qui s’ignore ! »

Martelage habituel de références à l’holocauste. Il n'y en a que deux mais dans un livre de SF qui raconte un voyage en avion qui se photocopie, elles sortent totalement de nulle-part et sans raison aucune. Ca fait vraiment "Je veux un prix littéraire !"

Les enjeux mondialistes. Aujourd’hui, tous les problèmes sont mondiaux et la solution est toujours bizarrement que les pays s’entraident/fusionnent plutôt qu'ils ne se replient un peu sur eux-mêmes et n'arrêtent de se créer des problèmes (Spéciale dédicace au Covid-19 qui doit sa jolie carrière à la mondialisation mais ne peut être combattu qu'avec plus de mondialisation). Ici, on a un avion de 250 personnes dont le destin va bouleverser le sort de l'humanité. Imaginez l'indifférence s'il s'agissait d'un simple crash. Mais non, ici, c'est le contraire qui se produit, 250 vies apparaissent et soudainement, ce sont les coups de fil de Trump à Xijing, les discours télé de Macron et my god le sort de l'humanité dans son intégralité qui est remis en question.

Les allusions à et citations innombrables racoleuses gratuites insupportables venant d'absolument tout ce qui est populaire et connu, classique, et qui assassinent tout semblant de naturel honnête que le récit pourrait miraculeusement parvenir à inspirer. De « je pense donc je suis » aux jouets Légos, en passant par Matrix, H2G2, Freud, la résignation acquise, le suicide de Durkheim, Shakespeare, Kafka, Youtube, Ryan Gosling, Eminem, Béyoncé, Woody Allen etc… tout y passe est rien n'est jamais suffisamment justifié pour éviter ce sentiment désagréable de parachutage lèche-bottes de symbôles culturels et de ce que l'auteur a découvert dans un docu arté la veille au soir. On dépasse le trop très tôt, pour arriver à la saturation très vite puis à l'écoeurement avant de se rendre compte qu'il reste trois cent pages de cette déjection.

S'ajoute à ces constantes allusions et citations, le désagréable sentiment de passer d'une oeuvre déjà existante à une autre. Lire un humour qui tente de ressembler à celui de Woody Allen pour voir l'auteur directement nommé la page suivante. J'ai aussi pensé à David Lodge. A Christopher Nolan. Les militaires admettent que leur questionnaire est directement pris du film Rencontre du troisième type. Le livre donne plus un sentiment de patchwork et de pot-pourri que celui d'une oeuvre autonome qui tient sur ses deux jambes. Et donc un sentiment que l'auteur pille à tout va et ratisse large pour toucher tous les publics. On nous raconte même des blagues tirées d'autres oeuvres. Il fallait oser. (Edit: et je suis de plus en plus convaincu que nous sommes devant une déformation de la narration due au fait que Miesel est un mauvais écrivain, pas Tellier). 

Le martelage insensible de la certitude que l’humanité va s’éteindre et que c’est de sa faute et Co2 et plus de ressources énergétiques et patati et patata comme si les véritables responsables des problèmes n’étaient pas les mêmes que ceux qui moralisent aujourd'hui hypocritement et veulent maintenant infliger la solution finale, sans perdre une seconde de vue leurs intérêts. D'une manière plus générale, il y a cette opinion diffuse qu'haïr l'humanité c'est être intelligent, une humanité qui de toute façon construit sa propre fin et qu'il est donc philantropique de museler, d'enchainer et de virtualiser. Propagande.

Passage obligé de sensibilisation LGBT qui ne sont que des victimes grandioses inoffensives, hypersensibles, douces et bienveillantes et vous êtes vilains même si vous vivez dans l’un des dix pays du monde les plus tolérants à ce niveau.

Le cancer va vous tuer soyez prêts. Il nous fallait une allusion à la maladie -sans virus- qui tue le plus de gens et qui est la plus facile à provoquer en la faisant passer pour la fatalité. La maladie qui met tout le monde à égalité. On applaudit. 

