Gerry: Gerry Damon assassine Gerry Affleck (2900 mots)
Dans sa simplicité frontale, Gerry (Gus Van Sant, 2002) est une illustration parfaite de la facilité avec laquelle une lecture alternative, une vérité cachée, peut être insérée dans une histoire. Pas besoin de dialogue, de situation ou d’élément complexes. Si l’histoire est simple, la lecture cachée n’a pas besoin de l’être beaucoup moins. Il suffit d’accepter que les apparences peuvent être trompeuses, qu’un personnage peut mentir, qu’un élément donné peut en fait être faux.
Le film nous raconte l’histoire de deux jeunes hommes qui se perdent dans le désert et dont l’un va tragiquement mourir alors que l’autre parviendra à atteindre une autoroute où on le prendra en stop.
On m’a conseillé le film, j’ai survolé quelques scènes et je me suis immédiatement demandé s’il ne s’agirait pas d’un meurtre. Matt Damon oblige.
Je l’ai regardé deux fois depuis et que dire ? Il s’agit bien d’un meurtre.
Cela fait un bout temps que j’hésite à établir un petit barème de certitude pour accompagner mes articles. Certitude ou probabilité, acceptabilité de l’hypothèse développée. Il serait ici à 3/3. Gerry Matt Damon assassine Gerry Casey Affleck, et surtout, l’hypothèse fonctionne indéniablement mieux que l’interprétation immédiate de deux hommes du même âge et même gabarit, qui se perdent stupidement dans un désert sans eau, sans raison, sans but et dont l’un survit miraculeusement alors que l’autre meurt.
Je ne connais pas la raison pour laquelle Gerry Damon veut assassiner son ami Gerry Affleck et je ne chercherai pas à en développer une ici.
Toujours est-il que tous les comportements de Gerry Damon épousent cette hypothèse. Je trouve d’ailleurs que le film dépeint assez correctement la manière dont fonctionne la manipulation dans la réalité. Cela paraît souvent grossier dans une fiction, mais en vérité, ce n’est pas la finesse et la subtilité qui font passer les manipulations, ce sont les jeux de pouvoir et la confiance de la victime qui met beaucoup de temps à considérer la possibilité qu’elle se trouve devant une ordure qui lui veut du mal.
Le film ouvre sur un long trajet en voiture.
Pourquoi les deux personnages s’infligent-ils un tel trajet ? Le but devrait avoir un intérêt. Un lieu magnifique, magique. Une merveille de la nature. Il n’y aura rien.
Aussi, si le lieu était si particulier, Matt Damon saurait également ce qu’il est nécessaire d’emporter pour atteindre cet endroit.
« Le col vieux et magnifique mais il est très exposé donc il faut de l’eau, une casquette et des coupe-vent. »
L’objectif suggère les préparatifs.
Ici, l’objectif est entièrement mystérieux et nos deux Gerry n’ont absolument rien apporté pour la balade.
C’est assez difficile à croire : venir se balader dans le désert sans une goutte d’eau.
La première parole du film est lourde de poids. Gerry Damon fait une remarque à Gerry Affleck parce que celui-ci ne fait pas attention au chemin et l’a quitté involontairement. Ainsi, G. Damon attire l’attention de G. Affleck sur la possibilité dangerosité de leur balade. Il faut être prudent.
L’une des choses que j’aimerais que les gens comprennent sur la manipulation c’est que la première chose que va faire un manipulateur c’est produire un comportement qui va contredire symboliquement la réalité de ses désirs et intentions.
G. Damon a l’intention de les perdre dans le désert, il fait une remarque blessante à G. Affleck sur la nécessité de rester attentif au chemin afin de retarder le moment auquel ce dernier pourrait se demander si Damon cherche à les perdre.
C’est un comportement de manipulation de base. Le manipulateur ressent spontanément le besoin de construire l’illusion opposée à ce qu’il se passe réellement. A tel point qu’il peut même en rajouter maladroitement et se faire prendre.
Maintenant qu’il a bien fait sentir à G. Affleck qu’il n’a pas amené son ami dans le désert pour qu’ils s’y perdent volontairement, G. Damon doit trouver une excuse pour sortir du sentier. Il prend la première excuse qui passe.
Ici encore, on se trouve devant une technique de manipulation très classique. Le manipulateur va utiliser les suggestions de sa cible pour obtenir ce qu’il veut. L’excuse pour sortir du chemin sera qu’il y a des touristes et que les touristes c’est désagréable. G. Damon exagère la chose mais il part sur une remarque de G. Affleck.