Les femmes peuvent traiter les hommes n’importe comment, c’est cool. Ils sont là pour ça. Et quelques autres éléments clairement féministes pas en soi problématiques, mais qu'on sent passer au milieu de tout ce racolage. (Et je le répète, les éléments ne sont pas nécessairement intrinsèquement problématiques, c'est le contexte qui change le sens, c'est le sens mythologique de tout ça le problème).

Le combat contre le racisme dépeint, non pas comme un combat pour la reconnaissance, le respect et la dignité mais comme une simple dynamique économique qui disparait lorsque ton boss te paie bien. Là, la révolte devient de travailler pour lui et de bien faire ton travail même si c’est le dernier des racistes. Pour dire les choses plus simplement, le livre nous sert également l'histoire en version accélérée d'une femme noire qui accède à la richesse dans un milieu d'homme sexistes et racistes à la force de son talent et de son caractère. C'est tellement complaisant, simpliste et cliché... il devrait y avoir une médaille du mérite (en chocolat ?) offerte pour tout achat de L'Anomalie tellement il est clair que si vous lisez ce livre vous êtes un gens bien.

La représentation de la religion chrétienne est particulièrement immonde. Avec un fou fanatique qui perçoit le dédoublement comme une œuvre satanique et assassine donc deux jeunes filles, évidemment, toutes mignonnes et pleines de promesses. Vraiment, cette représentation du religieux fanatique catholique était vraiment, vraiment dégoûtante de complaisance, et je suis athée. Ce que je veux dire ici c'est que, comme avec Trump en fou du missile, choisir un catholique comme religieux fou qui assassine au nom de Dieu pour une raison délirante, c'est très hypocrite et ça s'insère parfaitement dans la mouvance actuelle de destruction de la grande religion la moins nocive de notre époque.

Les tergiversations scientifiques sont imbuvables de bêtises et la théorie principale est d’une inanité confondante. Mais les faux questionnements délirants sont à la mode, le fétichisme technologique. Multivers, voyage dans le temps, explorations spatiales, immortalité. Tout vaut mieux que d'avoir à affronter les réalités de nos vies.

Dans le même ordre d’idée, les questionnements pseudo-philosophiques sont au ras-des-pâquerettes. Comme le reste, le concept de libre-arbitre est sorti d’un chapeau pour y être remballé tout aussi vite sans que rien ne soit dit, mais il est cité c'est ce qui compte. Une croix dans la case. "L'existence précède l'essence, et même de beaucoup." Un tel manque de dignité, ça fait mal quand même. (Mais encore une fois, Victor Miesel n'est pas Hervé Le Tellier.)

Ou plutôt, quelque chose est justement dit, mais c’est le pire. C’est-à-dire que l’inanité de l’idée générale « Nous sommes une simulation. Nous ne sommes pas réels » est revendiquée comme inoffensive. Pire encore, à la fin, la crainte que cette simulation ne puisse être détruite nous suggère que nous tenions à celle-ci. Le livre nous conditionne à accepter qu’un simulacre a autant de valeur qu’une réalité. C’est obscène mais c’est surtout exactement la direction que nos cultures ont prises depuis des décennies. C'est encore de la propagande. Big brother te dit que ta vie n'a pas de sens alors arrête de te plaindre.

En lien direct avec le précédent point, une allusion aux toilettes non-genrées des bureaux du FBI. Sérieusement quoi. Ce livre s’aventure dans de telles profondeurs. Goncourt. Les toilettes non-genrées du FBI.

◻  L'allusion à une voiture hybride également est un bon exemple de racolage passif. Dire qu'un personnage possède une voiture hybride ou même électrique voire une trotinette du futur n'a aucune importance en soi. Le problème vient du fait que nous nous trouvons au sein d'une oeuvre saturée de personnages dont les intrigues sont réduites au strict minimum à cause de leur nombre. Mais soudain, il faut qu'on sache qu'un des protagonistes roule en hybride. Et la chose aurait pu ne pas choquer, ne pas poser problème, mais dans le contexte du martelage idéologique propagandiste constant, c'est juste un énième élément exténuant de plus.