Nous faisons perpétuellement des remarques gratuites. « Je mangerait bien une glace. » « Il fait chaud. » « Il fait froid. » etc. le manipulateur rebondira excessivement sur les remarques qui servent ses intérêts. « Tu as froid ? Tu as raison, il fait froid, j’ai froid aussi. Rentrons. » « Tu as froid ? Oui, c’est vrai. Allons dans un bar. » « Moi aussi, j’ai froid. Je retourne à la voiture chercher mon blouson. »
Le manipulateur va véhiculer le sentiment qu’il réagit à ce que dit sa cible pour innocenter ses comportements, effacer la possibilité de but caché.
Les deux Gerry quittent donc le chemin. Pas de chance, Gerry Affleck soulève la question de l’objectif. G. Damon lui répond que tous les chemins mènent à l’objectif.
"Dis voir, tu ne m'as pas dit de rester dans sentier il y a cinq minutes ?" "Oui mais là c'est pas pareil."
C’est ridicule. La raison pour quitter le chemin est stupide et insensée (il n’y a personne alentour), l’idée que l’objectif sera atteint quelle que soit la direction prise est grossière et suspecte.
Et puis soudain, G. Damon se met à courir. G. Affleck le suit.
Deux secondes avant, il était question de ne pas quitter le chemin et les voilà qui courent dans le désert sans prendre la moindre précaution.
Manipulation suivante. G. Damon annonce qu’ils abandonnent. « Fuck the thing ». Tant pis, ils n’ont pas trouvé, ils rentrent.
Tout le trajet en voiture pour rien. Tout le trajet à pied pour rien.
A aucun moment G. Damon ne se plaint de ne pas trouver ce qu’il voulait montrer à son ami. Aucune remarque du type « Mais c’était pourtant dans cette direction la dernière fois ! » « Il ne devrait plus rester longtemps. »
Ça n’a aucun sens.
S’il abandonne l’objectif si facilement, c’est parce qu’il ne veut pas attendre que la volonté de G. Affleck s’oppose à la sienne. Il ne veut pas attendre que son pote dise « Gerry, on est trop loin, on va se paumer c’est dangereux. Je sais que tu veux me montrer ton truc mais on va se perdre. »
Il veut annuler en premier pour ne pas être accusé d’être responsable de la situation. Il sacrifie donc l’objectif en premier pour, encore une fois, paraître innocent.
Sur le retour, G. Affleck pose plusieurs fois des questions sur la direction. Il n’est pas convaincu que ça soit la bonne. G. Damon est effectivement en train de les perdre (volontairement).
Ils passent une première nuit dehors. (Comment allument-ils un feu si facilement!?!)
G. Damon lance « I hate you » à G. Affleck comme s’il était responsable de la situation. Encore une remarque qui sert à s’innocenter. Il n’a aucune raison de dire ça, G. Affleck n’a rien à se reprocher mais prétendre qu’il lui en veut crée l’illusion que Damon projète sa détresse sur lui.
Le lendemain, ils se séparent pour trouver leur chemin. G. Damon embrouille son ami et disparaît. La séparation lui permet probablement de retourner à la voiture chercher de l’eau.
Lorsqu’ils se retrouvent, bien des heures après, G. Affleck s’est coincé sur un bloc rocheux dont il ne peut pas descendre sans risque. (30min)
La conversation qui a lieu est du pur gaslighting, enfumage mental, détournement cognitif.
L’intégralité des répliques de G. Damon est tournée vers la dissimulation des éléments problématiques.
Affleck – Gerry. Gerry. Hey !
Damon – Qu’est-ce que tu fais ? (Il prétend ne pas comprendre ce qu’il se passe alors qu’il le sait très bien, il pourrait parfaitement le deviner. Gerry le cherche depuis des heures et a fini par escalader un rocher de désespoir).
Affleck – Quoi ?
Damon – Tu es censé être en train d’explorer les environs au sommet des collines. Tu es sur un rocher au fond d’un canyon. (Il continue de responsabiliser G. Affleck pour la situation pour détourner l’attention du fait que c’est son comportement qui vient de la créer et que sa nonchalance est inquiétante et suspecte).
Affleck – Je l’ai fait.
Damon – Tu as vu quelque chose ?
Affleck – Non. Et toi ?
Damon – Non. Qu’est-ce que tu fais sur ce rocher ? (Encore cette innocence prétendue).
Affleck – Je te cherche.
Damon – Pourquoi tu n’es pas allé au point de rendez-vous ? (Il sait parfaitement que Gerry est nécessairement allé au point de rendez-vous mais il pose la question avec certitude pour suggérer qu’il croit lui-même s’être trouvé au point de rendez-vous.)
Affleck – C’est ce que j’ai fait, tu n’y étais pas. (G. Damon sait parfaitement que G. Affleck va lui dire ça.)
Damon – J’y étais, j’y étais assis il y a une minute.
Affleck – Mec, c’est pas le point de rendez-vous. Il est à un demi-mile dans cette direction. J’y étais. Je t’ai attendu pendant des heures. Je criais ton prénom. Et je suis arrivé ici. J’ai vu ce rocher et je l’ai escaladé pour inspecter le ravin parce que je me suis dit que peut-être tu avais fait ton Gerry et tu avais loupé le rendez-vous. Et c’est le cas, je veux dire, ce n’est pas le lieu de rendez-vous. (Cette réaffirmation de la situation est problématique pour G. Damon qui voudrait que G. Affleck se laisse entièrement embobiner. Plus Affleck perd ses certitudes, moins il a d’éléments qui lui permettent de comprendre que quelque chose ne tourne pas rond.)
Damon – D’accord. C’est de ma faute. (Damon admet sa responsabilité de manière absolue comme s’il était question de blâmer quelqu’un et pas de simplement comprendre ce qu’il s’est passé.) Mais si tu t’es dit que j’avais loupé le rendez-vous, tu aurais dû aller au sommet de ma montagne parce que le plan était que si l’un de nous trouve quelque chose, il retourne au sommet de sa montagne. Et donc, si je n’y étais pas... (G. Damon s’empresse de baratiner à nouveau afin d’empêcher G. Affleck de constater que le comportement que son compagnon prétend avoir eu est insensé et suspect).
Affleck – Non, je savais, je sais quel était le plan, mais je t’ai vu descendre de ta montagne alors que je descendais et tu ne t’es jamais pointé au lieu de rendez-vous, j’ai cru que tu t’étais mort.
(Les événements sont très suspects. G. Damon ne s’est absolument pas conduit en accord avec ce qu’ils avaient prévu, alors qu’ils sont effectivement en danger de mort. Ils ne peuvent pas se permettre de faire n’importe quoi et de perdre du temps.)
Damon – J’ai failli mourir mais ensuite j’ai mis mon turban et ça va beaucoup mieux. Allez man, on y va. (G. Damon dédramatise. Il ne veut pas que la question de la mort soit soulevée car la gravité de son comportement nonchalant et absurde ressortirait plus encore.)
Affleck – Je ne peux pas.
Damon – Pourquoi ? (La raison pour laquelle G. Affleck ne peut pas le suivre est évidente, il doit effectuer un saut dangereux. G. Damon prétend ne pas en avoir conscience pour tenter de le pousser à faire le saut sans précaution et de l’amener à se blesser.)
S’ensuit une longue scène durant laquelle G. Affleck tente de pousser G. Damon a lui préparer un tas de sable afin d’amortir sa chute pendant que l’autre fait tout ce qu’il peut pour pousser G. Affleck à sauter directement et à s’écraser sur les rochers.
Le fait que Gerry se sorte indemne du saut final tient du miracle.
Gerry Affleck ne se brise pas une jambe ni la hanche. Il marche même à toute vitesse. Il est loin d’être vaincu.
Rebondissement problématique pour l’assassin, son compagnon découvre des empreintes d’animaux et en conclut qu’ils peuvent également trouver un point d’eau. Il ne manquerait plus que ça.
On peut voir dans l’absence d’enthousiasme de G. Damon qu’il ne se sent pas en danger et qu’il n’est pas ici question de survivre.
On peut également voir sa duplicité dans l’excuse ridicule qu’il trouve. Il ne faut pas suivre les animaux car Gerry et Gerry pourraient les déranger pendant l'acte de reproduction.
Cet argument est également un exemple des raisons pour lesquelles il ne faut pas parler de danger de mort. Plus les deux hommes reconnaissent la gravité de leur situation, moins G. Damon a d’espace pour utiliser des excuses débiles pour éloigner G. Affleck des initiatives qui pourraient le sauver.
Hélas, les empreintes d’animaux ne mènent à rien.
Les deux jeunes hommes se lancent alors dans l’ascension d’une énième colline afin d’inspecter les alentours. A son sommet, G. Damon s’assoit et laisse transparaître son désespoir (feint).
G. Affleck également craque légèrement... mais il reste debout. Après un instant il propose d’escalader une autre montagne.
G. Damon lui répond « Arrête de pleurer » comme si la (supposée) faiblesse émotionnelle d’Affleck les tirait vers le bas. Alors qu’au contraire, Affleck continue de se battre là où Damon s’est assis et tente de le faire abandonner.
Encore un exemple dans lequel le manipulateur accuse rapidement l’autre de ce dont il est coupable afin de dissimuler ce fait.