 - Chose étonnamment absente: végétarisme, véganisme et sensibilisation à la douleur animale.

Il y a une histoire de grenouille morte dont la perte traumatise une pauvre petite fille, ce qui est bien évidemment parfaitement compréhensible et normal. En attendant, il y a bien une élévation au rang de membre de la famille d'une grenouille.

 Il manque l'agression sexuelle même si l'un des personnages féminin y fait une allusion plus que forcée, grossière et sexiste puisque seuls les hommes violent, forcément, et les femmes avec ça. Et j'oubliais le père qui abuse de sa petite fille d'ailleurs. Donc oui, le livre nous rappelle bien que les hommes sont des violeurs.

D'une manière générale, le style, la psychologie et les priorités des personnages sont extrêmement marquées par les considérations bien-pensantes actuelles au détriment du réel.

 

23 Thèmes et arcs narratifs clichés et complaisants qui se veulent évidemment le contraire: une sensibilisation responsable aux dynamiques capitales de notre époque moderne. Et il y a bien plus que ça, j'ai dressé cette liste de tête mais 90% du contenu du livre est de ce niveau avec des pages de moralisation pratiquement directe du lecteur.

 

Bref. Je ne serais vraiment pas étonné qu’Hervé le Tellier n’ai pas écrit ce bouquin, ou qu’il ait reçu des instructions très précises et la promesse d’un Goncourt corrompu. Mais pourquoi chercher la conspiration là où la vie offre une solution toute simple : Hervé le Tellier est un imbécile complètement conforme et sans le moindre esprit... ou une personne intelligente et sensible mais totalement désespérée, prête à se vendre entièrement pour se faire remarquer. Car je suis sûr que beaucoup de gens ont aimé ce livre. Je ne suis pas étonné de son succès et je ne veux pas suggérer ici un "les gens sont bêtes" complaisants. Je pense au contraire que la manipulation est efficace, que le mensonge est d'un certain niveau et c'est ce qui me fait être si virulent et écoeuré. Je ne peux pas prétendre que je ne soupçonne pas une interprétation cachée critique car plus j'y pense, plus l'histoire coche les cases de mon indice d'un sous-texte numéro 27 mais ça n'a pas vraiment d'importance. Je prends ici le livre dans son rôle de Goncourt et de livre populaire, je base mon jugement sur son interprétation la plus simple et accessible.

 

**D’ailleurs pourquoi notre Hervé nous raconte-t-il l’histoire d’un écrivain dépressif, désespéré écrivant un livre nommé L’Anomalie avant de se jeter par la fenêtre ?

Et pourquoi comparer l’événement du dédoublement des avions à celui des avions du 11 Septembre 2001, qui est pour beaucoup une supercherie gouvernementale, « an inside job. » Peut-être parce que c’est également ce que raconte « L’Anomalie. » Une mise-en-scène dont le narrateur est dupe (Est-ce Victor Miesel ? J'ai déjà revendu le livre, je ne peux pas vérifier). Une mise-en-scène ayant pour but de détruire la reproduction naturelle et le réel. Une très bonne métaphore de ce qui est en train de se passer dans nos cultures. Détruire le sacré, le profond, le courageux. Marquer les gens au fer rouge, qu’ils comprennent bien que la solution c’est la dilution, la schizophrénie, l'abandon de l'identité, de l'individu et du Soi, que le cancer est la mort incarnée et que le monde doit perdre toutes ses frontières, toutes ses limites et que bientôt les humains ne seront plus que des masses de chair informes dépourvues de bouche et incapables de crier leur douleur infinie.

(Je fais ici allusion à I Have No Mouth and I Must Scream de Harlan Ellison, histoire d'humains également enfermés dans une simulation)