G. Affleck part seul. Il n’abandonnera pas et laissera son pote derrière s’il le faut. Il a bien raison.
Il y a une dynamique qui n’est jamais verbalisée dans le film, c’est que si G. Damon et G. Affleck partaient chacun dans une direction, ils auraient deux fois plus de chance de s’en sortir. Celui qui retrouve la civilisation, envoi des secours à l’autre. Cette possibilité n’est jamais soulevée alors que les deux hommes sont clairement en désaccord et qu’ils abordent pourtant immédiatement l’idée de recherches séparées.
Un orage éclate. L’orage c’est le nœud gordien, l’endroit où toutes les possibilités ont été épuisées et il va falloir que quelque chose se passe pour résoudre la situation.
Cet orage suggère que nous sommes face à une tentative de meurtre puisque si les deux Gerry étaient réellement perdus et en danger de mort, il n’y aurait aucune dynamique à faire arriver à son nœud gordien. Soit ils trouvent une route, soit ils meurent. Il n’y a pas de choix à faire.
Le nœud gordien est probablement que G. Affleck pourrait bien parvenir à les amener à la fin de ce désert. G. Damon sait très bien où ils sont. Il sait qu’ils ne sont plus loin et il voit bien qu’Affleck n’abandonnera pas. Son plan est en train d’échouer. Ils vont s’en sortir tous les deux.
G. Affleck a un sens de l'orientation trop développé et une mémoire trop bonne. G. Damon est obligé de le noyer sous un flot d'informations factices et d'idées farfelues pour le désorienter.
G. Affleck annonce soudain à G. Damon qu’il sait où est la voiture et qu’il a de l’eau. Déclaration folle. Comment Damon réagit-il ? Il ne réagit pas.
Le film ne rendra pas explicite qu’il s’agit là d’une hallucination ou d’un échange réel. Cependant, il nous permet de voir que quelque part, G. Damon se fiche d’être sauver. Il ne veut pas croire son ami. La déclaration le laisse indifférent même lorsque Gerry Affleck insiste « Je ne blague pas. »
Si nous sommes là témoin des errances fantasmatiques de G. Affleck, on peut néanmoins constater que quelque part, il sent que G. Damon ne se sent pas en danger et s’il ne se sent pas en danger, c’est qu’il sait où ils se trouvent et comment s’en sortir.
Gerry Damon que l’on croyait assis à côté de Affleck réapparaît devant eux, un troisième personnage, et annonce que « c’était un autre mirage. »
G. Affleck verra beaucoup de mirages s’il compte sur son pote pour aller vérifier.
Arrive le très long plan dans lequel on admire le jour qui se lève pendant que G. Damon et G. Affleck marchent indéfiniment dans un désert blanc immaculé.
Damon en tête, forçant le rythme pour qu’Affleck se sente bien à la traîne, un poids. Il finit par s’arrêter et s’accroupir. G. Damon s’empresse de le rejoindre et de s’allonger. Il l’invite à abandonner encore.
G. Affleck fait une blague puis annonce « Je m’en vais. » ça y est, il va mourir. Il tourne la tête, ferme les yeux. Il est mort. Et puis non, il bouge à nouveau et ré-ouvre les yeux. Il touche le bras de G. Damon comme pour chercher du réconfort, Damon se soustrait à son geste. Il n’en peut plus, son ami commence à lui paraître impossible à tuer. Même une fois qu’il a annoncé sa fin, il revient.
G. Damon se positionne au-dessus de G. Affleck et l’étrangle. Le public est surpris et choqué face à ce comportement. Immédiatement, nous cherchons un sens qui reste en cohérence avec la perception que nous avions de l’histoire jusque-là. Damon étrangle Affleck parce qu’il souffre trop de le voir agoniser, parce que c’est insupportable. Il veut abréger ses souffrances, ou simplement ne pas avoir à l’accompagner jusqu’au bout. C’est trop horrible.
Mais la réalité est plus directe et simple. Il a amené Gerry dans cette promenade pour le tuer et cela s’est avéré tellement difficile qu’il en arrive à assumer son geste. Il n’en peut plus. La réalité de l’histoire surgit dans ces derniers instants.
Il s’endort sur le sable. S’ils étaient perdus, alors lui aussi va mourir bientôt.
Mais non. Il est réveillé par… le klaxon d’un camion. Il se relève, marche une dizaine de mètres et aperçoit… une route. Il se met à trottiner.
Le turban qu’il s’est fait empêche de voir son visage. On ne peut constater son soulagement. Il ne saute pas, ne crie pas de joie. Ne hurle pas non plus de douleur face à l’absurdité atroce de la situation. Il vient de tuer son ami alors qu’il aurait suffi qu’il l’aide à marcher cent mètres et ils étaient tous les deux sains et sauf.
Dans la voiture, le regard du conducteur est un regard de jugement, comme s’il savait. Damon le fuit.
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